Crédits : Swappie

L’usine finlandaise qui remet à neuf des milliers de smartphones par semaine

En Estonie et en Finlande, les deux usines de Swappie reconditionnent quelques milliers d’iPhone chaque semaine.  

Pour en savoir plus sur les différentes étapes du reconditionnement de nos smartphones, Geeko s’est rendu dans une des plus grosses usines de ce secteur. Depuis son lancement en 2016, Swappie a enregistré une croissance rapide sur le marché privé européen. Elle a d’ailleurs décroché le prix de l’entreprise à la croissance la plus rapide en Europe dans le classement FT 1.000 du Financial Times. Et ce, grâce à une croissance annuelle de 477 %.

Dans l’usine d’Helsinki, le reconditionnement d’un téléphone est divisé en 52 étapes, un très long processus qui se suit… en chaussettes.

Une visitée guidée, en chaussettes

La “Swappie factory” n’a rien à voir avec les boutiques de réparation de téléphones traditionnelles. Il s’agit d’un énorme immeuble de plus de 2000 mètres carrés peuplé de 400 employés. Depuis sa création, l’usine à reconditionné environ 1 million d’iPhone. Autre différence avec les boutiques de réparation que l’on peut trouver dans les rues commerçantes de Bruxelles, ici tout semble neuf. Le lieu a ouvert en 2016, mais il semble avoir été repeint hier. La moquette ne vomit aucune poussière, les plantes sont en parfaite santé, les fenêtres sont plus propres que propres et les employés, pieds nus, paraissent aussi heureux que lors d’un premier jour de travail. Ici, la quasi-totalité du processus de reconditionnement est réalisée par des humains.

Otso Ojanen, le directeur des opérations et de l’approvisionnement de Swappie nous accueille dans l’entrée, lui aussi en chaussettes. C’est lui qui organise la visite de l’usine. En guise d’introduction, il commence à citer les différentes étapes du processus de reconditionnement d’un iPhone. Premièrement, vient la réception du téléphone. Cette étape est suivie de la phase de diagnostic et de réparation, puis de “l’outbounding”. À travers les sourires, nous nous dirigeons vers l’espace réservé à la réception des téléphones.

Première étape : la réception des téléphones

Swappie reçoit de nombreux types de smartphones, de l’iPhone 12 au Nokia 310. Tous les smartphones ou appareils qui ne sont pas des iPhone sont envoyés vers un espace dédié au recyclage. Les iPhone eux, sont dirigés vers la première étape du processus de reconditionnement.

Après avoir déballé un téléphone reçu, les employés le branchent à l’un des câbles de charge de l’atelier. Ici, pas de téléphones volés. Dès la réception d’un appareil, Swappie vérifie qu’il n’apparaît pas sur la “black list”, une base de données fournies par les opérateurs mobiles. Elle répertorie tous les téléphones signalés comme volés. De même, les “online report” des victimes de vols servent aussi à certifier si le téléphone reçu n’a pas été dérobé. Otso précise que la plupart des smartphones de l’usine proviennent des propriétaires eux-mêmes.

La plupart des téléphones reçus ne fonctionnent plus ou présentent de grosses anomalies. Mais à cette étape du processus, les équipes ne le savent pas encore. Pour cela, il faudra attendre la deuxième, à savoir le “checking”, ou diagnostic des téléphones.

L’usine suit la tendance

Concernant les modèles, souvent, lorsqu’un nouvel iPhone voit le jour, il faut attendre deux mois avant d’en voir un débarquer dans la salle de réception de l’usine. Ainsi, lorsqu’Apple annonce une nouvelle série de smartphones, les employés savent qu’ils vont devoir faire face à une vague de futurs “avant-derniers” modèles dans les jours qui suivent. En fait, pour chaque série d’iPhone, les ventes de l’usine suivent exactement la même ligne évolutive. À savoir, une droite décroissante au fil des mois et des années. Otso se rappelle que le plus gros succès de Swappie est l’iPhone 7, “et on continue à en vendre aujourd’hui”. Pour ce modèle, la droite est donc moins pentue et décroît moins rapidement que pour les autres modèles. Les iPhone X et XS représentent, eux, un plus petit marché.

Après l’examen esthétique vient l’examen technique. Une fois que la première équipe de l’usine a effacé la mémoire d’un smartphone, elle l’envoie dans un nouvel espace dédié à la seconde étape de son reconditionnement, plus technique. Sur le bureau du technicien de Swappie : un ordinateur et huit iPhone branchés devant lui.

Premier check-up

Swappie peut réparer à peu près tous les dommages dont un smartphone peut être victime. Des défauts de caméra à une mauvaise connectivité, en passant par un microphone défaillant et un écran fissuré.

Pour effectuer un premier état des lieux, l’équipe chargée de la seconde phase du processus de reconditionnement utilise un logiciel, développé par une entreprise finlandaise. Ce logiciel est une solution de diagnostic et d’effacement mobile. Elle sert de guide à l’analyste et lui “prend la main” étape par étape, explique Otso Ojanen, le directeur des opérations et de l’approvisionnement de Swappie. Car, en effet, le diagnostic n’est pas le même selon les différents modèles d’iPhone. L’ensemble du processus est automatique et la tâche prend environ douze minutes chrono. Le logiciel permet également de brancher plusieurs téléphones en même temps pour accélérer le processus. En tout, il vérifie plus de 60 fonctions du téléphone.

Quoi de neuf ?

Concrètement, la première étape que doit effectuer l’employé consiste à vérifier si l’appareil n’a pas pris l’eau ou serait endommagé à cause de l’humidité. Une tâche d’ailleurs réalisable directement depuis chez soi pour tous les propriétaires d’iPhone. En effet, pour vérifier cela, il suffit de regarder la couleur de la pastille située à l’intérieur du tiroir de la carte SIM. Ces petites pastilles de couleurs servent à indiquer la bonne ou mauvaise santé d’un iPhone. Depuis la sortie de l’iPhone 5, ce capteur se trouve à l’emplacement de la carte SIM. Sur les anciens iPhone, il se trouve dans la prise jack des écouteurs. Si la pastille est rouge, alors cela signifie que le téléphone a pris l’eau.

Deuxièmement, l’employé active le processus de vérification de la batterie. Cette tâche peut se faire manuellement ou de façon automatisée. Ensuite, lors de différentes étapes automatisées, le logiciel vérifie l’état de la connectivité Bluetooth et Wi-Fi ainsi que l’état des processeurs, des cartes graphiques ou encore l’espace dédié à la mémoire. Les tests de la caméra, des microphones, de la sensibilité et des couleurs de l’écran ou encore des boutons nécessitent une intervention humaine. À chaque étape, automatisée ou pas, l’employé transmet les résultats au logiciel, depuis l’iPhone concerné. S’il rapporte une anomalie, alors le système lui proposera d’effectuer une deuxième vérification à la fin du processus.

Focus sur la batterie

“L’état de la batterie est l’une des principales préoccupations de nos clients”, insiste Otso Ojanen. Swappie affirme que, suite au premier diagnostic des smartphones, si la batterie affiche une capacité de plus de 80%, le technicien ne la remplacera pas. Par contre, si elle n’atteint pas au moins 80% de sa capacité de charge initiale, alors l’équipe de techniciens la remplacera par une nouvelle. “Ces standards ne sont pas garantis par les autres revendeurs de modèles iPhone. Si vous n’avez pas de chance, vous pouvez récupérer une batterie dont la capacité est inférieure à 80%, ce qui va significativement réduire ses performances et sa durée de vie restante”, compare Swappie. Les pièces détachées de Swappie proviennent de fournisseurs tiers de confiance et d’iPhones recyclés.

À savoir que la capacité maximale de la batterie d’un téléphone diminue avec le temps. Pour se faire une idée de l’état de la batterie de son iPhone, il suffit d’aller dans “Réglages”, “Batterie” puis “État de la batterie”. Et ce, sur les iPhone avec une version de système d’exploitation iOS 11.3 ou ultérieure, à partir du modèle iPhone 6 et ultérieurs.

Pour les opérations plus compliquées, les employés enfilent leur blouse de laboratoire, attrapent leur fer à souder et se dirigent vers un nouveau lieu. À peine arrivés dans l’atelier, on aperçoit des hommes et des femmes en blouses blanche, semblant se pencher au-dessus d’une table d’opération. En réalité, ils effectuent bien une opération minutieuse, mais sur un iPhone. L’un d’eux, l’œil scotché sur un microscope, soude une nouvelle puce audio sur la carte mère d’un iPhone 7 défectueux.

Des smartphones sur une table d’opération

Petit à petit, Otso Ojanen se dirige vers ce qu’il appelle les ateliers de “réparation industrielle”. Ils représentent les troisième et quatrième étapes du processus, plus minutieuses et nécessitant davantage d’expertise. Cette difficulté supplémentaire est en partie liée au rythme soutenu et rapide de sortie des nouveaux iPhone. Car, en effet, nouveaux modèles signifie aussi nouveaux composants à étudier. Il semblerait qu’Apple préfère vendre le plus grand nombre possible de nouveaux iPhone. Et ce, car c’est sur ce marché que le géant de Cupertino réalise les marges bénéficiaires les plus importantes. Ainsi, il n’encourage pas la tendance à la rénovation indépendante et donc, ne facilite pas la tâche aux chirurgiens de Swappie. Chaque nouvel iPhone devient alors de plus en plus difficile à reconditionner.

“Le problème n’est pas l’insertion de nouveaux matériaux. Le soucis se trouve dans le fait qu’Apple renouvelle constamment la façon dont elle code ses appareils et de manière de plus en plus compliqué à déchiffrer” indique Otso Ojanen.

Pour pallier ces bâtons dans les roues, Swappie a adopté une méthode de rétro-ingénierie. Il s’agit de l’étude d’un produit ou d’un système existant dans le but de déterminer son fonctionnement et la manière dont il a été conçu. Autrement dit, Swappie commande le nouveau modèle et l’inspecte de fond en comble pour mieux le réparer par la suite et en déceler toutes les nouveautés de fonctionnement.

Crédits : Swappie.

Pour se fournir les nouvelles pièces des nouveaux iPhone, l’équipe de l’usine finlandaise doit parcourir le marché elle-même. En effet, Apple ne fournit pas ces pièces. Par exemple, Apple a intégré dans le code logiciel le lien entre le module caméra du dernier iPhone 13 et la carte mère de l’appareil, explique Otso Ojanen. L’équipe ne peut donc pas remplacer ces composants. “Je comprends qu’ils veuillent garder le contrôle afin que personne ne puisse manipuler leurs appareils”, assume le directeur. Mais il nuance et regrette que ces géants “utilisent leur pouvoir de marché pour rendre la tâche difficile aux acteurs indépendants”.

Finition parfaite

Une fois que le téléphone fonctionne comme neuf, il est soumis à une inspection esthétique. En effet, certains appareils ont encore quelques rayures à polir et certains composants nécessitent un énième nettoyage surperficiel. Les appareils se rangent ensuite dans une boîte et s’en vont vers leurs futurs acheteurs.

_
Suivez Geeko sur Facebook, Youtube et Instagram pour ne rien rater de l'actu, des tests et bons plans.