Comment les cartels mexicains utilisent les jeux vidéo pour recruter des enfants

Les groupes criminels mexicains ont trouvé un nouveau canal de recrutement. Désormais les narcotrafiquants approchent leurs nouvelles recrues via des jeux vidéo en ligne.

Les jeux vidéo ne se limitent plus à un objectif de divertissement. Le secrétaire adjoint à la sécurité publique du Mexique, Ricardo Mejía, a déclaré mercredi que des cartels mexicains auraient utilisé les plateformes de jeux en ligne pour recruter des jeunes dans leurs rangs.

Un réseau de trafiquants recrute via Free Fire 

Le 11 octobre, les autorités de l’État d’Oaxaca ont annoncé qu’elles avaient sauvé trois enfants âgés de 11 à 14 ans des mains d’un réseau de trafiquants. Le recruteur avait contacté le premier garçon deux mois auparavant.

Plus précisément, la première cible et le recruteur se sont rencontrés via la plateforme de jeu en ligne “Free Fire”, également connue sous le nom de “Garena Free Fire”. Le trafiquant se faisait passer pour un joueur de 13 ans. Il a ensuite promis au garçon et à deux de ses amis 200 dollars par semaine pour travailler dans le nord du Mexique comme guetteurs pour les cartels de la drogue. Finalement, les trois adolescents ont été retrouvés avant de pouvoir monter dans le bus dans l’État d’Oaxaca, dans le sud du pays.

Les jeux vidéo, une nouvelle base de recrutement

Selon les données du Réseau mexicain pour les droits des enfants, on estime à 30 000 le nombre de jeunes recrutés par les cartels de la drogue entre 2000 et 2019. Le groupe estime qu’environ 21 000 jeunes de moins de 18 ans ont été assassinés au Mexique et 7 000 ont disparu.

Selon Ricardo Mejía, d’autres cartels ont opéré de manière similaire en contactant les joueurs par le biais de jeux en ligne et de chats sur les plateformes de jeux, notamment “Call of Duty”, “Gears of War” et “Grand Theft Auto V”. Face à ce constat, il alerte sur le fait que les recruteurs disposent désormais d’une technologie suffisamment sophistiquée pour contourner les algorithmes de sécurité des consoles populaires.

Un recrutement plus ciblé

Plusieurs cas documentés attestaient déjà de tentatives de recrutement sur les médias sociaux. Mais les jeux vidéo offrent aux traficants des possibilités de recrutements plus ciblées. En effet, d’après M. Mejía, les plateformes de jeux en ligne imprégnées de violence permettent de contacter principalement “des hommes, jeunes, fascinés par les armes et quelque peu désensibilisés au meurtre, du moins au niveau virtuel”.

Dans le cas des trois adolescents, le recruteur leur avait assuré que le travail proposé leur plairait, étant donné “qu’ils “aimaient les armes à feu et qu’ils gagneraient beaucoup d’argent”, rapporte le secrétaire adjoint à la sécurité publique.

Un modèle de recrutement en mutation

Selon un rapport présenté la semaine dernière par Reinserta, les enfants sont fréquemment recrutés par d’autres enfants de leur âge. L’organisation à but non lucratif cherche à briser les cercles de la criminalité afin d’améliorer la sécurité du pays en travaillant avec le système pénitentiaire.

Après avoir interrogé 89 mineurs détenus dans des établissements pour jeunes délinquants dans plusieurs États, Reinserta affirme que 67 de ces jeunes ont déclaré avoir été activement impliqués dans les cartels. L’âge moyen au moment où ils sont entrés en contact avec les cartels était de 13 à 15 ans. Tous avaient abandonné l’école et tous ont fini par utiliser des armes à feu.

Le même rapport affirme que la consommation de drogue est un moyen de recruter les enfants, mais que les cartels utilisent également les croyances religieuses et un sentiment d’appartenance que les enfants ne peuvent obtenir ailleurs. Combinés, la pauvreté, les foyers abusifs et l’absence de réaction des écoles et des organismes sociaux auraient leur part de responsabilité.