Une entreprise belge veut réinventer la caméra des smartphones

Connaître la maturité d’un fruit, l’état de fraicheur d’une viande ou trouver son fond de teint idéal à l’aide de son smartphone devrait être possible prochainement. Spectricity, une start-up malinoise espère commercialiser son spectromètre de poche d’ici 2023. 

La start-up belge Spectricity est sur le point de commercialiser un spectromètre miniature. Sa technologie permet de scanner des matériaux ou des objets physiques et de faire apparaitre des détails invisibles à l’œil nu. Une fois intégré aux smartphones, il permettra l’analyse des fruits et des légumes, ou encore des échantillons de peau en un simple geste.

Grâce à une nouvelle levée de fonds de 14 millions d’euros, la start-up espère rendre abordable l’utilisation des filtres hyper-spectraux.

Faire apparaître l’invisible

Derrière la caméra d’un smartphone, on trouve un “imageur”, illustre Vincent Mouret, CEO de Spectricity. Ce petit composant électronique est en fait d’un petit bout de silicium depuis lequel des pixels captent la lumière.

Sur un imageur, soit une puce avec des pixels, Spectricity dépose des filtres. Leur objectif est de filtrer les différentes longueurs d’onde de la lumière, invisibles à l’œil nu. En effet, la vision humaine possède des capacités de contraste mais ne peut pas “tout voir” insiste le CEO. Il compare l’éclairage d’une plante factice avec celui d’une vraie plante. Le spectre lumineux émis par les feuilles réelles et celui émis par feuilles factices ne sont pas du tout les mêmes. “Cela n’a rien à voir, les longueurs d’ondes ne sont pas renvoyées de la même manière”, complète le directeur. Et, contrairement au capteur hyper-spectral, l’œil humain ne peut pas remarquer cette différence en un simple coup d’œil.

Les spectromètres sont déjà utilisés en physique, en chimie et en médecine. La start-up voudrait les miniaturiser et les intégrer dans les smartphones. Autrement dit, rendre leur utilisation “grand public”.

Défier les lumières du quotidien

Les caméras des smartphones sont régulièrement optimisées. La qualité des photographies est de plus en plus grande et les clichés de plus en plus nets et précis. Mais “aujourd’hui, seule la reconnaissance faciale vient élargir les fonctionnalités de ces caméras”, regrette Vincent Mouret. Diagnostic médical, choix de ses cosmétiques, évaluation de la qualité des fruits et des légumes… La start-up malinoise espère révolutionner l’utilisation de nos caméras.

Le projet de spectromètre miniature de Spectricity pourrait révolutionner l’analyse de la peau. En médecine, le diagnostic d’un mélanome peut se faire grâce à des caméras spectrométriques et hyper-spectrales. Seulement, ces dernières sont “extrêmement chères et disponibles uniquement dans les laboratoires” explique Vincent Mouret. Le projet de Spectricity est de rendre ce diagnostic directement réalisable depuis un smartphone.

Dans certains supermarchés, au-dessus des bancs de fruits et de légumes, “des éclairages spécifiques qui vivifient la couleur réelle des fruits ou font apparaitre la viande comme faussement fraîche”. Pour le directeur, un smartphone équipé d’un spectromètre pourrait “enlever ce filtre lumineux et faire apparaitre une autre réalité”. Un fruit trop mûr ou une viande peu fraiche pourraient alors être détectés.

Cosmétiques, soin de la peau, nourriture, agricultures… Grâce à la signature d’un accord de fabrication avec une société de semi-conducteurs et une nouvelle levée de 14 millions d’euros, Spectricity espère réaliser tous ces objectifs rapidement et s’imposer dans de nombreux secteurs. D’après le CEO, les premiers téléphones équipés de capteurs hyper-spectraux apparaitront d’ici 2023.