Restée longtemps dans l’ombre de Tropico, la série des Port Royale tente une nouvelle percée avec un quatrième volet très ambitieux. 

Annoncé lors de la Gamescom 2019, Port Royale 4 se devait de répondre aux exigences de la presse et des joueurs. Si la série n’a jamais su proposer de jeu suffisamment bon pour marquer les esprits, elle a eu le don d’offrir un gameplay original, diamétralement opposé à celui de Tropico. Avec la sortie de Port Royale 4, Kalypso Media se devait de redresser la barre après le raté d’un troisième épisode fade et sans saveur.

C’est donc 8 ans plus tard que ce tant attendu Port Royale 4 pointe le bout de son nez. Un épisode aux nouveautés nombreuses, notamment visuelles. Enfin, on parlera plutôt d’une interface revue et améliorée, que d’un moteur enrichi en nouveautés et détails. En effet, PR4 semble tout droit venu d’une autre année, voire d’une autre époque. Il ressemble à s’y méprendre à un certain Tropico 3, pourtant sorti il y a 11 ans déjà. La différence graphique entre Port Royale 3 et son successeur ne sautent pas aux yeux.

S’il n’est assurément pas beau lors de la vue d’ensemble de la carte, le constat semble différent lorsqu’on se rapproche des villes. Certes, nous n’atteignons toujours pas les standards actuels de très nombreuses productions, mais il semble qu’un effort à été fait sur les colonies. Une “vie” anime ces villes, avec quelques passants brièvement façonnés. Les bâtiments et navires sont quant à eux bien reproduits. En revanche, la végétation nous laisse sur notre faim. Les arbres qui peuplent les différentes îles sont sensiblement les mêmes, à quelques exceptions près, et ne permettent pas de varier les plaisirs.

On ne va pas se le cacher, Port Royale 4 n’est pas très beau.

Néanmoins, force est de constater que les développeurs ont retravaillé l’esthétique globale du jeu. Entendez par là que Port Royale 4 propose enfin une interface revue, avec des icônes claires, intuitives et explicites. Si le tout semble encore une fois provenir d’un jeu sorti il y a 10 ans, on s’éloigne enfin de l’interface proposée dans Port Royale 3. Austère et peu intuitive, la précédente interface ne collait pas à la rigueur que nécessite tout jeu de gestion. Désormais, le jeu accompagne bien plus le joueur, et ne l’abandonne pas au sein de menus d’un autre âge. De plus, notons l’apparition, comme dans Crusader Kings 3 sorti quelques semaines plus tôt, des personnages en 3D animés. Ceux-ci viennent donner beaucoup plus de peps à des menus qui en avaient fortement besoin.

Outre ce “travail” visuel, Port Royale 4 bénéficie enfin d’un tutoriel complet et plus didactique. Si le joueur passait autrefois par un didacticiel qui parcourait vite fait les différents menus, il aura désormais droit à une aide approfondie, qui fait l’inventaire de toutes les fonctionnalités. Dans un jeu comme celui-ci, il est primordial de bien comprendre comment fonctionnent ses mécaniques et la manière dont diriger sa colonie.

Le tutoriel est désormais bien plus complet, avec une meilleure approche des mécaniques du jeu.

Justement, parlons-en de ces mécaniques. Car si Port Royale a fait du commerce sa pierre angulaire, son fonctionnement et sa jouabilité sont perfectibles. Le commerce entre colonies reste le seul moyen qui permettra à votre cité d’engranger de l’argent rapidement et de manière efficace … lorsque cela fonctionne. Mentionnons tout d’abord la création des routes commerciales, qui est absolument catastrophique. Les menus d’échange sont peu clairs et l’on se retrouve vite perdu entre les villes qui peuvent acheter ou vendre des marchandises. Le tutoriel s’avère vite utile lorsqu’on doit retourner dedans afin d’en suivre les principes. Revenez dans le jeu, appliquez la méthode que propose le tutoriel, et votre route commerciale ne fonctionnera pas et ne vous acheminera les ressources qui vous sont nécessaires.

Le tout se révèle particulièrement frustrant lorsqu’ensuite, vous vous rendrez compte que votre route vous coûte plus d’argent qu’elle ne vous en rapporte ou qu’elle ne vous ramène pas les ressources demandées. Il est dommage que ce principe d’échange et de commerce ne soit pas au point, surtout pour un jeu qui s’articule autour de ce concept.

Vous vous en rendrez vite compte, vous allez très vite tourner en rond dans Port Royale 4. Les parties ne seront uniquement rythmées que par les quelques événements, missions et autres problèmes causés par l’ennemi. Vous n’aurez plus à vous inquiéter de vos échanges commerciaux une fois que vous aurez correctement paramétré vos routes. Malheureusement, ce ne sont pas les deux modes de jeu qui viendront renouveler la jouabilité. On retrouve une fois de plus le traditionnel mode campagne, qui permet de faire face à certains devoirs, ainsi qu’un mode libre somme toute très traditionnel et fort simpliste.

Il vous sera demandé, dans ce mode libre, de sélectionner une des quatre factions, à savoir les Pays-Bas, la France, l’Espagne et l’Angleterre. Il s’agit somme toute des quatre nations les plus importantes lorsque l’on évoque le colonialisme dans les Caraïbes. Un choix sans réelle importance et qui n’a pas vraiment d’influence sur la suite, tant les îles sont sensiblement les mêmes et n’offrent que peu de diversité.

Les combats navals sont entièrement repensés, avec désormais un système au tour par tour.

Enfin, notons une amélioration notable dans les combats navals. Si cette partie était autrefois critiquée pour son côté trop aléatoire et très rigide, elle a bénéficié d’un profond lifting. Désormais, les batailles navales se passent au tour par tour, chacun séparé en plusieurs manches. Chaque manche correspond aux actions d’un vaisseau, et lorsque chaque bateau des deux côtés a agi, le tour se termine. Cela permet de rajouter plus d’intérêt à un mode qui en avait bien besoin, même si ça reste toujours aussi rigide. On peut enfin se rapprocher et bénéficier d’une plus jolie mise en scène, mais le choix du tour par tour reste fort discutable. C’est un système qui n’apporte que très peu de fluidité à des combats, ce dont avait pourtant bien besoin Port Royale.

Enfin, difficile d’évoquer les nombreux bugs que rencontre Port Royale 4. Outre un système de commerce peu abouti et enclin à de multiples problèmes, on notera plusieurs soucis d’affichage et de finition. Certaines voix ne sont pas correctement synchronisées, tandis que l’on remarquera quelques problèmes de textures ou de shaders sur l’eau.

Conclusion

Après deux épisodes décevants, Port Royale revient sous une nouvelle bannière. Le jeu de gestion s’offre une révision complète. Les menus sont plus accessibles, le tutoriel a été entièrement repensé et certaines séquences de jeu sont beaucoup mieux construites, à l’image des séquences en pleine mer avec des combats qui se déroulent désormais au tour par tour.  Port Royale 4 est un jeu de gestion très pointu qui base en grande partie son gameplay sur le commerce et des combats en pleine mer. Son gameplay reste toutefois très répétitif, le schéma étant toujours le même. Il faudra ici veiller à contenter le vice-roi, commercer et engranger de l’argent ainsi que de la renommée. Le commerce, pierre angulaire du jeu, reste un mystère dans sa conception, avec des résultats assez aléatoires. Esthétiquement, ce n’est pas non plus une franche réussite. Port Royale 4 est loin d’exploiter le plein potentiel des machines actuelles. S’il n’est donc pas un mauvais jeu, Port Royale 4 ne parvient pas non plus à convaincre, la faute à son manque de profondeur et sa réalisation, mi-figue mi-raisin. 

Port Royale 4

6.3

Gameplay

6.0/10

Contenu

6.5/10

Graphismes

6.5/10

Bande son

6.0/10

Finition

6.5/10

Les + :

  • La période coloniale dans les Caraïbes
  • Un tutoriel profondément retravaillé et bien plus clair
  • Une gestion du commerce très poussée
  • Une interface joliment retravaillée, avec notamment des personnages 3D
  • Les combats, entièrement revus

Les - :

  • Quelques problèmes d'affichage à déplorer
  • Le commerce et ses mécaniques restent bien trop approximatifs
  • Un rendu visuel d'un autre temps, principalement lors du dézoom
  • Certains modèles 3D beaucoup trop simplistes, comme les arbres
  • Toujours aussi redondant dans sa construction