L’application n’est pour l’instant disponible que sur iOS et uniquement sur invitation.

Un nouveau réseau social fait parler de lui depuis quelques semaines et non, il ne s’agit pas de TikTok. Création de deux Américains de la Silicon Valley, Paul Davidson et Rohan Seth, ClubHouse est le nouveau réseau social à la mode et pourtant, il n’est accessible qu’à un nombre restreint d’utilisateurs. Pourquoi ce succès ? Quelle est sa particularité ? Penchons-nous un peu plus sur ce nouveau phénomène.

Un réseau social vocal

Le concept de ClubHouse est plutôt innovant puisqu’il se démarque de tout ce que proposent Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux traditionnels. Surfant sur la vague des podcasts, ClubHouse repose uniquement sur la voix. Les utilisateurs créent des salons de discussion virtuels éphémères pour discuter oralement de sujets très précis. Ces salons peuvent être privés ou publics et accueillir jusqu’à 5.000 participants. Dans le cas des salons publics, les « spectateurs » peuvent prendre part au débat en en faisant la demande via la fonction « lever la main ». Le tout étant encadré par des modérateurs bénévoles, histoire d’éviter les abus.

Ici, il n’est pas question de s’afficher sous son meilleur jour en postant en selfie, de partager son repas de midi ni de se mettre en scène sur le nouveau morceau à la mode. ClubHouse ne repose en effet ni sur les photos ni sur les vidéos et ne comprend même pas de messagerie, contrairement à la plupart des réseaux sociaux. Il est en revanche question d’échanger vocalement sur des sujets aussi variés que précis avec des personnes lambdas ou des spécialistes des questions débattues. L’app se rapproche en réalité plutôt d’une table-ronde virtuelle ou de conférence décomplexée. Et l’utilisation de la voix s’y prête particulièrement bien.

Cela permet aux interlocuteurs de nuancer leur propos puisqu’ils peuvent choisir le ton adéquat pour faire passer leur message, chose qui n’est pas toujours possible à l’écrit, et ce, malgré les émojis.

Sur invitation uniquement

Pour l’heure, l’application lancée en mars 2020 est toujours en bêta et n’est disponible que sur iPhone et iPad. Elle compte pourtant déjà plus de 10 millions de téléchargements à travers le monde, selon les chiffres de SensorTower. Mais s’il est tout à fait possible de télécharger l’application – encore faut-il avoir un appareil Apple –, rejoindre véritablement le réseau social est plus compliqué.

L’entrée au ClubHouse se fait en effet uniquement sur invitation pour le moment. Les personnes qui y sont déjà inscrites peuvent inviter un certain nombre de personnes extérieures qui pourront à leur tour inviter d’autres contacts. Si vous ne connaissez personne qui en fait déjà partie, vous ne pourrez pas rejoindre le réseau social pour le moment.

En procédant de la sorte, ClubHouse s’offre une belle publicité puisque l’app jouit ainsi  d’une certaine image VIP. Ce côté élitiste a été accentué par la présence de certaines personnalités publiques telles que Mark Zuckerberg, Elon Musk ou encore Xavier Neil qui se sont prêtés au jeu du débat en public dans des salons de discussions.

Le succès de l’app toujours en bêta aurait d’ailleurs poussé certains réseaux sociaux à l’imiter. Facebook serait en train de réfléchir à la possibilité d’intégrer un système de salons vocaux sur sa plateforme. Twitter ferait de même et serait d’ailleurs déjà en train de tester sa réplique à ClubHouse aux États-Unis.

Un show en continu qui pose question

L’application ne mise pas seulement sur son système d’invitation pour se faire connaitre, elle mise également sur l’effet FOMO, soit « Fear Of Missing Out » (la peur de manquer quelque chose) pour fidéliser ses utilisateurs, car les rooms sont bien éphémères, il n’est donc pas question de réécouter l’intervention de Mark Zuckerberg ni celle d’Elon Musk. C’est pourquoi il vaut mieux rester à l’affut sur l’application pour éviter de rater les prises de paroles de telle ou telle célébrité – dont Jamel Debbouze ou Drake.

Mais si les salons virtuels sont accessibles pendant un temps limité, les échanges vocaux le sont pendant plus longtemps. ClubHouse enregistre en effet toutes les discussions tenues dans ses rooms à des fins de sécurité, selon le réseau social. Au bout d’un moment, les enregistrements sont supprimés, assure la plateforme.

Ce ne serait pas le seul aspect problématique de l’application. Elle présenterait en effet plusieurs problèmes en termes de confidentialités et de protection des données privées. Une association allemande des consommateurs l’accuse d’ailleurs de présenter de graves lacunes juridiques et de contrevenir au RGPD.

Un potentiel exponentiel

Malgré ces quelques points noirs, ClubHouse semble avoir de jolis arguments pour se faire une place aux côtés de Facebook, Twitter et LinkedIn. À l’heure actuelle, l’app n’est disponible que sur iOS, mais une version Android est en développement, assurent les créateurs du réseau social.

Bien que l’app a évidemment profité du contexte pandémique pour gagner des utilisateurs, sa disponibilité sur les appareils Android devrait lui permettre de toucher beaucoup plus d’utilisateurs. Reste à voir si la méthode d’inscription restera la même. Le système d’invitation offre un petit côté privilégié, mais cela pourrait également nuire à la plateforme. Certains utilisateurs pourraient en effet se délaisser de l’app avant de l’avoir intégré, blasé de devoir attendre pour y entrer.

Mais une chose est sûre, l’app a du potentiel et devrait continuer de rassembler de nombreuses personnes. De quoi pousser ses créateurs à la monétiser. On peut en effet imaginer que les développeurs intègrent un système de fonctionnalités premium ou fassent payer un droit d’entrée pour les salons rassemblant des personnalités publiques ou des scientifiques de renom. Il faudra cependant patienter jusqu’au lancement officiel de l’app qui n’a pas encore de date pour l’instant.