Le premier film délivrant des scénarios différents en fonction des émotions de chaque spectateur a été réalisé.

The Moment
The Moment

On connaissait déjà les films interactifs qui laissent le soin aux spectateurs d’influer sur son cours. Late Shift en est un parfait exemple. Sorti sur PC, Mac, PS4 et Xbox One, l’œuvre présente une trame où l’on suit les mésaventures d’un étudiant en mathématique forcé de participer à un braquage et contraint de prouver son innocence. Un scénario qui permet au spectateur/joueur de faire des choix parmi des dizaines de situations, ce qui modifie en temps réel le déroulement de l’histoire. Cela est au final assez proche du jeu vidéo et n’est que la continuité des jeux en Full Motion Vidéo des années 90 tournés avec des acteurs tels que Night Trap, Phantasmagoria et Gabriel Knight.

Mais il s’agit ici d’aller encore plus loin que ces “films dont vous êtes le héros”. Un dénouement tragique ou heureux selon son ressenti du moment, des dialogues supplémentaires autour de certains personnages,…voilà ce que propose The Moment du chercheur et réalisateur britannique Richard Ramchurn. Sorti au début de l’année et essentiellement montré dans les festivals, son court métrage de 30 minutes peut être contrôlé par la pensée et les émotions de celui qui le regarde.

Ce que l’on pense change le film

Pendant la diffusion du film, l’activité cérébrale du spectateur est mesurée par un casque à électroencéphalogramme et les signaux sont transformés en commandes par un logiciel, ce qui permet de modifier en continu certaines scènes et musiques de l’œuvre. “Le film change en fonction de ce que vous pensez, et ce que vous pensez change le film”, décrit son réalisateur dans une interview accordée à la MIT Technology Review.

Celui-ci se base sur le degré d’attention du spectateur. Une personne concentrée pourra ainsi par exemple avoir droit à davantage de dialogues que quelqu’un de moins attentif. The Moment peut se regarder individuellement ou en groupe. Soit une personne seule contrôle le film et les autres regardent. Soit, en mode coopératif, chaque spectateur contrôle un aspect du film. Richard Ramchurn aimerait étendre ses recherches à de plus larges audiences, en réalisant alors une moyenne des émotions générées par l’ensemble des spectateurs.

Au total, le film compte 11.000 milliards de combinaisons possibles et a demandé trois fois plus de prises de vue qu’une production normale ainsi que six pistes audio différentes. Le film demeure plutôt expérimental et on imagine mal que cela soit rentable pour une œuvre cinématographique classique. Cela va néanmoins un peu dans le sens de la tendance actuelle, avec des productions basées sur les algorithmes et le big data afin de concevoir des œuvres qui répondent aux souhaits du public.