Une ancienne auberge transformée en quartier général, l’école primaire en lieu du “hacktathon”, le gymnase en centre de conférences: après Hong Kong, Londres et Mexico, Wikipedia a choisi un minuscule village niché dans les montagnes du nord de l’Italie pour sa grande conférence annuelle.

wikipedia meeting

Venus en majorité d’Europe, des Etats-Unis et d’Inde, mais aussi de pays comme l’Irak ou le Bangladesh, des centaines d’adeptes de l’encyclopédie en ligne ont pris leur quartier depuis mardi à Esino Lario, bourg de seulement 761 habitants. Ils devraient être quelque 1.500 d’ici dimanche.

Les salles de l’école primaire et le théâtre accueillent des développeurs, pour un “hackathon”, des sessions de programmation informatique collaborative visant à améliorer le fonctionnement de Wikipedia.

Dans le musée se succèdent des sessions pratiques, sur des thèmes aussi divers que “comment faire un court documentaire avec un smartphone” que “comprendre le copyright”.

Le gymnase est lui le lieu de conférences. C’est là que le fondateur de l’encyclopédie en ligne, Jimmy Wales, a donné vendredi matin le coup d’envoi officiel de cette 12e édition de Wikimania, le rassemblement annuel des contributeurs de Wikipedia.

Faisant référence à la mort de Joe Cox, la députée britannique anti-Brexit assassinée la semaine passée, puis à l’élection américaine devant une photo de Donald Trump, il a souligné que “Wikipedia visait à créer des ponts et non des murs. Wikipedia est une force pour la connaisance” qui est elle-même “une force pour la paix”, a-t-il martelé.

M. Wales a souligné qu’un des axes de travail de Wikipedia serait ainsi “la lutte contre le harcèlement” entre contributeurs, alors que certains sont parfois violemment critiqués par d’autres sur les pages qu’ils écrivent.

Parmi les autres thèmes au coeur des débats: le manque de diversité parmi les contributeurs, tant au niveau de la répartition géographique que du sexe, la question des droits d’auteur ou des images en particulier en Italie en raison de la loi sur le patrimoine, qui requiert l’autorisation du propriétaire ou du gérant d’un monument par exemple pour pouvoir publier sa photo.

– Au soleil –

Partout dans le village, des adeptes de l’encyclopédie en ligne, disponible en plus de 280 langues, échangent entre eux ou travaillent sur leur ordinateur, assis sur des bancs, autour de tables ou sur la pelouse, au soleil.

James Alexander, de San Fracisco, estime ces rendez-vous annuels importants. “On peut faire beaucoup de choses” virtuellement, mais “pour faire fuser des idées” rien ne vaut les rencontres, estime ce membre de la Fondation Wikimedia, qui est aussi un contributeur.

Le cadre “intime” d’Esino Lario, avec “moins de distractions” que dans une grande métropole, comme ce fut le cas lors de précédentes éditions à Londres, Mexico, Washington ou Hong Kong, de même que la fluidité de l’organisation, est apprécié par les participants, à l’image du Canadien Patrick Earley.

Le petit village alpin a battu en finale la capitale des Philippines, Manille, en raison de l’originalité de son projet lancé en 2013.

Ce projet “est né un peu comme un blague, on s’est dit, pourquoi on ne le ferait pas?”, se rappelle Iolanda Pensa, responsable générale de l’organisation dans le village, en évoquant le “défi” qu’il représentait.

Grâce à des fonds publics, de la Fondation Wikimania et contributeurs privés, la fibre optique a été distribuée dans tout le bourg, et la route pour y accéder rénovée.

Les habitants accueillent chez eux des participants, donnent un coup de main, emballés par ce projet “fantastique”, souligne Serena Nazzi, présidente d’une association du village.

“Esino est un endroit intéressant pour montrer ce que fait Wikipedia”, qui “est une encyclopédie à laquelle chacun peut contribuer” et ce “depuis n’importe quelle partie du monde”, note Iolanda Pensa.

Cela signifie, ajoute la chercheuse, que “l’Afrique, l’Asie, les endroits montagneux, ou reculés, sont des territoires qui ont des savoirs” et qu’un petit village peut “être au centre des savoirs du monde”.

AFP