Test – Thick As Thieves : furtivité, butin et gadgets pour un titre qui méritait bien mieux que ça

Derrière Thick as Thieves se cachent les créateurs de Thief et Deus Ex. Et pourtant, le résultat déçoit profondément malgré ses illustres inspirations. À 5€, le prix dit malheureusement tout sur l’état dans lequel ce jeu est sorti.

Entre Thief et Dishonored, Thick as Thieves avance dans l’ombre de ses inspirations. Il faut dire que le studio derrière son développement, OtherSide Entertainment, a un passif certain avec le genre. Fondé en 2013, ce studio est composé de pontes de l’industrie ayant notamment travaillé sur System Shock, Thief, et Deus Ex. On n’a pas affaire à n’importe qui donc.

Avec la sortie de Thick As Thieves, le studio avait alors de grands projets. Dans ce jeu d’infiltration coopératif à la première personne, le joueur est plongé dans l’Ecosse des années 1910 dans la peau d’un cambrioleur. L’objectif est alors très simple : infiltrer le domaine afin de récupérer un document ou un objet précis, accumuler les objets de valeur pour faire grimper la cagnotte puis quitter les lieux avant le temps imparti. Un concept somme toute assez sympa, mais qui pèche en de très bons nombreux points. Résultat : les ventes sont catastrophiques et le studio a dû récemment licencier 17 employés.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Probablement à cause d’un développement qui a chamboulé totalement le gameplay du jeu, quitte à en perdre l’essence-même. En effet, le jeu était initialement prévu pour être un PvPvE, dans lequel nous affrontions d’autres joueurs tout en gérant les ennemis contrôlés par l’IA. Cependant, les développeurs ont jugé bon d’adopter un gameplay purement PvE, mais on sent que certains artefacts de l’idée originelle ont persisté. Et on aurait finalement préféré le postulat de départ…

Le gameplay est en fait assez clair. On s’infiltre, on vole puis on s’enfuit. Les mécaniques de discrétion fonctionnent, assez bien même, et sont le pilier central du jeu. Vous avancez accroupi la plupart du temps, tout en évitant la lumière. Rester dans l’ombre réduit alors les chances d’être détecté, tandis que le moindre bruit peut alerter une patrouille. Pour faciliter la progression, le joueur peut alors éteindre des lampes, se faufiler dans des passages en hauteur et se cacher derrière des objets.

Le comportement des gardes est vraiment trop approximatif.

Tout au long de votre mission qui consiste à récupérer un élément important pour l’histoire, des quêtes annexes vous seront attribuées pour voler autant d’objets de valeur, ou des items spécifiques. Pour y parvenir, vos héros disposeront d’un arsenal de gadgets digne de James Bond. Diamant Vistara pour révéler gardes, pièges et trésors à travers les murs. Bombes fumigènes, fées distrayantes… Plus vous progresserez, plus accumulerez donc du butin. Il faudra alors éviter de mourir, au risque de tout perdre. Pour cela, des portails à usage unique sont parsemés partout sur le carte, de sorte à ce que vous soyez certain de conserver vos trouvailles en cas de réapparition.

Globalement, le gameplay est donc assez réussi. Cependant, et comme mentionné ci-dessus, on se retrouve avec de nombreuses incohérences qui viennent sérieusement contrebalancer ce qui est bien dans ce jeu, héritées du concept initial PvPvE. A titre d’exemple, l’absence de sauvegarde rapide en solo pourrait s’expliquer par une logique de session compétitive où sauvegarder est impossible. Les gardes qui se relèvent après avoir été assommés auraient également eu plus de sens face à des joueurs adverses qui devaient aussi les gérer. Ce ne sont que deux exemples, mais on pourrait en citer bien d’autres.

Toujours niveau gameplay, certains éléments nous ont franchement déçus. Au niveau des déplacements notamment, avec un personnage qui se déplace à vitesse très réduite, surtout en position accroupie. C’en devient même frustrant, surtout quand on nous repère, où il devient véritablement impossible de fuir face à un garde. On retiendra également l’inutilité totale du grappin, outil propre à Spider, l’un des deux personnages. Censé offrir de la mobilité verticale, sa portée est si courte qu’il peine à couvrir la hauteur d’un escalier. On a déjà vu mieux comme grappin.

Mesdames et Messieurs, le grappin le plus inutile de l’histoire.

Enfin, les contrôles sont également bien trop laborieux, un élément qui va de paire avec la vitesse du personnage. Monter un escalier, franchir un obstacle, se placer précisément pour se cacher : toutes ces actions basiques peuvent devenir très frustrantes. Pour un jeu qui repose presque entièrement sur la précision des mouvements, ce manque de polissage vient très clairement gâcher l’expérience.

Le manque de polissage, justement, parlons-en. Pouvons-nous simplement dire que Thick As Thieves est sorti trop tôt ? Probablement aurait-il mérité un passage par la case early access avant la sortie officielle. Et pour cause, de nombreux éléments laissent supposer une sorte de précipitation de la part des développeurs, qui auraient eu tout à gagner à recueillir l’avis des joueurs. Certes, le jeu est vendu à prix très bas (5€), preuve du manque de moyens dans le processus de développement. L’IA notamment, est l’un des très gros points noirs. Les gardes alternent entre deux extrêmes, tantôt ils sont trop alertes, tantôt ils sont amnésiques et oublient votre présence après quelques secondes. Les gardes fantomatiques, les Hauntstables, sont encore plus problématiques puisqu’ils se retrouvent parfois coincés dans une boucle d’animation infinie en voyant un collègue inerte au sol, et bloquent ainsi un passage sans jamais reprendre leur patrouille.

La discrétion est le pilier central du jeu, est il faut admettre assez réussi, même s’il pâtit de tous les nombreux défauts du titre.

Toujours au niveau de la finition, on notera l’absence d’un curseur permettant de gérer la luminosité, et donc d’adapter le jeu aux écrans et environnements du joueur. Le problème, c’est que certaines zones nous obligent à nous gesticuler dans tous les sens pour correctement voir, la faute à un manque d’ajustement de la part des développeurs. L’obscurité étant une des mécaniques essentielles du jeu, un tel manque de justesse est presque impardonnable.

Niveau contenu, Thick As Thieves est très radin. Comptez seulement deux personnages jouables et deux environnements explorables, à savoir Spider (personnage de départ) et Chaemeleon (déblocable durant l’aventure) du côté des “héros”. Le premier est le plus polyvalent lorsque son grappin le lui permet, mais le second, peut-être moins utile, se distingue par ses répliques vocales d’excellente facture. Au niveau des cartes, on retrouve Elway Manor, un environnement assez bien fichu qui facilite grandement l’exploration, et Constables Guildhall, le QG de la police que l’on doit infiltrer. Les cartes sont franchement bien réalisées et évoluent au fil des missions, avec des chemins qui s’ouvrent. Mais il faut bien admettre que c’est franchement trop léger et que ça apporte rapidement une certaine redondance dans le gameplay. La campagne se boucle en 4 à 12 heures selon les approches.

Si la direction artistique gothique/steampunk de cette Ecosse alternative du début du siècle dernier fait mouche, on regrettera notamment que la narration pointe aux abonnés absents. Pourtant pourvu d’effets de lumière et d’une atmosphère visuelle riches, Thick As Thieves ne propose pas de réelle histoire élaborée. On est transporté à coups de messages textes et de notes, la mise en scène étant totalement aux abonnés absents.

Conclusion

Thick as Thieves avait tout pour séduire : un pedigrée de développeurs impressionnant, un concept d’infiltration solide et une direction artistique gothique/steampunk qui fonctionne vraiment. Mais entre une IA catastrophique, des contrôles laborieux, un contenu rachitique et les cicatrices visibles d’un changement de cap en cours de développement, le jeu sort dans un état qui ne justifie pas grand-chose d’autre que son prix de 5€. C’est précisément ce tarif qui résume le mieux la situation : OtherSide Entertainment livre un projet inachevé.

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Thick As Thieves

Gameplay 4.5/10
Contenu 4.0/10
Graphismes 6.5/10
Bande Son 6.5/10
Finition 4.0/10
5.1

On aime :

Une ambiance et une DA réussies

Un level design qualitatif

Des mécaniques de discrétion efficaces

Un prix très accessible

On aime moins :

Un contenu bien trop faiblard

Une narration quasi inexistante

Beaucoup de soucis au niveau du gameplay

Des bugs en cascade, comme si le jeu était sorti trop tôt

Une IA catastrophique