La douane est née dans le but de protéger le citoyen. Mais, dans un monde aussi ouvert que le nôtre, avec un marché en ligne toujours plus vaste, ne serait-elle pas simplement devenue un frein pour les consommateurs?

À notre époque, résolument tournée vers le monde, le commerce en ligne est florissant. Selon une étude, 60% des Belges admettent avoir acheté au moins un produit en ligne, au cours de l’année 2017. Si l’on peut se poser des questions quant à son impact écologique, l’e-commerce n’en demeure pas moins pratique. En effet, plus besoin de se déplacer dans un magasin pour acheter un jeu vidéo ou le dernier gadget high-tech. Tout, ou presque, se retrouve sur le web et est à un clic de nous appartenir. Plus encore, le commerce en ligne permet de dénicher des objets que l’on ne pourrait pas trouver en Belgique, ou en Europe de manière plus générale.

Un jeu pas disponible en Belgique? En quelques clics, il le devient. Une statuette collector introuvable, parce qu’exclusive à un seul pays comme le Japon? Pas de soucis, il n’est plus nécessaire de partir en vacances à Tokyo pour l’acquérir, il suffit de la commander bien installé dans son salon, derrière son écran d’ordinateur. L’e-commerce a rendu les transactions entre les pays et les continents bien plus aisées. Mais comme dans tout conte de fées, il finit toujours par y avoir un couac. Et ici, c’est la douane!

La douane a été mise en place pour protéger les marchands européens, les États et les citoyens contre le commerce illégal ou déloyal. Un bon point pour les vendeurs des pays du territoire européen, bien que l’efficacité de la douane ne soit pas totale, mais beaucoup moins pour le consommateur. Celui-ci peut se sentir cadenassé, piégé et presque obligé de consommer belge ou européen. Si les frais d’importation n’ont pas vocation à être dissuasifs, ils le sont pourtant bien souvent.

La TVA, due sur des colis de valeur entre 22 et 150€, ainsi que les frais d’importation sur les achats de plus de 150€, peuvent faire grandement grimper la note finale. Et ici, on ne parle pas encore des frais administratifs induits dont doivent s’acquitter les consommateurs. En fin de compte, vous pensiez faire une affaire en achetant une console moins cher sur le marché japonais que sur le marché européen, et vous vous retrouvez avec une note de près du double de la valeur initiale du produit.

D’après les statistiques de 2017, pourtant, 15% des consommateurs belges, qui ont acheté en ligne, auraient fait au moins un achat auprès de vendeurs basés en dehors de l’Union européenne, au cours de l’année. Cette part est non négligeable, bien qu’inférieure au taux de 63% pour les achats dans l’UE. La raison de cette différence est triple. Premièrement, le fait que beaucoup de produits populaires sont vendus à la fois sur les marchés étrangers et sur le marché européen. Il n’est pas forcément nécessaire de regarder en Asie ou aux États-Unis pour dénicher le dernier jeu en vogue. Deuxièmement, les consommateurs se méfient parfois davantage lorsqu’ils commandent en Chine et sont freinés par la possibilité de se faire berner en ne recevant pas leur commande, ou que ce soit une contrefaçon. Et enfin, celle dont nous parlons depuis le début : la douane.

Ce qui explique aujourd’hui encore le succès de l’import, ce sont les tarifs pratiqués sur des plates-formes en ligne comme Aliexpress qui permet de commander une coque de smartphone vendue 30€ chez nous à moins d’1 euro, frais de port inclus, ou d’acheter maillots, vareuses et shorts à moins de 3€, sans prendre de risques. Mais pas que, pour les geeks l’import a toujours représenté une formidable opportunité de mettre la main sur des jeux non-disponibles en Europe (et il y en a beaucoup!), de compléter sa collection de Blu-Ray avec des films importés des Etats-Unis ou de commander LA statuette dont on a toujours rêvé. L’ennui, c’est que les frais de douane peuvent facilement faire grimper l’ardoise, parfois de plusieurs centaines d’euros, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. Car si l’on comprend bien la raison d’exister des douanes pour le contrôle des produits illicites ou l’identification des faux, il est beaucoup moins logique de devoir payer des frais de douane et de la TVA sur des jeux de deuxième main achetés sur une plate-forme en ligne pour prendre un exemple concret. Pourtant, les “cadeaux”, et objets de deuxième main ne sont pas exemptés de frais de douane. Devenue un véritable frein à l’e-commerce, la “douane” a forcé de nombreux consommateurs à modifier leurs habitudes. Ceux qui commandent des jeux en ligne par exemple ont pris aujourd’hui l’habitude de de se faire expédier séparément chaque jeu. Car en-dessous de 22€, les achats ne sont pas soumis aux contrôles. Résultat des courses? Pour une commande de 10 jeux à 20€, on se retrouve avec 10 colis au lieu d’un seul et une emprunte carbone multipliée par dix. A l’heure où l’écologie a le vent en poupe, on est en droit de s’interroger sur ces pratiques. Il en va de même pour la liberté des internautes. Dans certains cas de figure – notamment, la deuxième main -, les droits d’importation n’ont aucune raison d’exister. Et pourtant…