Elles sont de plus en plus nombreuses à proposer des fonctionnalités “connectées”. Les fabricants de prises connectées n’hésitent pas non plus à soulever l’argument massue en promettant de jolies économies d’énergie aux consommateurs. Un argument qui se justifie toutefois difficilement dans la pratique… 

Des promesses d’économies surévaluées

C’est l’argument massue brandi par la plupart des fabricants. Avec une prise connectée, il serait possible de réduire sa facture annuelle jusqu’à 10%. Un argument de vente très séduisant pour certains consommateurs, qui investissent aujourd’hui massivement dans les prises connectées. Dans la pratique toutefois, les chiffres avancés par le secteur surévaluent l’usage des consommateurs et appliquent des calculs qui sont la plupart du temps réalisés sur le territoire américain. “C’est un chiffre indicatif” nous assurait “en off” l’an dernier encore le responsable d’une marque bien-connue d’électronique, nous confirmant nos inquiétudes.

Car dans ce secteur, il n’existe pas de science exacte. Tout d’abord, parce que les habitudes des consommateurs sont différentes dans tous les pays. Au Royaume-Uni par exemple, la plupart des prises sont déjà équipées d’un interrupteur qui permet de couper le courant lorsque l’objet n’est pas utilisé. Un Américain moyen consomme par exemple en moyenne 1.378 watts – soit 12.077 kWh par an, près de deux fois plus qu’un Français (6.448) et trois fois plus qu’un Espagnol (4.818). Même au sein du territoire européen, la consommation moyenne varie du simple au double d’un pays à l’autre. De façon générale, elle a tendance à grimper dans les pays nordiques (plus riches, mais aussi plus froids). En Suède, elle grimpe à 12.853. L’Islande a le record sur le territoire européen avec un total de 50.613 kWh par habitant par an. Impossible donc de dresser une règle qui s’applique à tous.

De très gros freins à l’usage

Si utiliser une prise connectée permet en théorie de réduire sa facture énergétique, en Belgique ou en France, l’impact est probablement beaucoup plus modéré qu’aux Etats-Unis. De façon générale, les appareils électroniques que vous êtes en mesure de débrancher du secteur ne sont finalement pas très nombreux. Frigo, taques électriques ou fours resteront en toute logique connectés en permanence au réseau électrique. Les débrancher n’aurait de toute façon pas beaucoup de sens compte tenu du fait qu’ils ne consomment pas en veille. Pour le reste, les économies resteront minimes compte tenu de la très légère consommation des appareils électroniques susceptibles de rentrer dans cette catégorie : les téléviseurs, consoles de jeux ou enceintes. Une console de jeux par exemple consomme en moyenne entre 3 et 34€ de courant électrique par an (selon le fait qu’il s’agisse d’une Switch ou d’une PS4 Pro). En veille, un appareil électronique consomme en général jusqu’à 4 fois moins de courant que lorsqu’il est allumé. On pourrait estimer l’économie pour une console de jeux à 20€/an, en comptant large. Mais cela signifierait également que le consommateur tirerait un trait sur toutes les fonctionnalités de sa machine : le démarrage rapide ou l’installation de jeux à distance. Autrement dit : à quoi bon être passé à la dernière génération de consoles si c’est pour en supprimer la plupart des avantages? Même constat pour les enceintes connectées, dont tout l’intérêt repose justement sur cette veille prolongée qui permet d’activer Alexa ou le Google Assistant à tout moment.

D’autres paramètres sont également à prendre en compte. Dont le budget d’équipement. Connecter toutefois tous vos appareils exigera un investissement conséquent : de 10 à 25€ par prise. Comptez donc un budget de 100 à 200€ pour équiper toute votre habitation.

Là où les choses se compliquent, c’est au niveau du fameux internet-of-things. Lesdites prises sont supposées être un investissement sur le long terme. Dans la pratique, il n’est toutefois pas rare que des entreprises coupent les serveurs ou ne renouvellent pas une application, qui devient alors obsolète. De nombreux propriétaires d’objets connectés vous le confirmeront : il est rare qu’un appareil connecté survive plus de cinq ans, que ce soit parce que ses créateurs ont décidé de couper le support, parce que l’application n’est plus disponible ou parce que votre smartphone n’est plus compatible avec la nouvelle version du logiciel. Un joli casse-tête pour les consommateurs. Auquel cas il faudra tirer un trait sur certaines fonctionnalités connectées…

Dans la pratique, rien n’empêche toutefois le consommateur à faire preuve de bon sens s’il souhaite absolument réduire sa facture énergétique. Adopter les bons réflexes – comme débrancher sa console de jeu ou son téléviseur – permettra d’arriver au même résultat sans dépenser un seul euro. Et tant qu’à être ambitieux, pourquoi ne pas renouveler toutes les prises de son habitation et les remplacer par des modèles à interrupteur, de préférence connectés? Le coût total ne sera pas forcément beaucoup plus élevé…