Désormais disponible sur Xbox, PC et Android, le GamePass est petit à petit en train de devenir le “Netflix du jeu-vidéo.”

De l’Atari 2600 à ce jour, le business des jeux vidéo n’a pas connu de grosse transformation. Certes, il y a eu le dématérialisé, mais en définitive, il ne s’agit que d’une alternative aux ventes de disques et de cartouches en magasin, rien qui ait totalement transformé l’activité des éditeurs, si ce n’est peut-être pour les petits studios qui ont pu mettre sur les rails de beaucoup plus petits projets. Le cloud-gaming tel que vanté par Google avec Stadia avait le potentiel de révolutionner l’industrie. Paradoxalement, Google n’a pas songé à repenser le modèle économique, se contentant de proposer des jeux à la vente. Puis est arrivé le GamePass, un nouveau service par abonnement qui permet aux utilisateurs d’accéder à une large bibliothèque de jeux. L’abonné n’est pas propriétaire du jeu, il loue un accès à plus d’une centaine de titres issus du catalogue de la Xbox.

Le GamePass, une offre imbattable

Le service a fait ses débuts sur Xbox mais il est aujourd’hui disponible également sur PC et smartphones Android. Il aurait dû logiquement atterrir sur iOS mais Apple bloque son déploiement en prétextant que l’application de Microsoft ne respecte pas les conditions d’utilisation de l’App Store. En quoi la plate-forme de Microsoft est-elle géniale? Tout d’abord, parce qu’il ne faut pas de Xbox pour jouer aux nombreux jeux présents dans le catalogue du GamePass. Vous souscrivez à la formule d’abonnement à 12,99€, et pour peu que vous ayez une machine compatible (Xbox, PC et smartphones Android 8.0 et +), ainsi qu’une manette Xbox, vous pouvez commencer à jouer. Microsoft supprime le besoin de disposer d’une console de jeux. Les titres du Gamepass tournent sur des serveurs à l’autre bout de la planète et sont “streamés”, à l’image des programmes sur Netflix, sur votre smartphone. C’est la raison pour laquelle un appareil sous Android à 300€ est capable de faire tourner un jeu extrêmement exigeant en ressources, qui nécessiterait normalement une console de jeu ou un PC pour gamers à plus de 1.300€. La magie du cloud.

Mais là où Microsoft frappe très fort par rapport à Stadia, c’est que le géant américain couple le cloud-gaming avec une offre par abonnement, comme Netflix justement, là où Stadia force les utilisateurs à acheter des jeux dans le cloud au prix plein (parfois jusqu’à 60€!), avec tous les risques que cela encourt (perdre définitivement l’accès à son jeu si la plate-forme ferme se portes). Si autrefois il fallait débourser plusieurs centaines d’euros pour une console et des jeux, il suffit aujourd’hui de 12,99€ pour trouver son bonheur.

Dans le catalogue de jeux du Gamepass, on retrouve les principales exclusivités de la console de Microsoft, du vénérable Halo à Forza Horizon 4 en passant par Gears 5 ou Battletoads. Microsoft a acquis une quinzaine de studios de développement pour alimenter son service en nouveautés. Rien que cet été, les joueurs ont pu découvrir Tell Me Why, un jeu d’aventure interactif développé par le studio français Dontnod, un reboot du jeu d’action Battletoads de Rare, le RPG tactique Wasteland 3 ou encore Grounded, un jeu de survie multijoueur dans le monde de l’infiniment petit. A côté des jeux “first-party”, on retrouve de nombreuses petites productions indépendantes du monde entier, des gros jeux d’éditeurs tiers (Batman, Final Fantasy, Metro, Tekken, Mortal Kombat ou encore Naruto), et même des titres des générations précédentes de Xbox (Ninja Gaiden 2, Banjo Kazooie, Fable 3, Viva Pinata ou l’intégrale de Gears of War). Dès cette fin d’année, Microsoft ajoutera un accès à la quasi-totalité des jeux du répertoire d’Electronic Arts, l’un des plus gros éditeurs au monde, père des franchises Battlefield, Need for Speed ou encore FIFA. Le tout, sans augmenter ses prix. En terme de rapport qualité / prix, l’offre est tout simplement imbattable. D’autant plus que les jeux du catalogue sont régulièrement renouvelés puisque tous mois, Microsoft retire des titres du catalogue et les remplace par des nouveaux. C’est exactement le même principe que Netflix.

Plus de 10 millions d’abonnés

Avec tout cela, plus besoin d’acheter ses jeux, sauf si on veut les garder après les avoir essayés. Plus besoin non plus d’acheter une console de jeu, sauf si là aussi, on devient accro. Et cela semble plutôt bien marcher. Car si d’apparence, le business-model de Microsoft ne semble pas rentable, les échos du côté des développeurs sont plutôt bons. Les créateurs du jeu Descenders assurent avoir vu les ventes de leur jeu tripler dès son entrée dans le Gamepass, en raison de la visibilité qui lui était donnée mais aussi de la passion des joueurs. Si de gros éditeurs comme Electronic Arts viennent frapper à la porte, c’est aussi parce qu’ils croient dans le projet. Après tout, Microsoft est déjà parvenu à rallier plus de 10 millions d’abonnés payants à sa plate-forme. Et cela ne fait que commencer car Microsoft voit grand pour le GamePass. Il a récemment signé un accord avec Samsung. Les acheteurs de certains modèles de smartphones auront un accès gratuit au GamePass durant plusieurs mois. L’objectif est simple : faire du GamePass le nouveau service incontournable, le Netflix du gaming. Et quand on jette un coup d’œil aux ventes de consoles et de jeux dans le monde, on se dit que le potentiel est gigantesque. En 2019, le marché des jeux-vidéo a rapporté plus de 152 milliards de dollars dans le monde. A eux seuls, les jeux Pokémon ont rapporté plus de 17 milliards de dollars à Nintendo depuis le lancement de la franchise. A titre de comparaison, les Avengers pèsent “seulement” 2,79 milliards de dollars sur le marché du cinéma.

Dans le secteur, Microsoft continue à générer de très gros revenus malgré qu’il soit bon dernier dans les ventes de consoles. En 2018, ses revenus sont grimpés à plus de 10 milliards de dollars dans le gaming. Et avec le GamePass, il a le potentiel de les faire exploser dans les prochaines années. Car le GamePass n’est pas seulement une arme contre ses concurrents Sony et Nintendo, la plate-forme est disponible aussi sur mobiles – un secteur qui représente aujourd’hui plus de 30% des revenus de l’industrie. Alors certes, la route est encore longue avant que le GamePass passe le cap des 100 millions d’abonnés, mais le déploiement de la plate-forme sur Android est une étape importante de son développement et à plus d’un titre un tournant dans l’histoire du jeu vidéo. Ni plus, ni moins.