Premier jeu du studio allemand Paintbucket, Throught the Darkest of Times joue la carte de l’historique plutôt que du sensationnel pour aborder la montée au pouvoir d’Adolph Hitler. Un choix qui pousse à l’immersion, au détriment du gameplay ? 

Les heures sombres de notre Histoire

L’histoire nous plonge au coeur de la résistance allemande face à la montée au pouvoir d’Hitler.

Allemagne, 1933. Adolphe Hitler monte peu à peu au pouvoir. Une ascension qu’il doit en partie aux tensions d’après-guerre qui animent la population, mais aussi à ses magouilles politiques. Mais si une majorité des Allemands voit un Hitler un sauveur, ce n’est pas le cas de tout le monde. Dans la pénombre s’organise la résistance. Il faudra faire preuve de discrétion, de persévérance et de diplomatie pour tenter d’arrêter la progression de Hitler.

Voilà, dans les grandes lignes, le cadre dans lequel Through the Darkest of Times nous plonge. Paintbucket nous plonge au cœur des tensions qui animent tout un pays et qui donneront lieu à la Seconde Guerre mondiale. Une immersion qui, contrairement à ce que proposent bon nombre de jeux vidéo qui abordent le sujet, ce fait du côté de l’Allemagne et plus particulièrement des Allemands opposés à Hitler, le tout sans MP40. L’immersion est aisée, d’autant plus quand on connait toutes les étapes qui ont mené à l’un des plus grands conflits armés de l’histoire de l’humanité.

Through the Darkest of Times est l’occasion de découvrir que tous les Allemands n’étaient pas tous des sympathisants d’Hitler. Le jeu nous place à la tête d’une organisation secrète de résistants. Notre tâche sera de mener à bien cette résistance. Pour cela, il faudra prêcher la bonne parole, convaincre de nouveaux membres de nous rejoindre, collecter de l’argent pour mener des campagnes, déjouer les plans de propagandes d’Hitler… Le tout sans se faire prendre. Une tâche qui ne sera pas facile.

Le jeu s’article donc autour de missions à réaliser. En tant que chef de l’organisation, c’est de notre devoir d’attribuer des missions à nos camarades en fonction de leurs compétences, qualités et défauts. Chaque membre jouable de notre organisation secrète dispose en effet de caractéristiques, cela va de ses opinions politiques, de sa religion, de son parcours professionnel, en passant par ses qualités sociales (empathie, capacité à communiquer, culture). En fonction de ces caractéristiques, il faudra assigner tel ou tel personnage à une mission. La fiche de chacune précisera quels sont les aspects à avoir ou à ne pas avoir pour assurer la réussite d’une mission. On évitera donc d’envoyer un médecin catholique discuter avec des ouvriers athées.

Le joueur doit attribuer des missions à ses personnages en fonction de ses caractéristiques sociales, humaines et intellectuelles.

Il s’agit donc d’un jeu de stratégie qui, à première vue, peut paraitre un peu simpliste, mais qui, au fil des heures, il se révèle tout de même plus exigeant sans pour autant demander de grandes dispositions à la stratégie. Le jeu nous aide grandement à faire correspondre nos camarades aux missions grâce à des taux de réussite ou de dangerosité en fonction des personnages choisis. Dans tous les cas, on se laisse facilement embarquer dans l’aventure, souhaitant que chacun de nos camarades s’en sorte et que notre révolution soit un succès.

Durant sa progression à base de clics et drag & drop, il faudra également prendre en compte le taux de suspicion des SS. Si nos camarades se font trop souvent repérer, ils peuvent finir en prison pour un temps indéterminé. À certains moments, s’ils se font prendre en train d’essayer d’engager de nouveaux sympathisants ou de coller des affiches, le joueur devra réagir rapidement ; fuir, cacher ou persévérer. Au joueur de faire son choix et d’en assumer les conséquences qui peuvent être funestes. Une sphère supplémentaire qui viendra enrichir le gameplay qui n’est pas très folichon dans les faits.

Le moral des troupes sera également un élément important à prendre en compte pour mener à bien son combat contre la tyrannie. En fonction des missions réussies, des camarades enfermés et autres, le moral des troupes sera plus ou moins positif. Cela évitera que beaucoup d’entre eux n’abandonnent.

À plusieurs reprises, le joueur doit choisir quelle action réaliser ou réponse donner avec plus ou moins des conséquences.

Au-delà des missions, le jeu nous pousse à discuter avec les membres les plus engagés de notre organisation secrète à travers des sortes de mini-séquences. Durant ces passages, on apprendra de nouvelles informations concernant la montée au pouvoir d’Hitler, comment nos camarades vivent la situation et les tensions qui commencent à s’intensifier au sein de l’organisation. Le joueur devra réagir aux différentes situations en choisissant une réponse ou un position à adopter en fonction des récits de chacun. Cela aura un impact plus ou  moins important sur la relation qu’on entretient avec nos collègues. À d’autres moments, le joueur sera plongé dans le quotidien des Allemands. On se retrouve alors dans les rues de Berlin, témoin de ce qu’il s’y passe. Là aussi, il faudra prendre des décisions sur le comportement à adopter et peser le pour et le contre. Les choix auxquels sera confronté le joueur seront de rassurer (ou non) un partisan homosexuel, de baisser la tête devant des soldats SS qui tabassent un vieux monsieur ou de le défendre.

Si l’aventure est prenante comme l’est tout autant son sujet, en termes de gameplay, on pourrait lui faire plusieurs critiques. On regrette en effet que le jeu soit si simple – il est possible de cacher un temps un sympathisant repéré par les SS, histoire que les soupçons à son égard diminuent –, et qu’il se limite à suivre les faits, sans donner lieu à des scènes moins historiques, mais davantage influencées par nos actions. Les choix de réponses et d’action n’ont en réalité que peu d’impact sur le déroulement du jeu, c’est dommage.

Des heures sombres

L’esthétique du jeu renforce son ambiance sombre et lugubre.

Le moins que l’on puisse dire avec le titre des Allemands de Paintbucket, c’est que la forme s’adapte au fond. Les développeurs ont opté pour un univers très sombre, à l’image du sujet du jeu. La palette de couleurs est très limitée ; noir, brun, gris et rouge. Cette dernière se démarque donc particulièrement bien reste. Si le rouge est la couleur du sang et du danger, ici, elle est aussi le signe des nazis et de leur crois gammées. On notera que le studio permet de supprimer la croix gammée, histoire de ne pas blesser la sensibilité des joueurs, peut-être.

Pour mettre en forme son discours, Paintbucket a opté pour une esthétique simple, mais pas pour autant simpliste. Si le physique des personnages n’est pas des plus flatteurs – on peut choisir les caractéristiques physiques de notre personnage parmi un panel de propositions –, les décors démontrent d’une plus grande attention de la part des développeurs. Au cours des quelques plans fixes larges, on découvre des dessins plutôt jolis. Une nouvelle fois, ces derniers sont relativement simples et manquent largement de finitions, mais cela ne joue pas en la défaveur du jeu. En effet, cela apporte une certaine profondeur à Through the Darkest of Times, privilégiant d’une certaine manière le message à l’esthétique.

Les jeux de lumière et d’obscure permettent de pallier le manque de travail visuel. Une simple ligne blanche dans un décor sombre laisse entrevoir un individu caché, témoin d’une scène.

L’ambiance est particulièrement bien retranscrite que ça soit au niveau visuel que sonore. Les musiques typiques des années 30-40 apportent une vraie base à l’ambiance et à l’atmosphère du jeu et s’adaptent aux situations. Le tout étant renforcé par les – très rares – interventions de notre personnage. Le doublage (anglais ou allemand) est particulièrement bien fait et colle une nouvelle fois au cadre. On sent que les choses qui vont être contées sont graves.

Si le jeu repose en grande majorité sur le texte, il ne minimise pas les bruitages pour donner un peu plus de vie à l’aventure. Il est vrai que sans cela, on pourrait facilement trouver le cadre trop ennuyeux.

Conclusion

Through the Darkest of Times nous plonge au cœur des heures les plus sombres de notre Histoire. Un jeu de stratégie au gameplay plutôt simpliste qui se limite à envoyer des sympathisants réaliser diverses missions en fonction de leurs affinités et défauts. On sera de temps à autre surpris par quelques péripéties desquelles on n’aura pas vraiment de mal à se sortir. Dans les faits, le jeu du studio allemand Paintbucket se démarque malgré tout par son matériau de base : la montée au pouvoir d’Adolph Hitler. Un sujet qui n’est pas traité à coup de MP40, pour une fois. Ici, on incarne des résistants qui travaillent dans l’ombre et on se laisse porter par leurs valeurs et désirs de renverser le pouvoir. Le cadre sombre, lugubre et simple joue en la faveur du jeu. Dommage que le fond manque de profondeur… 

Through the Darkest of Times

6.2

Gameplay

6.0/10

Contenu

6.0/10

Graphismes

6.0/10

Bande son

6.5/10

Finition

6.5/10

Les + :

  • Un traitement authentique du sujet
  • Un aperçu d'un aspect historique méconnu
  • Une direction artistique très particulière...
  • Un prix très doux
  • La traduction française des sous-titres

Les - :

  • Redondant
  • Les réponses choisies n'ont pas de réel impact sur le jeu
  • Le gameplay est simpliste et très limité