Le marché des semi-conducteurs, au coeur des tensions internationales

Selon un nouveau rapport de la principale banque d’investissement chinoise, Pékin ne ferait pas assez pour soutenir son industrie des puces par rapport aux États-Unis.

“Si nous comparons le soutien de chaque gouvernement à l’industrie des semi-conducteurs, le soutien fourni par les États-Unis est toujours plus important que celui de la Chine”, a déclaré Peng Wensheng, économiste en chef et responsable du département de recherche de la China International Capital Corp (CICC) mardi. Ainsi, le défi du gouvernement chinois est de satisfaire à terme la majorité de ses besoins en semi-conducteurs par l’approvisionnement national.

Annoncée en 2015, l’initiative “Made in China 2025” a pour objectif de faire passer la production de puces du pays de moins de 10 % de la demande à 70% en 2025. Pour le moment, Pékin est loin du compte, avec un taux d’autosuffisance de la Chine estimé à 16 % l’année dernière.

Le “Big Fund”, coup de pouce pour l’industrie chinoise

Le gouvernement chinois a défini une série de mesures pour atteindre un des objectifs du président Xi Jinping, à savoir l’intensification des investissements par des fonds d’État axés spécifiquement sur l’industrie. Créé en 2014, le “Big Fund” est le plus important d’entre eux. Il s’agit du Fonds d’investissement de l’industrie des circuits intégrés de Chine.

Chargé de soutenir le programme “Made in China 2025”, le Big Fund a déjà levé 140 milliards de yuans, soit 22 milliards de dollars. Depuis sa création, de nombreux investissements ont été réalisés dans les chaînes d’approvisionnement en matériaux et en équipements de la Semiconductor Manufacturing International, ou SMIC. Un moyen de faire du SMIC un des principaux fondeurs de puces chinois.

Le développement du marché des puces, une affaire d’État

L’année dernière, Pékin a déployé des incitations fiscales pour les fabricants de puces. Depuis, les investissements dans ce domaine ont quadruplé pour atteindre 140 milliards de yuans en 2020, selon les médias chinois. En tout, 884,8 milliards de yuans, soit 137 milliards de dollars de puces fabriquées en Chine ont été vendus l’an dernier. Le triple du chiffre de 2014.

Selon les médias chinois, cette année le géant des smartphones Xiaomi aurait investi dans plus de vingt entreprises de semi-conducteurs, y compris dans des fonds affiliés.  Autre exemple, Wuxi, une ville de la province orientale du Jiangsu, s’est associée la semaine dernière au géant sud-coréen des puces mémoire SK Hynix pour développer le parc industriel des circuits intégrés Chine-Corée.

Le monde universitaire participe également au développement. En avril dernier, l’université Tsinghua a transformé un cours sur les semi-conducteurs en un département à part entière. L’université de Pékin et l’université des sciences et technologies de Huazhong ont toutes deux créé leurs départements spécialisés en juillet dernier.

Pour conclure, le gouvernement chinois cherche à établir une chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs intouchable face aux sanctions américaines. Un objectif compromis par les tensions internationales et la répartition du marché.

Des semi-conducteurs de plus en plus politisés

Depuis la crise épidémique, le marché des puces est devenu un enjeu primordial. En effet, pour accélérer le rebond économique post-Covid, les gouvernements du monde entier se démènent pour obtenir suffisamment de puces.

Pour le moment, aucun pays n’a réussi à créer sa propre chaîne d’approvisionnement indépendante. Les Américains, leaders mondiaux dans le design des puces et de la propriété intellectuelle ne représentent que 12% de la production mondiale des semi-conducteurs. L’île de Taïwan détient elle 65% de la production.

“Taïwan a contribué à favoriser un excellent écosystème de fabrication de puces grâce à trois décennies d’efforts dans le contexte de la mondialisation”, a déclaré le ministre taïwanais des Affaires économiques, Wang Mei-hua, dans une interview à Bloomberg News.

“La communauté mondiale devrait prendre la sécurité de Taïwan plus au sérieux afin que Taïwan puisse continuer à fournir un service stable à tout le monde et être un très bon partenaire pour tout le monde”

Le marché de TSMC menacé par les tensions entre Taïwan et la Chine

La Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. (TSMC) possède la majorité du marché de la fabrication de puces sous contrat. L’entreprise taïwanaise fournit 55% de la production mondiale de semi-conducteurs.

Ainsi, toute instabilité dans le détroit de Taïwan suite aux tensions avec la Chine pourrait compromettre l’approvisionnement en silicium, essentiel pour de nombreuses entreprises telles qu’Apple. En juillet, Mark Liu, le président du conseil d’administration de TSMC, a appelé à la paix dans la région, afin d’éviter toute perturbation de la chaîne d’approvisionnement.

La forte dépendance à l’égard de TSMC et de ses homologues locaux a déjà incité les gouvernements des États-Unis, de l’Union européenne, du Japon et de la Chine à envisager le renforcement de leurs propres industries nationales des puces. Récemment, Pat Gelsinger, le directeur général d’Intel, a demandé au gouvernement américain de soutenir en priorité les fabricants de puces nationaux plutôt que les fabricants non américains, qualifiant les chaînes d’approvisionnement étrangères d’“incertaines”.

Taiwan, aussi dépendante de ses fournisseurs internationaux

Le conseiller d’État chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi espère rassurer quant aux inquiétudes selon lesquelles les entreprises du monde entier seraient trop dépendantes de Taïwan. Il affirme que l’île se concentre principalement sur la fabrication de puces au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale complexe des semi-conducteurs. Ainsi, Taiwan serait dépendante des équipements et des matériaux provenant d’autres pays.

Jusqu’à présent, la pénurie mondiale de puces continue de faire des ravages dans de nombreux secteurs, notamment l’automobile. Vendredi dernier, Chen Bin, vice-président exécutif de la China Machinery Industry Federation déclarait que ce manque pourrait réduire la production chinoise de voitures d’environ 2 millions d’unités tout au long de l’année.