Après l’Egypte et la Grèce antique, la série des Assassin’s Creed d’Ubisoft nous emmène à la découverte d’une autre civilisation avec l’épisode Valhalla, qui s’intéresse à la destinée du peuple viking. 

Deux ans après Assassin’s Creed Odyssey, Ubisoft nous livre un nouvel épisode de sa série culte, qui était en développement dans les studios d’Ubisoft Montréal depuis plusieurs années. Un épisode qui signe un tournant par rapport aux deux derniers volets de la franchise, avec un retour au Moyen-Age et surtout de nouveaux mécanismes de jeu.

Difficile de ne pas tomber sous le charme des décors pittoresques de l’Angleterre.

Si les bases restent les mêmes, plusieurs mécanismes changent radicalement dans Assassin’s Creed Valhalla, pour s’adapter aux spécificités de la culture viking, une civilisation qui a pillé durant des siècles les peuples voisins et longtemps vénéré ses propres divinités. Bien sûr, il aurait été impossible de proposer une expérience qui s’étende sur l’entièreté de l’Europe. Ubisoft a donc préféré se concentrer sur le Royaume-Uni, la terre qui a subi le plus d’invasions vikings. Et qui dit Royaume-Uni dit aussi colonies, raids et pillages. Tout cela fait partie intégrale de l’expérience.

Côté gameplay, on repose ici sur les solides bases d’Odyssey, qui se rapprochait déjà plus d’un jeu d’aventure / RPG que d’un jeu d’infiltration. Le joueur peut explorer un vaste open-world selon ses envies et prendre part à de nombreuses missions de différents types. Le gameplay mélangera ainsi habilement exploration, combats, jeu de rôle mais également infiltration, notre cher viking étant un adepte du saut de l’ange et du parkour, comme ses ancêtres.

Esthétiquement, le jeu est pratiquement identique à Odyssey.

La colonie nous était présentée comme l’une des grosses nouveautés de cet épisode. Il ne faudra toutefois pas trop attendre de cette toute nouvelle partie de gestion, qui reste ultra-minimaliste. Ne vous attendez pas à des séquences de gestion ou de stratégie poussée : dans Valhalla, la gestion de la colonie se limite à la création de nouveaux bâtiments, que vous ne pourrez installer que dans des endroits choisis à l’avance par l’éditeur, en dépensant les ressources que vous aurez pillées dans les villages voisins. Vous l’aurez compris, il s’agit d’une nouveauté complètement accessoire, qui n’apporte strictement rien à l’expérience.

En revanche, les raids représentent de nouvelles séquences de jeu qui se révèlent très plaisantes. En plus des quêtes principales et secondaires, le joueur pourra se lancer dans des raids. Après avoir embarqué avec son crew dans son drakkar, il partira à l’assaut de plusieurs places fortes telles que des monastères, des villages ou des fortins pour les piller avec ses hommes. Durant ces séquences de jeu, il faudra massacrer les forces ennemies présentes sur places et récupérer les quelques trésors identifiés sur la carte. Des séquences musclées fort bien rendues qui se révèlent jouissives. On regrettera toutefois qu’Ubisoft ait choisi de rester très propre dans la basse besogne. On oublie les massacres de civiles, les viols et les captures d’esclave, qui faisaient pourtant partie intégrante de cette page sombre de l’Histoire. Le monde des vikings tel que représenté par Ubisoft est un monde qui n’est paradoxalement pas aussi sauvage qu’on aurait pu l’imaginer.

Les raids vikings font partie des temps forts dans Valhalla.

Si l’expérience de jeu est riche, avec des dizaines, voire des centaines d’heures de quêtes aux quatre coins de l’Angleterre, Valhalla peine toutefois à convaincre dès les premières minutes de jeu.

Le début de l’aventure se déroule en Norvège, une terre enneigée qui contraste avec les décors verdoyants de l’Angleterre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces premières heures de jeu (comptez 3 à 5h pour en faire le tour), ne sont pas du tout représentatives du reste de l’aventure. L’aire de jeu y est beaucoup plus réduite, la plupart des séquences de jeu sont très dirigistes, le level-design est pauvre et surtout, on ne se sent pas du tout porté par la trame narrative, les personnages, le récit. La superbe introduction en images de synthèse laissait pourtant entrevoir un récit brutal et un solide background. L’ennui, c’est que contrairement aux précédents volets de la saga, on s’attache moins aux personnages principaux. La comparaison avec la série Vikings saute aux yeux. Et à ce petit jeu, Ubisoft sort grand perdant du bras de fer.

Second vilain défaut de cet épisode : ses mécanismes de jeu perturbants, hérités de la saga, qui continuent à tirer vers le bas la production. On se demande bien à quoi servent encore les séquences de l’Animus si ce n’est à frustrer le joueur. Ces séquences de jeu sont certes beaucoup plus courtes et discrètes que dans les précédents épisodes de la série, mais elles sont toujours bel et bien là et elles ont toujours la fâcheuse tendance à nous couper dans notre élan. En atteste cette abominable voix off qui vient couper court à la superbe séquence d’introduction du jeu. Les vieilles habitudes ont la dent dure, et plus encore dans Valhalla, qui hérite de tous ces vieux mécanismes de la série, avec ses tours de guet au sommet desquelles il faudra grimper pour pouvoir accéder à tous les points d’intérêt de la région, ses meules de foin dans lesquelles il faudra se cacher, sa lame d’assassinat, qui n’a plus grande utilité ici, ses corbeaux, qui vous serviront à faire du repérage et s’utilisent finalement comme des drones… Tellement d’idées du passé qui continuent à tirer vers le bas la saga. Et ce, alors que les derniers épisodes de la série ne demandent qu’à s’affranchir de l’héritage de la saga en s’orientant toujours plus vers l’action-RPG. On aurait tellement préféré que Valhalla soit un action-RPG à part entière, qui n’a rien à voir avec la franchise.

Le drakkar sera votre principal moyen de locomotion en Angleterre.

A l’inverse, Valhalla n’hésite pas à se débarrasser de quelques idées qui ne fonctionnaient pas forcément très bien dans les précédents volets, à l’image du loot massif d’équipements. Dans Valhalla, le joueur sera encouragé à améliorer son équipement plutôt qu’à changer continuellement de matos. Le loot est toujours là, mais plus discret. Il s’agira principalement de récupérer des matières premières pour sa colonie et de l’argent.

Autre gros atout de cet épisode : le nombre impressionnant de quêtes annexes qui nous sont proposées. En plus des quêtes principales, qui offrent une belle diversité de séquences de jeu, on pourra se lancer dans des assassinats de cibles, des chasses de créatures légendaires, des raids vikings, on pourra affronter des tas de boss qui évoluent librement dans le monde de Valhalla, entretenir la richesse de son clan et bien plus encore. Le contenu du Season Pass s’annonce également très réjouissant avec la promesse du siège de Paris, qui devrait amener les joueurs à partir à la découverte de la France.

Enfin, on apprécie également la jolie diversité au niveau des ennemis rencontrés. Dans Valhalla, vous n’éliminerez pas que de la bidasse. Vous rencontrerez également régulièrement des unités telles que des archers ou des hallebardiers, qu’il faudra approcher différemment. Les boss offrent eux aussi une belle diversité dans les combats, même si malheureusement, votre capacité à remporter la victoire sera principalement basée sur votre niveau et votre armement.

Un gros travail a été réalisé au niveau des ambiances.

Si la formule reste donc très proche de celle d’un Assassin’s Creed Odyssey, Valhalla n’hésite pas à s’en écarter, parfois avec brio, mais pas toujours. Valhalla n’est pas un mauvais jeu. Loin de là même. Il offre un contenu absolument gargantuesque. Quiconque prendra le temps de s’y plonger passera un très bon moment en sa compagnie. On regrette en revanche que son scénario et ses personnages principaux soient aussi creux. Si vous avez déjà visionné l’intégrale de la série Vikings, il n’y a pas grand chose d’intéressant à voir ici. Et c’est là tout le problème avec cet épisode, qui n’arrive pas à faire mouche au niveau de sa narration et qui n’apporte rien de très excitant à la proposition de départ, en dehors des raids.

A ce tableau contrasté vient s’ajouter un facteur qui impacte lourdement notre note : la réalisation technique du jeu, solide sur les anciennes générations, beaucoup moins convaincante sur next-gen, avec certes quelques jolis effets visuels notamment lors des couchers de soleil, ou lorsque la brume apparaît à l’écran, mais c’est à peu près tout. C’est le même moteur graphique qu’il y a deux ans, qui était déjà le même moteur graphique que celui d’Origins… Autrement dit, ça a vieilli et sur next-gen ça n’a pas forcément fière allure, bien au contraire même. Alors oui, certains paysages restent très jolis et esthétiquement, Valhalla est loin d’être le mauvais élève de la classe, mais on était tout de même en droit d’en attendre plus de cet épisode. Notre plus gros regret concerne toutefois la pléthore de bugs rencontrés : des personnages qui disparaissent sous vos yeux, un cheval qui grimpe pratiquement à la verticale un col de montagne, un point d’intérêt qui n’apparaît plus sans aucune raison, des personnages qui font des bonds de plusieurs mètres ou qui répètent inlassablement les mêmes phrases, le constat est désolant. La situation avec la pandémie y est certainement pour beaucoup et cela ne fait pas l’ombre d’un doute qu’Ubisoft corrigera la plupart de ces défauts à travers de multiples patchs – le suivi de l’éditeur étant exemplaire sur ses précédentes productions -, mais cette vilaine habitude à sortir des jeux qui ne sont pas finis risque de faire beaucoup de mal à l’éditeur sur la durée…

Sur Xbox Series et PS5, le jeu est loin de nous avoir mis une claque…

Du côté de la bande son en revanche, le résultat est beaucoup plus convaincant avec comme d’habitude dans les productions d’Ubisoft d’excellents doublages, des bruitages très réalistes et des musiques qui accompagnent efficacement l’action. On regrette toutefois là aussi que le jeu se révèle aussi propre. On aurait très clairement aimé voir transparaître plus de violence dans les dialogues, plus de frénésie dans les chants et d’excentricité. Si l’on met de côté la finition et la réalisation graphique, c’est sans aucun doute l’élément qui nous aura le plus frustrés dans cet épisode, trop propre, trop convenu et tout simplement pas assez brutal à notre goût. Le survol des positions par le corbeau, la rapidité du drakkar une fois la voile dépliée, les séquences de jeu dans le présent, sont autant d’éléments qui contrastent radicalement avec la volonté de l’éditeur de nous livrer une expérience de jeu réaliste et immersive. Pour autant, le travail abattu par les développeurs n’en reste pas moins extraordinaire et les habitués devraient largement y trouver leur compte.

Conclusion

Moins réussi qu’Origins et Odyssey, Assassin’s Creed Valhalla reprend pourtant les codes des deux derniers épisodes de la franchise en mêlant brillamment les genres. Lorgnant toujours plus du côté des action-RPG, le titre d’Ubisoft propose une expérience de jeu très solide. Exit la période de l’Antiquité. Ce nouvel épisode vous emmène à la découverte de la culture viking et de ses colonies dans l’Angleterre du neuvième siècle. La formule a peu changé depuis Odyssey. Valhalla apporte toutefois quelques petites nouveautés avec des séquences de raids très réussies, durant lesquelles le joueur pillera des petites bourgades avec son escouade de vikings. Toutes les nouvelles idées ne sont toutefois pas forcément bonnes, à l’image de la partie gestion, qui passe complètement au second plan. Dans le même ordre d’idée, si l’Angleterre est un formidable terrain de jeu pour le joueur, les débuts dans les terres glacées de Norvège sont beaucoup moins réussis. Le scénario et surtout les rôles principaux de ce nouvel épisode sont également beaucoup plus creux que dans Odyssey. S’il propose un contenu gargantuesque et une expérience de jeu très plaisante, Valhalla souffre en revanche d’une finition désastreuse et d’une réalisation décevante. Le jeu se repose en effet sur le même moteur graphique que ses ancêtres. Ne vous attendez donc pas à une claque sur next-gen. Les habitués de la franchise ne seront pas trop déphasés. Les autres devront toujours composer avec les quelques résidus d’une franchise qui ne demande qu’une seule chose : s’affranchir définitivement de son fichu animus pour nous proposer enfin une expérience open-world sans concessions. 

Assassin's Creed Valhalla

7.2

Gameplay

7.5/10

Contenu

8.0/10

Graphismes

8.0/10

Bande son

7.5/10

Finition

5.0/10

Les + :

  • Le mélange de RPG et d'infiltration qui fonctionne bien
  • L’Angleterre du 9e siècle, sa carte gigantesque et ses jolis paysages
  • Un contenu énorme
  • Les raids vikings, plutôt funs

Les - :

  • Un festival de bugs
  • Une histoire moins intéressante que dans les précédents volets
  • Les 3 premières heures de jeu en Norvège
  • Des nouveautés qui n'apportent pas grand chose au niveau du gameplay
  • Trop d'"Assassin's Creed", pas assez de vikings