Devenant toujours plus intelligents et remplaçant toujours plus de choses, les smartphones sont devenus une véritable drogue pour certains. Ils sont parfois utilisés en tant que substitut de relation sociale et occupent une grande partie de notre attention. Une omniprésence mentale qui pourrait avoir des répercussions sur les capacités cognitives de leurs propriétaires selon plusieurs chercheurs.

Depuis l’apparition des premiers téléphones portables, de nombreux chercheurs et scientifiques ont étudié les effets néfastes des radiations de ces objets technologies. Aujourd’hui encore, les smartphones peuvent être classés en fonction de l’indice de débit d’absorption spécifique (DAS).

Mais au-delà des conséquences physiques et chimiques sur notre cerveau, l’omniprésence mentale des smartphones peut aussi avoir des répercussions psychologiques selon certains. Agenda, carnet d’adresses, pense-bête, rappel, réveil, lecteur de musiques et de vidéos, lien avec nos amis et l’entièreté du monde ; nos smartphones sont devenus un véritable substitut à notre mémoire et relation sociale. Plusieurs chercheurs se sont d’ailleurs intéressés à cet aspect-là.

Une attention particulière

Adrian Ward, professeur à l’Université du Texas et docteur en psychologie, a mené une étude en 2017 avec Maarten Bos – relayée par Outthere et L’Obs -, sur la manière dont l’attention portée à nos smartphones pouvait réduire nos ressources cognitives. Intitulée « Drainage du cerveau : la simple présence de son smartphone réduit la capacité cognitive d’une personne », l’étude s’est concentrée sur la manière dont l’attention du cerveau humain fonctionnait. « Il y a des choses auxquelles on choisit de prêter attention et d’autres par lesquelles notre cerveau est automatiquement attiré, comme notre prénom par exemple », indique le psychologue Adrian Ward.

Un fonctionnement bien connu qu’on retrouve dans toutes sortes d’interactions sociales, on parle de l’« effet cocktail party », à savoir la capacité d’un individu de rester attentif à une interpellation dans un cadre bruyant tout en étant concentré dans une conversation.

L’attention qu’on porte à notre smartphone se rapproche de celle qu’on porte à notre interpellation. En réalité, il s’agit de la même région du cerveau qui s’active lorsqu’on entend notre prénom ou que notre téléphone sonne. En conséquence, notre cerveau prêtera automatiquement une attention certaine à notre smartphone s’il est placé à proximité.

Ressources limitées et fatigue mentale

Crédit : AFP

Or, notre cerveau a des ressources limitées. S’il est concentré sur un smartphone, il ne peut porter la même attention à tout ce qui l’entoure. Selon Adrian Ward, cela impacte directement la mémoire à court terme, à savoir celle qui nous permet de réaliser une tâche particulière en fonction d’une ou plusieurs informations intervenues quelques secondes ou minutes auparavant, et l’intelligence fluide, à savoir les capacités de raisonnement, d’analyse et de logique.

Selon la neuroscientifique et directrice scientifique de Rising Up, Nawal Abboub, les smartphones ont une telle attention de la part de notre cerveau, car les fabricants ont travaillé à cela. « Chaque être humain possède une sorte de système d’alerte sensible à tout ce qui pourrait potentiellement être dangereux ou qui est saillant dans notre environnement, comme une sonnerie, justement », explique-t-elle.

Un aspect qui ne se limite pas aux smartphones. Tout élément perturbateur peut dévier notre attention. Ainsi, si un individu travaille en chanson et qu’un morceau plus rythmé ou plus fort passe, la personne sortira de son travail pour se concentrer sur le morceau. À ce propos, la neuroscientifique préconise d’écouter des morceaux calmes ou dans une langue qu’on ne maîtrise pas afin que notre attention ne soit pas happée par la musique.

Mais le pouvoir des smartphones ne tient pas seulement dans sa capacité à sonner. C’est également, car il se substitue à d’autres objets et qu’il donne accès à tout qu’il est devenu aussi important pour tant de personnes.

Lorsqu’on lit un message, on se coupe du reste du monde. On ne suit plus la conversation ou les événements qui se déroulent à côté de nous et reprendre la conversation demande un grand travail à notre certain ce qui peut rapidement nous fatiguer si on « switch » souvent entre son téléphone et le déroulement d’une réunion, par exemple.

 « Lorsque les “switchs” sont nombreux, on parle de “multitasking” sauvage : tout est contrôlé par notre environnement. C’est là qu’il y a des conséquences importantes sur nos capacités cognitives, notamment sur notre mémoire, mais aussi sur nos niveaux d’anxiété. On utilise beaucoup d’énergie mentale et cela affecte notre productivité au quotidien », explique Nawal Abboub.

Addiction et effets limités

L’impact du smartphone sur nos capacités cognitives sont particulièrement parlant lorsqu’on a oublié son téléphone. On pense à lui, on peut devenir anxieux et moins productif à cause de cette absence, de ce manque. Pour le psychologue Adrian Ward, il est préférable d’y aller par étape pour arriver à se sevrer de l’emprise du téléphone, surtout pour une personne véritablement accro à son smartphone.

Il ne faut tout de même pas croire qu’avoir un smartphone rend idiot. Cependant, on n’a pas encore assez de connaissances sur l’effet sur le long terme de l’utilisation des smartphones et de la technologie de manière générale. Ils provoquent pourtant des micro-changements dans notre cerveau ce qui fait qu’une personne qui délaisse son téléphone devra réapprendre à se déplacer et à s’organiser sans cette aide.