Le géant chinois va faire au plus grand défi de son histoire en tirant un trait sur le Play Store et les services de Google.

Privé des Google Web Services par l’administration américaine, qui interdit Google de commercer avec le géant chinois des télécoms, Huawei a mis sur pied une stratégie très complexe pour revenir dans la course le plus vite possible.

Un début d’année difficile

Le début d’année 2020 sera compliqué pour l’entreprise chinoise. Et c’est un doux euphémisme puisque depuis le mois de décembre dernier, le groupe chinois n’a commercialisé qu’un seul nouveau modèle de smartphone, son premier sans les Google Web Services, disponible uniquement dans une poignée de boutiques. En attendant que sa boutique d’applications se remplisse, Huawei prolonge les cycles de vie de ses anciens terminaux, qui embarquent toujours les Google Web Services. Huawei commercialise également des rééditions de ses anciens smartphones, rebaptisées pour l’occasion. En l’état, il sera toutefois très difficile d’empêcher un plongeon des ventes au cours du premier semestre 2020 en Europe.

Une stratégie axée sur le local

Le principal frein à l’achat pour les consommateurs concerne la boutique d’applications intégrée aux nouveaux smartphones de la marque chinoise, qui ne donnait jusqu’à il y a peu accès qu’à un nombre très limité d’applications. Face au Play Store, App Gallery a encore du mal à tenir la comparaison. Le groupe chinois travaille toutefois d’arrache-pied pour rattraper son retard.

« Dans chaque pays, nous avons sélectionné les 150 apps que nous avons jugé comme les plus populaires. Il s’agit principalement d’applications qui sont utilisées localement, les apps de banques, de car-sharing ou d’e-commerce très utilisées localement » explique Erwin Van der Weerden, le directeur marketing de Huawei Belgique. Le but est simple : pousser les développeurs à porter le plus rapidement possible leurs applications sur le store de Huawei, principalement par le biais d’incitants financiers. Huawei a débloqué un fond de plus d’un milliard de dollars pour financer ces développements.

Au niveau global, une équipe négocie aussi avec les éditeurs le développement sur App Gallery. Récemment, Huawei a ainsi ajouté Facebook et WhatsApp sur sa plate-forme d’applications. Là aussi, l’objectif est de rendre les applications les plus populaires disponibles sur le store de Huawei pour le lancement du P40. De nombreuses sont déjà présentes, de TikTok à Office 365 en passant par Facebook et Twitter, mais il y a encore du travail.

Une base de 400 millions d’utilisateurs

Il y a quelques années, Microsoft avait connu une situation similaire avec Windows 10 sur mobiles. Le géant américain avait déboursé plusieurs milliards de dollars pour pousser les développeurs d’applications à porter leurs logiciels sur son OS, sans succès. « La différence, c’est qu’on dispose d’une base de plus de 400 millions d’utilisateurs mensuels sur App Gallery » explique Erwin Van der Weerden. « Rien qu’en Europe, on dénombre 28 millions d’utilisateurs actifs pour App Gallery. »

Objectif : le lancement du P40

Si Huawei a décidé de « sacrifier » son Mate 30 Pro en le destinant à un marché de niche, le groupe chinois entend ne pas rater le lancement de son prochain flagship, le P40, qui devrait arriver en magasin dans quelques semaines.

« Chaque semaine, on ajoute des centaines de nouvelles applications » assure le directeur marketing de Huawei en Belgique. « App Gallery a été lancé en avril 2018 et la boutique d’applications a énormément évolué en 1 an et demi. Ce que nous sommes en train de faire, ce n’est pas un plan B. »

Si le pari est risqué, les résultats sont là. Tout l’enjeu pour le groupe chinois consistera à communiquer sur la disponibilité des apps et le développement de sa plate-forme, qui se positionne aujourd’hui comme un sérieux concurrent au Play Store de Google.

L’objectif pour Huawei, c’est de revenir le plus vite possible dans la course en proposant des smartphones qui soient « commercialement viables » en Belgique. Le groupe chinois pourrait toutefois se voir mettre des bâtons dans les roues par ses rivaux chinois Oppo, Xiaomi et Realme, qui ont tous amorcé leur développement sur les marchés européens.