Face au véhicule électrique, une entreprise belge mise sur l’hydrogène chaud

L’entreprise familiale Punch Powerglide dévoile son nouveau projet de moteurs à hydrogène chaud. Persuadé de leurs avantages environnementaux et sociaux, le groupe a déposé sa candidature pour reprendre une usine de Nissan à Barcelone. Rencontre avec Olivier Nass, directeur ventes et marketing du groupe.

Une entreprise “familiale”

Implantée à Strasbourg, à Turin et en Slovaquie, Punch Powerglide est spécialisée dans les solutions dites “powertrain”. Ses principaux clients sont des constructeurs automobiles.

Start-up d’origine, l’entreprise familiale basée à Saint-Trond (Belgique) a fait ses débuts dans la Formule 1. Depuis, elle propose des solutions de stockage temporaire d’énergie. Vulgairement, il s’agit de roues d’inertie qui permettent d’absorber une grande quantité d’énergie et de la libérer en un temps relativement proche. On retrouve cette technologie dans le système “stop and start” des voitures.

Motivée par de nouveaux objectifs environnementaux, Punch Powerglide lance un nouveau véhicule concept à hydrogène doté de la technologie H2-ICE (Hydrogen Internal Combustion Engine) ou “hydrogène chaud”.

L’hydrogène chaud comme solution environnementale

La COP26 s’ouvrira début novembre à Glasgow. Après la publication du dernier rapport du Giec, l’ONU se montre plus qu’alarmiste. Antonio Guterres, secrétaire général, a récemment souligné qu’une nouvelle étude “montrait que le monde est sur un chemin catastrophique vers +2,7°C de réchauffement”. Pour, Olivier Nass, directeur ventes et marketing de Punch Powerglide, les voitures électriques ne peuvent pas être la seule réponse du secteur automobile”Le directeur estime que ce n’est pas aux politiciens de définir la solution technique à choisir pour atteindre les objectifs environnementaux, mais bien le secteur lui-même. “C’est l’industrie automobile qui doit tout faire pour atteindre ces objectifs” affirme-t-il.

La solution hydrogène, déjà utilisée pour les piles à combustible, serait une autre solution. Punch voudrait utiliser l’hydrogène liquide comme carburant. Pour cela, le groupe mise sur une adaptation des moteurs à combustion traditionnels. Techniquement, “on est confiant, cela va marcher” se réjouit Olivier Nass. Mais il insiste, pour que l’écosystème de la voiture à hydrogène chaud se mette en place, un contexte politique favorable est impératif.

Un regard politique déterminant

Pour le directeur marketing, tout est une question de définition politique. “C’est elle qui définit les règles du jeu du marché” et donc les décisions de l’industrie, explique Olivier Nass. 

La considération des voitures hybrides comme solutions face au réchauffement climatique, par exemple, serait le fruit de considérations politiques. Tout comme pour la voiture électrique, que les acteurs politiques ont décidé de classer comme “zéro émission”. Une appellation qu’Olivier Nass nuance, “cela est vrai si on ne prend en compte que ce qui sort du pot d’échappement”. Si l’on considère le bilan énergétique, soit le cycle complet de vie d’une voiture, “le constat change complètement”. Plusieurs études démontrent que la production de voitures électriques polluerait jusqu’à deux fois plus que celle des voitures à essence. L’empreinte écologique liée à la construction des véhicules électriques aurait une telle empreinte, qu’il faudrait rouler plusieurs années avant d’atteindre un meilleur bilan écologique que les voitures à essence.

Une solution nécessaire

Les moteurs à hydrogène chaud ont déjà été testés il y a une vingtaine d’années. La nouveauté du projet de Punch est qu’il s’inscrit dans un environnement climatique beaucoup plus alarmant. Olivier Nass est clair, “l’optimisation du moteur thermique arrive à sa fin, il faut d’autres solutions”.

Selon le directeur, le regard politique est bien plus favorable face à ce type d’innovations techniques qu’il y a vingt ans. Aussi, l’industrie automobile a fait “d’énormes progrès depuis les premiers essais”. Grâce à cela, le groupe Punch se dit convaincu de pouvoir proposer d’ici à 2025 un moteur à combustion à hydrogène chaud. Celui-ci sera garanti sans émission de CO2 et sans émulsion. “Il y aura un peu d’eau qui sortira du pot d’échappement et c’est tout” assure Olivier Nass. 

Un besoin d’infrastructure

En Allemagne, il n’existe que “sept ou neuf stations à hydrogène” regrette Olivier Nass. Un nombre d’infrastructures insuffisant pour la démocratisation de ces moteurs.

Une autre qualité de ces moteurs face aux voitures électriques devrait permettre de combler rapidement ce manque. Les véhicules à hydrogène chaud auront une capacité d’autonomie plus grande que celles des véhicules électriques. Leur utilisation nécessitera donc moins de “stations à hydrogène”. Encore une fois, l’installation de nouvelles stations dépendra aussi du niveau de soutien politique, précise Oliver Nass.

Sauver les jobs de l’industrie automobile

Un des principaux arguments d’Olivier Nass est le maintien des emplois du secteur automobile. “La fabrication d’une voiture électrique ne conserve qu’un cinquième des composants traditionnels”, des milliers d’emplois sont donc menacés. “Notre solution n’est pas seulement techniquement et écologiquement intéressante, elle permet aussi de sauver des emplois”, conclut Olivier Nass. 

“Avec les moteurs à hydrogène, on conserve le même modèle de moteurs que sur les voitures traditionnelles à essence”, explique le directeur. Du moins, grâce quelques adaptations. Lors de la construction des voitures à moteur à hydrogène, la plus grande partie des composants des moteurs traditionnels sera conservée. 

“Le travail actuel des équipementiers ne devrait donc pas changer et les postes devraient être conservés”

L’usine de Nissan basée à Barcelone sera fermée d’ici à la fin de l’année. Un appel à repreneurs a été lancé. Avec ce nouveau projet en tête, Punch Powerglide propose la reprise de cette usine sous sa propre marque. Le groupe continuera ainsi de produire les véhicules déjà fabriqués sur place, en ajoutant la mise à jour environnementale des moteurs diesels et la commercialisation d’un pick-up à hydrogène chaud d’ici 2025. 

Nissan devant rendre les clefs de l’usine le 31 décembre, la décision devrait être rendue avant la fin du mois.