Test – Life is Strange True Colors : un retour aux sources pour la série de Square

Les ados de Life is Strange sont de retour avec True Colors, troisième (et dernier?) opus de la série culte de Dontnod.

En 2015, le studio parisien Dontnod et Square Enix sortent Life is Strange. Un titre épisodique retraçant l’histoire d’une adolescente aux pouvoirs paranormaux dont elle se sert pour sauver la Terre d’une catastrophe imminente. Le titre est un franc succès et sera gratifié de plusieurs suites, à la qualité variable. Cette année, l’éditeur de la franchise, Square Enix, a choisi de faire table rase du passé et de repartir de zéro. Un nouveau développeur, en la personne du studio américain Deck Nine, mais également un modèle économique différent, avec un unique titre, moins long, mais vendu plus cher. 

C’est ainsi qu’est né True Colors. Pour la toute première fois, Life is Strange repose sur une aventure unique. Il n’y a donc plus ces épisodes qui sortent à intervalles irréguliers, et c’est tant mieux ! On se rappelle tous de Life is Strange 2 et des épisodes qui se faisaient énormément attendre. Square Enix semble ainsi avoir appris de ses erreurs et revient à une formule plus traditionnelle. Si on apprécie cette décision et la promesse d’un contenu délivré en temps et en heure, on regrette toutefois le prix demandé. Pour 60€, nous n’avons droit qu’à 12 petites heures de jeu. A titre de comparaison, Life is Strange premier du nom coûtait 20€ pour 16 heures, tandis que le second opus coûtait 40€ pour 2 heures supplémentaires. 

Dans le fonds, rien n’a toutefois changé. True Colors reprend la formule de ses ancêtres en mixant une aventure narrative avec quelques éléments de point & click. Le jeu est très passif puisqu’on se contente la plupart du temps à choisir des dialogues dans des conversations entièrement automatisées. Les quelques séquences de gameplay se réduisent quant à elles à du point & click. 

Pour ce qui est de la trame scénaristique, la forme reste sensiblement la même que dans les précédents volets. Dans True Colors, on incarne la jeune Alex Chen, venue retrouver son frère Gabe après plusieurs années de séparation. Alex connaît une adolescence tourmentée, et pour cause, elle est capable de ressentir les mêmes émotions que son entourage : colère, peur, anxiété… Ce pouvoir est une pénitence pour Alex, qui doit constamment se battre pour ne pas vivre ce que vivent les gens autour d’elle. Un jour, son frère Gabe est victime d’un accident mortel dans la montagne. Alex va alors tout faire pour connaître la vérité autour du drame, et ce, grâce à ses pouvoirs. 

Grâce à ses “pouvoirs”, Alex peut ressentir les fortes émotions (colère, peur, tristesse…) des personnes de son entourage et chercher à les aider.

Avec ses pouvoirs, Alex peut ainsi mieux comprendre les gens et tenter de les aider. A de nombreuses reprises et durant des moments clés, la jeune fille devra faire face à des personnes en colère ou encore tristes. Alex va essayer de comprendre d’où vient ce sentiment et analyser différentes choses autour d’elle pour venir en aide à la personne. A plusieurs moments, on devra utiliser notre pouvoir pour nous sortir de ce genre de situation.

Malheureusement, on regrette que son impact sur l’aventure ne soit pas suffisamment fort. Certes, il nous permet de progresser et de découvrir qui est à l’origine du meurtre de notre frère, mais on aurait aimé que ces situations impliquent davantage le joueur. Par exemple, à un moment, Steph est profondément triste par la disparition de Gabe. Alex va alors tenter de comprendre comment la réconforter et, après avoir analysé l’appartement, proposera à son amie une activité parmi plusieurs choix. Même si, dans cette sélection, on se trompe, le titre nous force de toute manière à prendre la bonne décision.

Toutefois, on appréciera toujours autant à quel point le titre implique le joueur dans le destin de notre personnage. Il ne se passe pas 30 minutes sans que l’on doive décider de comment répondre lors d’un dialogue. Evidemment, certains choix n’ont que très peu d’importance et ne sont là que pour meubler. D’autres, en revanche, sont bien plus cruciaux et décident tout autrement de la destinée de nos personnages, que ce soit de manière ludique ou plus vitale. On se rappellera notamment avec plaisir du jeu de rôle grandeur nature que l’on crée aux côtés de Steph grâce aux choix que nous faisons. 

Comme dans les précédents épisodes, True Colors nous demande de faire de nombreux choix minimes, mais également des choix cruciaux impactant la destinée des PNJ.

Par moments, Life is Strange : True Colors tire un peu en longueur. En d’autres termes plus explicites, il y a de nombreux passages où on s’ennuie. Au début de l’aventure, notamment, lorsqu’Alex débarque à Heaven Springs. Il y a une succession de conversations pas très passionnantes et l’on regrettera que l’intrigue ne nous passionne pas du début à la fin.

De leur côté, les différents personnages que l’on rencontre sont relativement réussis, même si on regrette clairement son casting beaucoup trop adolescent à notre goût. Steph, que l’on avait déjà rencontré dans Before the Storm, est par exemple difficile à cerner, et l’on peine à comprendre en début d’aventure si elle fait du rentre-dedans à Alex ou si elle veut vraiment devenir son amie. Ryan est, pour sa part, le meilleur ami de Gabe, mais semble désespérément cacher quelque chose. Bref, chaque habitant de Heaven Springs est habilement travaillé par les équipes de Nine Deck, même si l’on regrette la présence des habituels stéréotypes et quelques ficelles un peu trop grosses. 

Chaque personnage dispose d’un background très profond.

Heaven Springs, parlons-en justement. Cette petite bourgade fictive du Colorado est juste superbe. Si on regrettera qu’elle ne soit que trop petite et que l’on ne puisse pas l’arpenter librement (Life is Strange n’est pas un monde ouvert après tout), les rares moments où l’on peut s’y aventurer sont des moments que l’on savoure. Très colorée et très vivante, Heaven Springs est ce petit coin de paradis typique des zones les plus reculées des Etats-Unis. 

C’est d’ailleurs au travers d’Heaven Springs que l’on découvre avec tant de plaisir la direction artistique de True Colors. Comme son titre l’indique si bien, le jeu est très coloré, mais également très réussi visuellement parlant, avec de magnifiques panoramas et environnements. Les différents effets de lumière sont habilement exploités, tandis qu’Heaven Springs rayonne de beauté sous ce magnifique soleil du Colorado. On regrettera cependant qu’il y ait pas mal de clipping au fur et à mesure que l’on avance dans les environnements, et ce, même sur next-gen. De nombreux temps de chargement existent aussi sur les consoles de nouvelle génération, même avec l’apparition des SSD. Ce n’est, certes, pas très grave, mais ça fait tout de même un peu tache dans le résultat final.

La petite bourgade qu’est Heaven Springs est une franche réussite, et ce, à tous points de vue. Elle est très colorée, tout comme l’univers du titre.

Difficile d’apprécier True Colors à sa juste valeur sans évoquer sa superbe OST. Depuis les premiers épisodes de la franchise, la bande originale a été un point fort de chaque opus et force est de constater qu’elle l’est une fois de plus avec True Colors. La VO est tout simplement irréprochable tandis que la VF est elle aussi réussie, avec de nombreuses pointures du doublage francophone choisies. Mais c’est surtout dans les mélodies choisies que True Colors épate.

Mélange de rock, pop et folk, la BO est la cerise sur ce gâteau très coloré que l’on appelle True Colors. Sans parler des (trop rares, malheureusement) moments où Alex dégaine sa guitare pour entonner certains morceaux cultes de la musique rock, comme Creep de Radiohead. Bref, True Colors est une douceur pour les oreilles, ce qui nous semblait important à souligner…

Conclusion

Avec True Colors, la série des Life is Strange s’offre un joli retour aux sources. L’adolescente que l’on incarne possède à nouveau des pouvoirs surnaturels qui, cette fois, impactent relativement peu le gameplay, contrairement au premier volet. La narration est toutefois plus travaillée, avec des choix qui impactent radicalement l’intrigue. La formule reste la même : un mélange de jeu narratif et de point & click modernisé, relativement efficace si vous n’êtes pas allergique au casting d’adolescents. On regrette à ce totre que certains passages de l’aventure tirent un peu trop en longueur, avec certaines décisions à prendre qui ne servent strictement à rien et qui ne sont là que pour allonger une durée de vie bien trop courte (12 heures) au vu du tarif auquel est vendu cet épisode – 59,99€, 20€ de plus que son ancêtre et 40€ de plus que le premier volet… Les fans y trouveront tout de même leur compte avec la DA inspirée du jeu, ses jolis graphismes et son univers plein de charme. Très joli et disposant d’une BO de grande qualité, True Colors a le mérite de joliment moderniser une série qui avait assez mal vieilli… L’ennui,  c’est que si la réalisation a évolué dans le bon sens, la formule n’a que très peu changé et le jeu souffre toujours de gros problèmes de rythme. A 59,99€, l’addition reste salée. D’autant plus que techniquement, le jeu est loin d’être irréprochable avec ses nombreux temps de chargement et ses soucis de clipping récurrents. 

Gameplay 6.0/10
Contenu 6.5/10
Graphismes 7.5/10
Bande son 8.0/10
Finition 6.0/10
6.8

On aime :

Un univers coloré et très joli

Heaven Springs, très petite mais tellement réussie et complète

Une bande-son soignée et irréprochable

Des choix qui impactent le scénario

On aime moins :

Certains passages fort longuets

Vendu au prix plein (59,99€)

Trop de temps de chargement sur next-gen!

Un pouvoir qui n'influence pas tant que ça le gameplay

Des problèmes de clipping et des bugs