Beatsurfing : des passionnés de musique tentent l’aventure tactile

Musique et applications font rarement bon ménage. Pourtant, le collectif belge Hermutt Lobby est parvenu à créer une appli unique en son genre qui permet aux artistes de s’exprimer grâce au contrôle tactile. Facturé à 10,99€, Beatsurfing se serait écoulé à plus de 4.000 copies depuis son lancement.

Les créateurs de Beatsurfing sont avant tout des passionnés - © E.F.

Au début des années 2000, une poignée de développeurs s’engagent dans une véritable course contre la monde pour développer des outils de création musicale. Très vite, certains programmes de DJing sortent du lot et deviennent les nouvelles références en matière de créativité. En parallèle, le collectif belge Herrmutt Lobby se lance dans la création de divers outils de performance musicale électronique. “Confrontés à la tyrannie des boucles (‘loops’), du pré-enregistré, de la ‘diffusion’ opposée à la ‘performance’, ils ont cherché à recréer l’excitation du jeu ‘live’ à travers de nombreux systèmes: petits boîtiers prototypes ‘en dur’, modules MAX/MSP, détournements d’objets (principalement des contrôleurs de jeu vidéo, des table de mixage dj, des capteurs de mouvement) etc.” explique Julien Fournier, qui se charge de promouvoir Beatsurfing. “Tous ces outils, ces ‘jouets’ tendaient vers un même but: se rapprocher de l’immédiateté de la pratique d’instruments traditionnels, tout en gardant le meilleur de la technologie musicale numérique (création de systèmes, rétro-action, modularité).”

Après huit années de travail, le collectif entre en contact avec le développeur Yaniv de Ridder, un spécialiste de l’interface graphique. Ensemble, ils décident de créer un outil qui rassemble toutes ces idées et techniques et se lancent dans le développement d’une application pour iPad. Pour la réaliser, ils choisissent de miser sur les fonds propres et sur le label bruxellois VLEK, qui joue le rôle de couveuse, avant de rejoindre le collectif DRUW.

Une application par et pour les passionnés

L’idée est simple : permettre aux artistes et aux amateurs de musique de composer de manière novatrice des morceaux grâce à un ensemble de “boutons” à placer sur l”écran de son iPad. “L’utilisateur dispose d’une ‘feuille blanche’ et place autant d’éléments qu’il le souhaite sur les 3 dimensions disponibles” explique Julien. “Cela permet de s’affranchir des contraintes ‘physiques’ des autres contrôleurs sur le marché. On ne réalise pas non plus un outil ‘unique’, qui servirait à interpréter tous les morceaux d’un set live.  Chaque outil est bien mieux composé ‘en parallèle’ avec la musique.  Les scènes Beatsurfing sont donc des sortes de ‘compositions dormantes’, pouvant être réinterprétées différemment à chaque prise en main.   Cette disposition des objets introduit également une nouveau type d’interactions avec la surface de contrôle. Là où jusqu’à présent on était dans une démarche ‘percussive’ (voir MPC ou clavier midi), on passe à une pratique basée sur le glissement des doigts et l’utilisation de l’intégralité de la surface disponible, qui met en valeur les possibilités offertes par le TouchScreen de l’iPad.  C’est cette disposition libre qui rend la multi-timbralité effective car en un glissement de doigt il est possible non seulement de jouer plusieurs notes, mais également plusieurs instruments.

Difficile de suivre? De fait, Beatsurfing est une application qui nécessite un certain temps d’adaptation. Il ne suffit pas de lancer l’appli pour la maitriser en un quart de seconde. Plutôt que de miser sur le grand public, ses créateurs ont choisi de se concentrer sur un public de passionnés, qui connaissent le jargon musical et maitrisent les différents outils. Pour autant, il n’est pas impossible d’apprendre à utiliser BeatSurfing, même si tout cela requiert un sérieux investissement… “Ici, pas question de créer de la musique en se contentant de triturer des paramètres, d’altérer un flux ex-machina, à la manière d’un dj ou d’un chef d’orchestre.  La musique redevient une extension directe du mouvement de l’interprète. Beatsurfing propose un changement fort de paradigme: troquer le métronome de la machine contre la pulsation humaine.. Proposer une approche ‘temps réel’ de l’interprétation en questionnant la place du séquenceur, jusque là inattaquable quand on parlait de performance électronique.”

Avec ses figures géométriques, Beatsurfing est une application aux visuels plutôt étranges...

Déjà plus de 4.000 applis téléchargées!

Vendue au prix de 10,99€, l’application a déjà été téléchargée plus de 4.000 fois sur l’App Store, le tout en un peu moins de 6 mois. Fonctionnant sous la structure Smart, l’équipe réfléchit actuellement à lancer sa propre structure. “C’est un work-in-progress, tant au niveau du produit que de la gestion de l’équipe. Le fait que Beatsurfing soit le fruit d’un travail de passionnés nous donne un certain recul par rapport aux marges bénéficiaires, à la stratégie commerciale ou aux logiques comptables. Notre but est de réaliser un bon outil avant de pouvoir se payer; le succès se construit d’abord là-dessus.”

La suite? Une mise à jour devrait être lancée en mars et introduire un certain nombre de nouveautés. La petite équipe prévoit de sortir davantage de mises à jour tout au cours de l’année et d’introduire un système de développement collaboratif. Car bien plus qu’une application, Beatsurfing est avant tout une communauté de passionnés qui souhaitent créer un outil unique. Si les développeurs gardent également un oeil sur les autres machines, ils ne souhaitent pas se lancer tout de suite dans l’aventure Android / Windows. “L’iPad est aujourd’hui la seule tablette dont le hardware permet un temps de latence acceptable. Une application temps réel comme Beatsurfing perd tout son sens si la latence est trop grande. Dès que la concurrence d’Apple aura atteint les même performances que pour l’iPad, nous nous pencherons sur un développement parallèle.”

Télécharger l’application sur l’App Store.

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