Sorti en 2012 sur PC, PS3 et Xbox 360, Kingdoms of Amalur était parvenu à se forger une solide fan-base malgré un succès mitigé en magasin. La licence, qui est entre temps repassée entre les mains de THQ Nordic, revient sous le feu des projecteurs avec un remaster du premier volet, en attendant peut-être un jour une suite…

Difficile de comprendre la politique de THQ Nordic parfois. L’éditeur s’est lancé dans une vague de remasters et de remakes il y a quelques mois, en nous livrant des refontes de DarkSiders, Destroy All Humans!, Red Faction et aujourd’hui Kingdoms of Amalur sans nous éclairer sur sa stratégie sur le long-terme. Lesdits remasters et remakes visent très certainement à prendre la température avant de s’engager dans des développements coûteux pour la mise en production de véritables suites, mais à ce jour, l’éditeur n’a pas confirmé un seul projet de suite. Les résultats ont également été très mitigés… Car d’un côté, on retrouve des remasters un peu légers, qui se contentent généralement de nous livrer une édition GOTY du jeu dont il est question, avec quelques légères retouches aux effets visuels et potentiellement quelques tous petits ajouts. De l’autre, on retrouve des remakes un peu plus ambitieux, à l’image du très sympathique Destroy All Humans!

L’univers d’Amalur exerce toujours son charme.

Malheureusement pour les fans, Amalur s’inscrit dans la première catégorie : celles des remasters un peu légers. Esthétiquement, il ne faut pas s’attendre à une grosse évolution. Le jeu a subi quelques retouches, mais rien de très impressionnant. Le frame-rate a été amélioré, les textures sont plus lisses, les effets de lumière ont été retravaillés mais esthétiquement, il ne faut pas s’attendre à un miracle. One ne va pas vous le cacher, face au remake de Destroy All Humans, Amalur n’a pas forcément fière allure. Si les décors ne s’en sortent pas trop mal, les modélisations des personnages manquent cruellement de détails. Les cinématiques n’ont pas été retravaillées – et paraissent donc un cran en-dessous du jeu. Et puis bien sûr, il y a la question de la finition, douteuse au vu du nombre de bugs rencontrés durant nos sessions de jeu. Très clairement, on a vu des remasters plus propres.

Le véritable atout de cette édition, c’est que le jeu nous est livré dans sa version intégrale, avec ses deux DLC. La Légende de Kel le Mort et Les Dents de Naros se révèlent être deux extensions très réussies pour l’époque, qui ajoutent une véritable plus-value à cette édition. Dans la pratique, rien ne vous empêche toutefois de récupérer les DLC sur les précédentes générations pour y jouer, la facture sera beaucoup moins salée au vu du prix de ce remaster qui nous est facturé au prix fort de 39,99€.

On retrouve une belle diversité d’environnements dans Amalur.

Mais le jeu en lui-même mérite-t-il toujours le coup? Les Royaumes d’Amalur avait connu un succès plutôt mitigé en son temps. Avec les années, le jeu s’est toutefois forgé une solide réputation. La raison? Il s’agissait à l’époque d’une initiative unique. Electronic Arts avait financé le développement d’un RPG très ambitieux basés sur les romans des Mondes Oubliés de R.A. Salvatore, l’un des auteurs fantasy les plus en vogue. Plusieurs grands noms s’étaient joints à l’aventure, avec Todd Mc Farlane, le créateur de “Spawn” et Ken Rolston, l’un des cerveaux derrière la série des Elder Scrolls, qui a fondé son propre studio pour ce projet très ambitieux.

Amalur se démarque des autres RPG par son approche à la fois très accessible du genre et la richesse de son univers. Pad en main, le jeu rappelle Fable. Le personnage se dirige facilement, les combats sont funs et le joueur n’est pas surchargé d’informations. Le tout se joue en temps réel et dans des décors ouverts qui restent toutefois relativement linéaires et de taille très limitée par rapport à un Elder Scrolls justement. Difficile de se perdre ici puisqu’on avance pratiquement dans des couloirs.

Il y a énormément de quêtes secondaires dans Amalur.

Au niveau de son univers, le jeu se révèle très riche également, avec un monde cohérent dans lequel évoluent plusieurs factions et races. L’introduction à l’univers d’Amalur est très lente. Le prologue sera l’occasion de faire connaissance avec son personnage, qui est revenu d’entre les morts, et avec les enjeux des Royaumes Oubliés. L’univers du jeu est à la fois très sombre et plein de charmes, avec ses superbes panoramas colorés, ses grottes terrifiantes et ses donjons calfeutrés. La direction artistique du jeu confère à Amalur une esthétique très cartoonesque. Le rendu est globalement très réussi sauf peut-être pour ce qui est du chaaracter design, qui a très mal vieilli. Encore une fois, on ressent beaucoup l’influence de Fable dans ce projet.

Côté gameplay aussi, le titre parvient à faire mouche avec ses combats intenses. Amalur est à la fois très accessible – parce que ses combinaisons de touche ne sont jamais bien compliquées – et très technique – parce que le timing a une importance capitale ici et l’esquive prend un rôle central. Les finishing moves en mettent également plein les yeux avec un spectacle sanglant. La partie exploration / RPG est également très réussie, avec de nombreuses compétences à améliorer, des choix qui impactent réellement le gameplay puisqu’il est possible de se forger un personnage à son image en optant pour un style plus brutal, pour un personnage qui maîtrise davantage la magie ou l’infiltration. Enfin, il y a bien sûr une partie sociale également avec vos interactions avec les PNJ, qui se réduisent la plupart du temps à l’exploration de différents dialogues et l’usage de quelques compétences (comme la persuasion) pour arriver à vos fins. Les dialogues sont plutôt bien écrits et les doublages de très grande qualité.

Le bestiaire du jeu est plutôt varié.

Kingdoms of Amalur est un jeu de rôle qui mérite le détour pour son univers, son gameplay fun et son scénario, efficace. Comptez une bonne quarantaine d’heures pour en fait le tour, tout de même. Les quêtes secondaires sont nombreuses, mais pas forcément toujours très excitantes. Là où le jeu pêche, en 2020, toutefois, c’est au niveau de sa construction justement très linéaire. On est très loin d’un open-world ici. Chaque zone traversée est d’une taille assez modeste. Le passage d’une zone à l’autre est entrecoupé d’un tout petit temps de chargement. Certes, celui-ci a été réduit, mais on aurait aimé que l’expérience ne soit plus entrecoupée par ces petits temps de chargement, en 2020. Comme Fable, Amalur souffre également de son manque global d’ambition et de sa construction linéaire. On ne peut s’empêcher de penser à ce à quoi le jeu aurait pu ressembler s’il avait eu les moyens d’un Skyrim…

En définitive, difficile donc de conseiller ce remaster aux fans purs et durs qui avaient déjà retourné le jeu dans tous les sens en 2012. Pour les autres, pourquoi pas. Mais l’addition est salée, au vu de ce qui nous est proposé. Très clairement, ce remaster aurait dû être proposé à un tarif plus attractif ou se montrer plus ambitieux. En l’état, reste un titre sympathique pour les amateurs de fantasy, mais pas forcément indispensable à la culture.

Conclusion

Si vous étiez passé à côté de ce très sympathique jeu de rôle en 2012, THQ Nordic vous donne une opportunité de jouer les séances de rattrapage avec Re-Reckoning, une réédition du jeu qui intègre ses deux extensions et propose quelques légères retouches au niveau du contenu. Esthétiquement, le titre a vieilli. Sa construction, très linéaire, a également du mal à convaincre à l’heure où la plupart des jeux de rôle sont de vastes open-world. Ceci étant dit, les Royaumes d’Amalur reste un jeu très fun à parcourir et qui nous immerge surtout dans un univers fantasy très riche. Les rôlistes auront de quoi s’occuper quelques dizaines d’heures. Très accessible, le jeu se rapproche d’un Fable sous amphétamines. C’est fun, intense et plutôt sanglant. Mais cela manque également cruellement d’ambition pour un remaster qui est facturé 40€ tout de même. Et c’est finalement bien dommage car cette licence méritait très clairement beaucoup plus qu’une réédition aussi légère en nouveautés. Ne boudons toutefois pas notre plaisir : Amalur reste un RPG incontournable pour les amateurs de fantastique. 

Kingdoms of Amalur: Re-Reckoning

6.8

Gameplay

7.5/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

6.0/10

Bande son

8.0/10

Finition

5.5/10

Les + :

  • Une très belle bande-son
  • Tous les DLC sont livrés avec le jeu
  • Agréable à parcourir, de bout en bout
  • Un univers riche et plein de charme

Les - :

  • Beaucoup trop de bugs
  • Un remaster très pauvre en nouveautés
  • Techniquement, ça a beaucoup vieilli
  • 39,99€, c'est très cher au vu du contenu
  • Les cinématiques n'ont pas été retravaillées