Fin 2017, le studio Kylotonn surprenait les amateurs de rallye avec un WRC 7 très convaincant. Le studio de développement français tente à nouveau sa chance en n’hésitant pas cette fois à revoir intégralement le gameplay de la série. 

Le pari était risqué, voire carrément casse-gueule pour le petit studio français de Kylotonn, qui avait récupéré le développement de la franchise WRC il y a quelques années déjà, avec le cinquième volet. Après deux épisodes “transitifs”, Kylotonn était enfin parvenu à nous convaincre avec une cuvée 2017 très séduisante. Fun, riche en contenu et terriblement grisant, WRC 7 était une totale réussite. Difficile dès lors de comprendre ce qui a amené les équipes de développement à repartir pratiquement de zéro pour ce huitième épisode.

La conduite évolue et WRC 8 se rapproche un peu plus de la simu, perdant au passage en fun.

Comme son ancêtre, WRC 8 conserve toutes les licences officielles pour les voiture, le championnat et les pilotes, un atout de poids par rapport aux autres jeux de course. Si, dans le fond, le contenu évolue peu, dans la forme, le jeu est radicalement différent. Par le passé, on reprochait ainsi à la série d’enchainer les spéciales sans mettre en scène le mode carrière, tantôt jugé trop sérieux, tantôt trop simple. Kylotonn est parti de ce constat pour repenser intégralement son jeu et son mode carrière. Les tournois ne sont donc plus entrecoupés de menus simplifiés comme c’était le cas auparavant mais de courtes séances de micro-management.

Le nouveau hub place le joueur à la direction d’une écurie. Dans la pratique, il faudra donc diriger une équipe complète, du météorologue qui vous donnera des informations complètes sur les conditions météorologiques des prochaines courses au mécanicien, en passant par l’agent et le directeur financier. Si sur le papier, tout cela était très séduisant, dans la pratique, on se rend compte qu’engager les bonnes personnes ne permet que de bénéficier de certains bonus qui n’apportent en soi rien de vraiment intéressant au jeu. Le micro-management reste excessivement basique et quelque part, on se dit que les fans de rallye n’en voudraient peut-être pas davantage. WRC est avant tout un jeu de course et de la même façon que les fans de FIFA ne souhaitent probablement pas voir leur jeu préféré transformé en un clone de Football Manager, les fans de WRC souhaitent avant tout un jeu de course fun et / ou grisant.

Ingame, le jeu est loin d’être aussi beau qu’à travers les multiples images diffusées avant sa sortie.

De plus, on ajoutera que si le concept de management était intéressant en soi, le fait que se déroule systématiquement à travers des menus – d’une laideur sans nom – ne rend pas les choses très intéressantes. On notera au passage que le hub est également l’endroit où l’on planifie ses prochaines courses – le joueur ayant le choix de prendre des jours de repos entre chaque tournoi, ou de s’entraîner et de participer à des événements spéciaux – et où l’on lit ses mails – de courts messages sans intérêt, souvent plus proches de la notification que d’un vrai rédactionnel. On notera que l’ensemble est d’ailleurs plutôt mal fichu puisqu’il faut “valider” dans ses mails le paiement d’une réparation du véhicule – un système automatique aurait été beaucoup plus efficace, dans la mesure où appuyer sur la touche A pour valider un paiement n’apporte strictement rien en terme d’expérience utilisateur. Enfin, un arbre de compétence fait son apparition, structuré autour de diverses performances. Sur base de l’expérience acquise, le joueur pourra donc améliorer les compétences de son écurie ou de son véhicule. Le concept est sympathique, sauf que dans la pratique on a une fois encore l’impression que les développeurs se perdent dans des idées qui n’avaient pas forcément leur place dans un jeu de course…

La structure du jeu reste très classique. Chaque tournoi est composé de 4 spéciales, entrecoupées par une séance durant laquelle le joueur pourra faire réparer son véhicule. Simu oblige, il n’y a pas de rembobinage possible et le joueur pourra recommencer un parcours au maximum 4 fois. Face à WRC 7, WRC 8 n’a pas à rougir au niveau du contenu, qui reste très généreux avec un tas de tournois et de spéciales – on notera que le GP de Chili fait partie des nouveautés, et que le GP de Pologne est ici remplacé par le GP de Turquie.

La progression dans le jeu reste toutefois artificiellement plus lente à cause de tous ces nouveaux mécanismes introduits. Il ne s’agit plus ici uniquement de gagner les trophées à chaque tournoi mais aussi de remplir les objectifs de course et de saison pour satisfaire votre écurie, changer de catégorie et décrocher de nouveaux contrats. L’idée est intéressante, mais on regrette une fois encore que tout se fasse à travers des menus très sobres, encombrés de fonctionnalités totalement inutiles.

Les conditions météorologiques sont désormais dynamiques.

La bonne nouvelle, c’est que si le jeu introduit un tas de nouveautés peu convaincantes, il introduit également quelques très bonnes nouveautés, à l’image par exemple des conditions météorologiques dynamiques. Une course qui débute sous le soleil pourra se poursuivre sous la pluie, et inversément. Le brouillard, la neige et les grêlons répondent présents également. Visuellement, c’est très joli. Dans la pratique toutefois, l’impact reste minimal sur la conduite.

Les replays évoluent également et se révèlent cette fois vraiment exploitables. Le rendu est saisissant et les fans apprécieront la possibilité de pouvoir jouer les apprentis-réalisateurs.

Du côté de la conduite en revanche, le constat est plus mitigé. WRC 8 reprend en partie le gameplay de WRC 7, tout en osant une approche plus simulation. Le résultat est moyennement convaincant car d’un côté le jeu perd un peu en fun mais gagne en technicité. Les épreuves sont plus difficiles à remporter que par le passé, la conduite étant plus exigeante, mais le comportement du véhicule surprend, tant au niveau de sa physique, parfois carrément surréaliste, que du feeling. Les sensations seront ainsi bien meilleures en vue subjective. La vue extérieure nous a donné une curieuse sensation de flottement, comme si le véhicule ne “roulait” pas sur la piste mais glissait juste au-dessus, en suivant un axe bien particulier. Les amateurs de rallye passeront difficilement sur un tel défaut. Tenter de rendre la conduite plus réaliste était un but honorable de la part des développeurs. Ce qui est paradoxal toutefois, c’est que le jeu devient beaucoup plus exigeant et punitif finalement davantage de par sa physique surréaliste que la technicité de son gameplay. N’est pas Dirt qui veut.

Et puis, bien sûr, il y a la question qui fâche. Pourquoi changer aujourd’hui une recette qui commençait à fonctionner? Les fans des précédents volets n’apprécieront probablement pas la nouvelle direction prise par cet épisode – et il s’agit de fait d’une prise de risque énorme de la part du studio. Car oui, WRC 7 avait ses défauts, mais le jeu avait néanmoins parcouru bien du chemin depuis le tout premier volet.

Les replays sont l’une des grosses réussites du jeu.

Autre grosse déception : sur le plan technique, le jeu fait 5 pas en arrière. Les modélisations des véhicules sont réussies mais le moteur graphique n’a pratiquement pas évolué en presque 2 ans et le rendu global des décors reste plusieurs crans en-dessous de la concurrence. Plus surprenant encore : certains effets visuels sont complètement ratés, à l’image du rendu de l’eau par exemple, qu’il s’agisse de lacs distants ou des flaques d’eau qui explosent en une gerbe totalement surréaliste sous nos roues. Même constat pour le choix des couleurs – désarçonnant, avec une balance des blancs qui explose totalement en plein jour. C’est d’autant plus surprenant que certains effets visuels – à l’image du brouillard ou de la pluie – sont beaucoup plus réussis. Alors certes, WRC n’a jamais été une claque graphique, mais cet épisode place la barre très bas.

Enfin, on ne s’éternisera pas non plus sur la bande sonore, décevante de par ses choix musicaux et ses bruitages très pauvres. Inutile de le préciser, vous aurez très vite fait de baisser le volume!

Conclusion

Après un septième épisode pourtant très convaincant, WRC nous revient déjà avec un épisode transitif qui tente une approche très différente en suivant les traces de Dirt, la simulation de Codemasters. Le pari n’est qu’à moitié réussi car si les sensations de conduite sont là, la physique surréaliste du jeu et le comportement parfois très étrange du véhicule sur la route rendent l’expérience très frustrante. Le nouveau mode carrière de WRC 8 tente d’apporter une nouvelle dynamique au jeu en introduisant des aspects de micro-management, sans jamais vraiment convaincre – le format n’étant pas du tout immersif. Sur le plan technique, le jeu fait même quelques pas en arrière, avec ses bruitages grossiers et ses décors qui manquent cruellement de couleurs. Une étrange sensation se dégage en jouant au jeu, et en particulier lors des parties en plein jour, où la balance des blancs est complètement explosée. Pour autant, WRC 8 n’est pas raté complet. Les développeurs ont introduit plein de très bonnes idées, à l’image des conditions météorologiques dynamiques qui rendent les courses beaucoup plus imprévisibles. Si l’on reprochait aux anciens volets de la série d’être trop arcade et de proposer un mode carrière trop classique, ce WRC 8 tente une approche radicalement différente qui risque de déplaire à ceux qui appréciaient justement les précédents volets. Le changement de direction n’est en tout cas pas très convaincant. 

WRC 8

5.2

Gameplay

5.5/10

Contenu

6.5/10

Graphismes

5.5/10

Bande son

4.0/10

Finition

4.5/10

Les + :

  • Un gameplay plus technique
  • Quelques bonnes idées
  • Les conditions météorologiques dynamiques
  • Les licences officielles
  • Des replays de qualité

Les - :

  • Le mode carrière, encombré d'un micro-management sans intérêt
  • Une physique complètement surréaliste
  • Les bruitages, atroces
  • Graphiquement, le jeu fait 5 pas en arrière
  • Un gameplay plus "réaliste" qui ne fonctionne qu'à moitié