Centrées sur des périodes charnières de l’histoire, les Total War Saga dérivent cette fois de cette véracité historique pour s’attaquer à un mythe. Exit la sombre période de l’invasion viking avec Thrones of Britannia et direction les falaises ensoleillées de la Grèce et la mythique ville de Troie. 

La sortie d’un nouvel épisode de Total War est toujours un événement en soi. La franchise, qui fête cette année ses vingt ans d’existence, a su se forger une véritable identité et continue d’offrir de fantastiques batailles aux joueurs. Les épisodes sortis ont bon être nombreux, ils ont toujours provoqué un réel enthousiasme, autant de la part de la presse que du public. Néanmoins, une certaine suffisance a souvent été reprochée ces dernières années au studio, qui a trop souvent tendance à se reposer sur ses acquis. Ce nouvel épisode devrait néanmoins rebattre les cartes.

Initiées il y a deux ans avec Thrones of Britannia, les Total War Saga plongent le joueur dans des périodes charnières de l’histoire. Après avoir envoyé le joueur sauver l’honneur de la couronne britannique face aux vikings, il est désormais temps de raser la somptueuse ville de Troie. Une chose est certaine : vivre l’Iliade sera un réel plaisir et plus compliqué qu’il n’y paraît …

On ne présente plus la Guerre de Troie et les causes qui ont mené à ce terrible conflit. L’enlèvement d’Hélène par Pâris fut considéré comme un affront par Ménélas, époux de celle-ci. Après avoir rallié tous les peuples grecs à sa cause, il parti en direction des côtes turques dans l’unique but de sauver son honneur en attaquant Troie. Célèbre pour ses fortifications réputées infranchissables, la légendaire cité finit par sombrer. La raison ? Un énorme cheval de bois, au sein duquel sont cachées les troupes grecques, passe les portes du palais. Le Cheval de Troie aura sonné la fin de la ville et de ses nombreux héros. C’est ce fantastique contexte qui est offert au joueur, avec une superbe mise en scène.

Avec 8 factions représentées par leur dirigeant, Total War Saga Troy promet de nombreuses heures de jeu.

Comme toujours, un choix de faction est offert en début de partie. L’accent est mis sur les héros contés par Homère et non plus sur la nation. Des héros qui survivront bon grès mal grès aux batailles, même lorsque les pertes sont totales. Au nombre de quatre de chaque côté, le total de faction à contrôler se porte à huit. Chacune possède ses propres atouts, unités et missions spécifiques et l’envie de connaître les spécificités de chacun des héros fait vite monter le nombre d’heures de jeu qu’a à offrir le titre. Evidemment, l’ensemble des héros principaux d’Homère sont présents. Ulysse contrôle sa petite cité d’Ithaque, tandis que Priam est le dirigeant de Troie. Avoir le contrôle sur certains des plus grands combattants de la mythologie grecque est un réel plaisir.

Sur le champ de bataille, l’importance de ces héros reste toujours aussi grande. Si leur déroute mettra à mal la motivation de l’ensemble des unités, leur principal intérêt réside dans ces duels épiques qu’offrent deux héros. Mais nous reviendrons sur ce point plus loin dans ce test.

Une fois la partie lancée, une chose attire immédiatement notre attention : la présence de nouvelles ressources. Là où l’or avait autrefois une importance primordiale dans la gestion de sa civilisation et de ses unités, il est désormais utile pour tout un tas d’actions spécifiques. Vous devrez ainsi composer avec cinq ressources différentes : la nourriture, le cuivre, la pierre, le bois et donc l’or. Les deux premières servent au recrutement et à l’entretien d’unités tandis que le bois et la pierre servent aux bâtiments.

La gestion de ces ressources est primordiale. En effet, une mauvaise gestion reviendrait à risquer la stabilité et l’ordre de votre nation. Il est important en revanche de savoir une chose : vous manquerez d’office d’une ressource, à moins de posséder un immense empire. Chaque cité possède une spécialisation, et le début de partie se retrouve vite compliqué lorsqu’on n’est maître que de quelques sujets. C’est d’ailleurs sur ce principe que le commerce prend une toute autre importance. Maintenez de très bonnes relations avec les nations voisines et les échanges se feront sans problèmes.

Gérez correctement vos ressources et vous triompherez. Une mauvaise gestion et vous courrez à votre perte.

Une diplomatie qui prend, comme dans les précédents épisodes, énormément de place. La Guerre de Troie s’est beaucoup jouée sur les différentes alliances qu’a établies Ménélas, ce qu’ont très bien compris les développeurs. Il est même possible de déformer l’histoire originale, avec pourquoi pas une alliance entre le roi de Sparte et son rival troyen. Néanmoins, vos objectifs vous rattraperont toujours. Deux types de victoire finale sont proposés : la victoire homérique, qui suit le récit original, et la victoire Total War, qui demande un contrôle total sur un grand nombre de provinces de la carte. Les possibilités sont nombreuses et promettent ici aussi de très belles parties variées.

On notera également l’arrivée tant attendue du contrôle du temps entre les tours. Lorsque le joueur avait affaire à de nombreuses nations contrôlées par l’IA, le temps d’attente entre les tours pouvait vite être longs, voire très longs. Nos cris de désespoir ont enfin été entendus par les développeurs qui ont ajouté un système de contrôle du temps. Il est désormais possible, lorsque l’IA joue, d’accélérer ou de mettre le temps en pause. En plus d’être très attendue par les fans, la nouveauté aura de quoi accélérer des parties qui peuvent parfois s’éterniser.

Autre grosse nouveauté : la mythologie et l’influence des dieux. Thrones of Britannia montrait déjà un début d’intérêt pour la religion, avec des édifices et actions relatifs à cet aspect de jeu. Troy met l’accent encore plus loin avec un système de vénération. On connaît l’importance qu’avaient les dieux dans la vie quotidienne des Grecs, ils se révèlent décisifs dans le jeu. Chaque nation peut choisir de vénérer un dieu, aux avantages variés et complexes.

Héra, déesse de la fécondité et du mariage, offrira des bonus liés à la croissance et la nourriture de la nation. De son côté, le sulfureux Arès, dieu de la guerre, aidera à l’entretien des unités. Pour profiter de l’appui d’un des dieux, vous aurez le choix entre lui accorder une prière ou une hécatombe. Si la première offre quelques avantages sur un court laps de temps, la seconde option se révèle bien plus lucrative. Sous forme de paliers, le respect que vous accorderez aux dieux croîtra au fil des hécatombes, avec à la clé de nombreux bénéfices.

Les dieux prennent une place capitale dans cet épisode. Ils influent autant sur les batailles que sur la gestion des cités.

Il ne faut pas non plus négliger l’impact que les dieux peuvent avoir sur une bataille. Obtenir la bénédiction d’un dieu peut être capital avant un combat, surtout avec les bonus qu’ils confèrent. En atteignant le rang ultime, à savoir la Vénération, des avantages décisifs sont à votre disposition. Ainsi, en vénérant Zeus, un Minotaure anthropomorphe entre dans la liste des unités disponibles. Pouvant à eux-seuls renverser une bataille, leur importance est évidemment de premier rang.

Les batailles, autre élément clé des Total War, restent dans la droite lignée de ce qui a été fait jusqu’à présent. On notera cependant l’absence des unités montées et de batailles navales. Il est cependant vrai que la grande majorité du conflit s’est déroulé sur les plages et aux pieds des remparts de Troie. Seul votre itinéraire vous séparant de la cité antique vous fera hisser la voile afin de déplacer vos unités. En ce qui concerne les unités montées, s’il n’y aura que les centaures pour combler notre manque, on regrettera toutefois la présence de piquier à cheval ou autre.

Si les batailles ne font pas preuve d’une grande diversité au sein des unités, il faut bien admettre qu’elles excellent dans leur aspect gestion et stratégie.

Avec un système de combat toujours aussi pointu, Creative Assembly prouvent qu’ils sont les maîtres absolus du genre. Les batailles restent nerveuses et extrêmement stratégique. La moindre erreur peut être fatale et coûter la vie à des milliers d’hommes. En revanche, la variété des unités est plutôt pauvre. Les unités se divisent en trois types – légères, moyennes et lourdes. La différence est toutefois très marquée : une unité légère sera vite déroutée mais est très mobile pour attaquer à revers. Les unités les plus solides sont quant à elles fort peu mobiles et doivent être couvertes sur leur flanc. Les unités de tir viennent s’ajouter au catalogue, et c’est tout. Si les batailles restent excellentes, les unités présentes sur le champ de bataille sont peu variées. Ne cherchez pas non plus l’artillerie, vous ne la trouverez pas. Le choix des développeurs de restreindre les options est pour sa part difficilement compréhensible.

Les duels sur le champ de bataille sont quant à eux enfin de retour, avec des héros évidemment emblématiques. Achille, Hector, Agamemnon, tous possèdent leurs propres caractéristiques et les duels en profitent plutôt bien. Achille est quant à lui terriblement efficace au combat, mais voit en contrepartie sa gestion devenir compliquée avec le système “Achille impétueux”. Connu pour son humeur changeante et se laisser guider par ses émotions, perdre une bataille pourrait être fort préjudiciable pour son moral et celui de ses citoyens.

Contrairement aux apparences, la gestion des héros s’avère plus compliquée que prévu, notamment en raison de leurs “bonus” et “malus”.

De leur côté, les princes troyens (Pâris et Hector), devront réussir diverses missions pour satisfaire leur roi de père, Priam. En effet, celui-ci se fait vieux et n’a toujours pas choisi son héritier. La rivalité entre les deux frères sera au cœur de leur scénario, avec évidemment la défense des remparts troyens comme ultime objectif.

S’articulant sur une carte de Grèce tout simplement sublime, les différentes villes profitent elles aussi d’un joli lifting. La Mer Egée voit les rayons du soleil filtrer à travers son eau turquoise, tandis que les plages grecques de sable blanc font rêver. Le jeu est beau, notamment sur la carte de gestion des villes. L’atmosphère méditerranéenne se ressent absolument partout et les magnifiques couleurs du ciel s’ajoute à une patte artistique déjà folle. Inspiré des célèbres vases en céramiques du monde hellénistique, le ciel est de toute beauté et se paye même le luxe de changer d’aspect en fonction de la nuit ou du jour.

Troy possède une fantastique patte graphique. La carte de gestion est assez jolie et offre un magnifique arrière-plan inspiré des céramiques grecques.

Si la carte de Grèce et la patte graphique témoignent très bien du renouveau visuel de la série, la donne change pour ce qui est des batailles. Le visuel accuse un léger retard et ne semble pas grandement amélioré en comparaison à de plus anciens épisodes. La refonte graphique n’a jamais été le fort de Creative Assembly et il semble qu’A Total War Saga : Troy ne nous fasse pas démentir.

Enfin, côté bande son, il n’y a absolument rien à redire. Chacun des Total War a toujours profité d’une très bonne bande son, composée en fonction de l’univers dont traite l’épisode. Celle de Troy ne déroge pas à la règle. On retrouve très bien l’essence et l’influence grecque dans chacune des mélodies qui rythment nos parties.

Conclusion

Pour sa seconde Saga, épisode dérivé de sa célèbre série de jeux de stratégie en temps réel, Creative Assembly s’attaque à un mythe maintes fois conté : la Guerre de Troie. La retranscription de l’épopée d’Homère est, comme toujours, le point fort de la franchise. Le joueur a réellement l’impression de participer à ce conflit “majeur” de l’Antiquité, grâce à une narration aux petits oignons. Sans pour autant révolutionner les bases du jeu, Troy parvient à ajouter quelques nouveautés qui rafraîchissent l’expérience. La gestion des dieux peut à elle seule faire rayonner ou au contraire sombrer votre faction. Les nouvelles ressources imposent un rationnement primordial pour la construction et la formation d’unités. Du côté des batailles, rien ne bouge. On peut difficilement imaginer ce que la franchise peut apporter de nouveau, tant elles sont toujours aussi excellentes. On regrettera cependant que les développeurs aient encore une fois privilégié l’expérience à la beauté. Troy est beau, mais ne se hisse clairement pas à la hauteur des plus beaux jeux de stratégie. Avec des nouveautés et un contexte qui ne peuvent que séduire, A Total War Saga : Troy pourrait bien être l’épisode de la réconciliation avec les fans. 

A Total War Saga : Troy

7.9

Gameplay

8.0/10

Contenu

7.5/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

8.0/10

Finition

8.5/10

Les + :

  • L'importance que prennent les dieux
  • La patte graphique propre au contexte est superbe
  • Le contexte de la Guerre de Troie, juste exquis
  • 8 factions principales, aux mécaniques bien différentes les unes des autres
  • Le meilleur de Total War réuni en un seul jeu

Les - :

  • Plutôt joli mais n'atteint toujours pas les standards actuels
  • Des menus toujours un peu confus
  • Le narrateur est en VF là où les personnages sont en VO
  • Manque de diversité dans le catalogue d'unités