Test : Lost in Random : une aventure burtonienne

Après le sympathique Fe, le studio suédois Zoink! nous revient avec un nouveau projet beaucoup plus ambitieux. Inspiré de l’œuvre de Tim Burton, Lost in Random nous plonge dans un univers où tout est régi par le hasard. 

Vous vous souvenez peut-être du sympathique Fe, un jeu d’aventure au design déjà très particulier, qui nous proposait d’incarner une petite créature dans un monde fantaisiste peuplé de dangers. Les créateurs de Fe nous reviennent aujourd’hui avec leur nouvelle création, Lost in Random.

Visuellement et artistiquement, le jeu est superbe.

Changement radical d’ambiance pour ce jeu de plates-formes et d’aventure, qui lorgne du côté des productions de Tim Burton pour sa direction artistique et son univers. Difficile en effet de ne pas faire l’analogie avec un Noces Funèbres, tant visuellement, la création de Zoink semble se rapprocher de l’œuvre de Tim Burton. Dans les faits toutefois, le studio suédois s’est inspiré d’un tableau d’un artiste australien baptisé Shaun Tan, qui avait peint une jeune fille avec un dé géant, pour bâtir l’univers de son jeu.

Le joueur est ici plongé dans le royaume d’Aléa, un univers fantaisiste dans lequel la vie de chaque membre de la société est définie par le hasard, au sens littéral du terme puisque ce sont les dés qui décident ce qu’il advient de chacun… La société est ainsi structurée en différentes classes, selon la note obtenue. Les 1 sont les parias de la société, les 6 partent vivre à Sixtopie, aux côtés de la reine, qui est désormais la seule à posséder un dé.

La narration est soignée et le jeu réserve son lot de dialogues et d’interactions avec les PNJ.

L’aventure débute avec la disparition de la sœur de notre jeune héroïne, emmenée par la reine à Sixtopie et l’apparition quelques mois plus tard d’un fantôme dans la demeure familiale, que notre jeune héroïne va s’entêter à suivre à travers les six villes qui composent le royaume d’Aléa.

Si le scénario du jeu n’est finalement qu’un prétexte pour nous faire parcourir chacun de ces lieux, l’univers de Lost in Random exerce un charme fou dès les premières minutes de jeu. Un très gros travail a été réalisé par les développeurs pour construire un univers non seulement riche mais également très cohérent, dans lequel absolument tous les éléments de la société sont dictés par le hasard. Le joueur sera également amené à rencontrer de nombreux personnages secondaires dans chacune des bourgades, avec à la clé des missions secondaires parfois très amusantes.

Le gameplay du jeu est basé sur l’utilisation de cartes et d’un dé.

Lost in Random charme avant tout par son univers, très travaillé, mais aussi très vivant. Si le jeu est très linéaire et ne propose que de rester très brièvement dans chacune des villes du royaume, il est possible d’y interagir avec chaque PNJ. Il est également difficile de ne pas s’attacher à tous ces personnages que l’on apprend à connaître au long du récit, ou à ce petit dé qui vous accompagnera tout au cours de l’aventure. On notera d’ailleurs que si l’univers du jeu est charmant, c’est aussi grâce à sa bande son grandiose, avec ses mélodies somptueuses de Blake Robinson et ses excellents doublages – notamment du narrateur, qui vous accompagnera tout au long de l’aventure. On a véritablement l’impression d’être immergé dans cet univers fantaisiste.

Les séquences de combat ont tendance à tirer un peu en longueur.

Mais c’est toutefois bien au niveau de son gameplay que le jeu de Zoink se démarque le plus des autres productions du genre. Les créateurs du jeu ont tenu à lier celui-ci d’une façon ou d’une autre à l’univers de Lost in Random. Si leur titre mélange aventure, action et plates-formes, il hérite de mécanismes uniques, inspirés des jeux de hasard. Concrètement, on évolue librement dans les niveaux, comme dans un jeu de plates-formes classique. Lors des séquences de combat en revanche, le hasard intervient de deux façons différentes. Le joueur devra à la fois gérer un deck de cartes, qui lui servira à invoquer des sorts, mais aussi utiliser son dé pour obtenir des points, qui seront nécessaires pour utiliser les sorts – qui nécessitent un certain nombre de points pour être utilisés. Pour activer ledit dé, il faudra préalablement tirer avec son lance-pierre sur les points faibles de ses ennemis et faire ainsi exploser des cloches qui relâcheront la précieuse énergie nécessaire à l’activation du dé.

Deux éléments primordiaux entrent donc en ligne de compte : le hasard, avec l’utilisation du dé, et la gestion de deck, avec une collection de cartes à enrichir tout au long du récit avec les crédits remportés lors des affrontements, que vous pourrez échanger chez le marchand.

Le concept est séduisant les premières parties, mais montre vite ses limites. Car les combats ont tendance à suivre toujours la même structure et à s’éterniser un peu.

Lesdits sorts à invoquer avec son deck vont de la création d’un bouclier pour vous protéger au tirage d’une nouvelle carte en passant par l’augmentation du crédit, l’utilisation d’un arc ou l’apparition d’une arme, qui permettra au joueur de partir au contact. Globalement, les affrontements manquent de punch, mais pas forcément de technique. A vrai dire, le jeu est même peu accessible pour les plus jeunes. Avec ses mécanismes de jeu complexes, il s’adresse clairement aux plus de 15 ans.

Les rencontres sont nombreuses dans l’univers de Lost in Random.

S’il manque de punch dans ses affrontements et se prend un peu les pieds dans le tapis dans sa structure, Lost in Random n’en reste pas moins plaisant à explorer. Les séquences d’exploration, de plates-formes et les combats de boss sont plutôt réussis. Les “jeux de plateau”, beaucoup moins. Durant ceux-ci, il faudra de nouveau participer à des combats, à la différence près qu’un objectif principal viendra se joindre à la fête : il faudra faire progresser un pion sur un échiquier avec chaque lancer de dé. Le concept est séduisant au début, mais là encore, on en fait très vite le tour. Les développeurs ont enrichi la formule avec quelques règles alternatives. Votre pion sera par exemple bloqué sur une case. Vous serez alors amené à éliminer une cible pour le débloquer… Dans la pratique, les “jeux de plateau” auraient toutefois pu être beaucoup plus originaux qu’il ne le sont.

On en vient dès lors à se demander si l’idée même de mêler hasard, dés et deck était vraiment une bonne idée. Car finalement, Lost in Random ne déçoit que dans son gameplay. Les mécanismes de jeu sont très répétitifs et ne plairont clairement pas à tous les publics. Reste qu’ils ont le mérite d’être originaux…

Les combats de boss font partie des plus réussis.

Pas bien long – le titre se boucle en moins de 10 heures, un peu plus si vous tentez le 100% – Lost in Random n’est toutefois vendu que 29,99€, un prix très décent pour un jeu visuellement très réussi. Car techniquement, le titre de Zoink n’a rien à envier à un triple A avec sa bande son absolument somptueuse, sa direction artistique inspirée et ses superbes graphismes. C’est bien simple, ingame, on se croirait presque dans un film d’animation. Du triple-A, à moitié prix.

Conclusion

Le nouveau jeu des créateurs de Fe est une belle réussite. Les Suédois de Zoink nous livrent avec Lost in Random un jeu d’action / aventure grandiose, qui se caractérise à la fois par son univers fantaisiste que l’on croirait tout droit inspiré de l’œuvre de Tim Burton, mais aussi par son gameplay unique, qui s’inspire des mécanismes de jeux de hasard avec son lancer de dés, la gestion d’un deck de cartes et des affrontements beaucoup plus techniques qu’il n’y paraît. S’il faut preuve d’originalité dans son gameplay, Lost in Random ne parvient pas totalement à convaincre avec ses affrontements répétitifs et qui tirent un peu en longueur. Son univers burtonesque, qui nous plonge dans un royaume où tout est régi par le hasard, exerce toutefois un charme fou. Sa direction artistique brillante, sa bande son superbe et ses très jolis graphismes en font une oeuvre qui mérite le détour. Mais attention, car contrairement aux apparences, Lost in Random ne destine pas à une audience très jeune. Le jeu édité par Electronic Arts est très clairement destiné à un public adulte, de par ses mécanismes de gameplay un peu trop complexes pour les plus jeunes… 

Lost in Random

Gameplay 7.0/10
Contenu 8.0/10
Graphismes 8.0/10
Bande son 9.0/10
Finition 8.0/10
8.0

On aime :

Une direction artistique très inspirée

La bande originale, absolument superbe

Quelques très bonnes idées côté gameplay

Un univers plein de charme

Le prix tout doux (29,99€)

On aime moins :

Des combats répétitifs et longuets

Les "jeux de plateau", sous exploités

Le concept de base n'était peut-être pas une si bonne idée...