La Corée du Sud fournit 170 millions d’images faciales à des entreprises privées

Les données biométriques de ressortissants sud-coréens et étrangers ont été récupérées à l’aéroport international d’Incheon sans qu’aucun consentement ne soit demandé.

Les visages de près de 170 millions de personnes ont été scannés et répertoriés à l’aéroport international d’Incheon afin d’être utilisés pour développer une intelligence artificielle. Les personnes scannées comportent 50 millions de Sud-Coréens et 120 millions d’étrangers. Cette collecte a été effectuée sans le consentement des « participants ». De nombreux observateurs accusent le gouvernement de franchir une ligne rouge dans ses efforts pour favoriser l’industrie de l’intelligence artificielle.

Les images récoltées seront utilisées pour participer au développement d’un algorithme de reconnaissance faciale qui servira à filtrer les personnes entrant et sortant du pays. Ce système doit permettre d’identifier les passagers sans scanner leur passeport et de détecter les situations potentiellement dangereuses avant qu’elles ne surviennent. Le système apprend à identifier les personnes qui se comportent « anormalement » dans la zone d’immigration en les comparant aux données précédemment enregistrées.

Dans le cadre de ce projet, le ministère de la Justice a transféré au ministère des Sciences et des TIC (MSIT) les informations obtenues lors du processus de contrôle de l’immigration. On y retrouve les visages, la nationalité, le sexe et l’âge des personnes scannées. Ces informations ont ensuite été transmises par le MSIT à des entreprises privées spécialisées dans l’IA afin de les aider dans leurs recherches.

« Une violation des droits numériques à une échelle sans précédent »

Le journal coréen The Hankyoreh indique que malgré le fait que la loi sur l’immigration ne permette pas au ministère de la Justice de collecter ou de stocker des données biométriques de Sud-Coréens lors du contrôle de l’immigration, il stocke néanmoins les empreintes digitales et les photos des Sud-Coréens qui ont utilisé le service automatisé d’autorisation d’immigration introduit en 2008.

« Au niveau international, il est difficile de trouver un autre cas où les données d’immigration de voyageurs nationaux et internationaux ont été fournies à des entreprises pour être utilisées pour le développement de l’IA sans aucune notification ni consentement », a déclaré Chang Yeo-Kyung, directeur exécutif de l’Institute for Digital Rights. « C’est un acte choquant. Il s’agit d’une violation des droits numériques à une échelle sans précédent. »

En 2020, 88 caméras ont été installées par le ministère de la Justice autour de l’aéroport et 400 caméras sont prévues au total sur le site d’ici 2022.