Trois ans après Persona 5, Atlus nous livre une refonte intégrale de son jeu. Baptisé sobrement Persona 5 Royal, cette réédition n’offre pas qu’un simple lifting au jeu d’origine puisqu’il ajoute également de nombreux contenus inédits et revoit intégralement certains mécanismes de jeu. 

Plus connue et appréciée en Asie que chez nous, la franchise Persona entre dans la catégorie des J-RPG, soit des RPG d’origine japonaise identifiables au premier coup d’œil grâce, notamment, à un character design particulier.

On doit cette série au studio Atlus dont la notoriété repose sur le titre en question : les développeurs ont réussi à créer une identité graphique propre et originale qui a contribué au succès de la saga.

Ce cinquième épisode met en avant un héros qui devra voyager entre le monde réel et un univers alternatif. Dans le premier, l’étudiant devra accomplir des tâches ordinaires comme passer du temps avec un ami, répondre à des SMS, assister à des cours… tandis que dans le second, il s’agira d’affronter des antagonistes à l’aide de Persona, des avatars puissants et contrôlés par les héros, qui donnent leur nom à la franchise.

Deux univers pour le prix d’un

La patte “comics” est toujours de la partie.

Le héros est un jeune japonais arrêté pour avoir défendu une femme qui se faisait agresser. Dès le début du soft, le personnage principal se rend donc compte que le monde et les lois qui le régissent ne sont pas toujours justes. Viré de son collège, il doit migrer vers une autre région de Tokyo pour vivre au dessus d’un bar et surtout, entrer dans un nouvel établissement scolaire. Et ceci ne se concrétisera pas uniquement dans quelques cinématiques puisque c’est le joueur qui doit diriger le personnage lors de sa vie d’étudiant. Aller en cours, envoyer des messages à ses amis, profiter d’un temps libre, rencontrer des proches, se rendre à la clinique, trouver un job étudiant… Toutes ces prérogatives sont à la charge du joueur.

Si, sur papier, ces nombreuses tâches peuvent sembler désuètes, dans les faits, il n’en est rien. La narration est exemplaire et, associée à l’identité graphique réussie du titre, elle propulse le joueur dans un véritable, ou presque, animé japonais. Que ce soit la sublime bande-son, les dialogues apparaissant dans des phylactères ou encore les cinématiques qui sont en fait de véritables extraits de films d’animation, tout participe à la cohérence d’un univers dans lequel il est très agréable de se balader afin de participer aux différentes activités proposées. Le seul point négatif à ce sujet reste l’orientation : il n’est pas toujours facile de se repérer dans certains endroits spécifiques. Les allers-retours peuvent donc devenir pénibles mais pour un temps seulement : après quelques heures de jeu, il est possible de rejoindre un lieu précis en le sélectionnant dans un menu dédié. Précisons également que le monde ouvert de Persona 5 est assez restreint et ne rivalise en rien avec la concurrence.

Le scénario du jeu intègre quelques changements de poids.

Outre l’orientation, le joueur devra aussi apprendre à gérer son temps puisqu’une deadline sera très vite imposée aux héros et les différents objectifs devront donc être remplis avant l’échéance indiquée. De plus, il devra choisir avec soin quelles tâches il souhaite accomplir puisque chacune d’entre elles demande du temps mais octroie aussi l’un ou l’autre bonus lui permettant de gagner des points de charisme, d’intelligence ou encore de courage. Ces points permettront de participer à d’autres activités, d’obtenir de meilleurs objets et de renforcer ses liens avec de nouveaux personnages pouvant vous donner un coup de main dans l’univers parallèle au monde réel.

Car, comme cité brièvement en début d’article, il existe une autre dimension. En effet, lors de son premier jour de cours, le protagoniste central trouve en lieu et place de son école, un château décoré aux couleurs du collège où il était censé se rendre. Ces lieux issus d’un univers alternatif et appelés “palaces” voient des personnages du monde réel y circuler. Cependant, il s’agit en fait de la concrétisation de leurs états psychiques. Par exemple, un jeune volleyeur travaillant (trop) dur pour satisfaire son coach sportif pourrait y retrouver un double de lui-même torturé physiquement, ce qui témoignerait de son état psychique engendré par ce que son entraîneur exige de lui dans le monde réel. Aussi, si l’univers du jeu fait directement penser à un manga, il s’agirait sans équivoque d’un manga pour adultes : tortures, cris d’horreur et thèmes matures sont évoqués tout au long de l’aventure et sont le quotidien des palaces.

Et si ces derniers offrent des scènes originales et déstabilisantes, ils ne sont pas parfaits pour autant : ils restent tout de même trop linéaires et leur architecture aurait mérité être plus diversifiée. De plus, les énigmes sont dans leur ensemble assez brèves et faciles à résoudre. Cependant, certains combats peuvent s’avérer très complexes à gérer et ils compensent donc le manque de challenge des énigmes.

Des combats dynamiques au tour par tour

Le character design et l’univers de Persona 5 restent deux de ses plus beaux atouts.

C’est dans la dimension où se matérialisent les pensées et envies les plus sombres des personnages du monde réel que le héros devra combattre. Basiques au tout début du soft, les combats gagnent en complexité au fur et à mesure de l’avancée du joueur. Le système choisi est celui du tour par tour et offre la possibilité d’attaquer avec deux catégories d’armes, d’utiliser un objet, d’invoquer un Persona ou encore de fuir. Il est également possible d’éviter les ennemis ou encore de les attaquer par surprise : des concepts simplistes mais qui s’avèrent être intelligemment exploités dans ce jeu vidéo. Par exemple, on constate la présence d’une jauge d’alerte qui se remplira à chaque fois que le joueur se fera surprendre par un ennemi. Lorsque la jauge atteindra un seuil critique, les gardes des lieux augmenteront le niveau de sécurité, ce qui se traduira par votre expulsion du palace. Une bonne idée qui contraint le joueur à ne pas foncer dans le tas et à prendre le temps d’analyser la situation.

D’autres éléments viendront très vite enrichir le gameplay comme la capture des Persona qui se dressent devant le protagoniste central. Pour ce faire, il faudra négocier avec la créature en question et réussir à la convaincre de rejoindre les rangs du héros. Ce dernier pourra également choisir de lui soutirer un objet ou de l’argent ou encore de tout simplement l’exécuter. L’ennemi n’est pas en reste pour autant puisqu’il peut décider de prendre l’un de vos coéquipiers en otage et exiger une rançon.

Les Persona occupent un rôle central dans le soft puisqu’ils constituent des alliés indispensables lors de combats difficiles. Ces avatars pourront, lorsque vous leur en donnerez l’ordre, s’attaquer à l’adversaire afin de lui infliger un coup destructeur. Pour sortir victorieux d’une confrontation, le joueur devra dès lors choisir le Persona le plus adapté à l’ennemi, c’est-à-dire celui pour lequel l’antagoniste est sensible aux attaques. Ce paramètre est d’ailleurs l’un des points les plus importants à assimiler : un coup porté sur un point faible de l’ennemi le mettra à terre et enclenchera une phase de dialogue qui vous permettra notamment d’obtenir un nouveau Persona à condition de sélectionner les réponses adéquates parmi les lignes de textes proposées.

Des ajouts en pagaille

L’univers de Persona tranche radicalement avec celui des autres JRPG.

Comme nous l’avons dit plus haut, ce Persona 5 Royal n’est pas qu’un simple remaster du jeu originel, il s’agit pratiquement d’une édition Director’s Cut. Visuellement, le jeu subit un très léger lifting – pas suffisant malheureusement pour convaincre totalement, le moteur graphique de Persona 5 ayant déjà pas mal vieilli. La bonne nouvelle, c’est que la direction artistique du jeu fait lui confère une identité tellement unique qu’on fermera volontiers les yeux sur ce petit défaut.

Côté contenu, le jeu évolue aussi beaucoup avec un scénario entièrement revu, de nouveaux personnages haut en couleurs, une nouvelle zone de jeu, de nouvelles cut-scenes, le support du PS4 share et surtout, surtout, une traduction française intégrale (enfin!) Tout n’est pas parfait au niveau des traductions, mais les sous-titres en français ouvriront le jeu à un nouveau public.

Les mécanismes de jeu sont également partiellement revus. On notera ainsi la présence dans l’inventaire d’un grappin qui permettra d’explorer quelques nouvelles zones de jeu. Les niveaux de Persona 5 ont été entièrement repensés, pour le plus grand plaisir des fans qui avaient déjà retournés dans tous les sens le jeu. On y retrouve de nouveaux artefacts, de nouveaux boss, de nouveaux mini-boss, de nouvelles boutiques, et il faudra de nombreux allers-retours pour en découvrir tous les secrets. Le jeu a été entièrement repensé et le level-design tire désormais clairement parti du grappin.

Côté gameplay, Atlus s’est contenté de quelques petites retouches qui rendent l’expérience plus conviviale. On découvrira ainsi une boutique itinérante qui nous épargnera quelques allers-retours, des attaques en duo très impressionnantes et un nouveau type d’ennemis qui vient perturber les parties en explosant de façon totalement aléatoire.

Enrichi en contenu, le jeu offre une durée de vie littéralement colossale puisqu’il faudra un bon 80h pour en voir le bout. Pour les petits nouveaux, cette réédition de Persona 5 est du pain béni. Pour les anciens, les ajouts restent légers mais seront sans doute largement suffisants pour justifier un second playthrough. On regrettera juste au final l’absence de compatibilité au niveau des sauvegardes…

Conclusion

Si vous étiez passé à côté de l’excellent Persona 5, Persona 5 Royal vous donne la chance de corriger enfin votre erreur en découvrant l’un des meilleurs RPG de cette génération. Atlus ne s’est pas contenté d’un simple remaster puisque l’éditeur a revu l’intégralité du contenu du jeu, modifiant son scénario, certains de ses mécanismes et ajoutant une pléthore de contenus, parmi lesquels une nouvelle aire de jeu. Visuellement, le jeu a un peu vieilli, il est vrai mais sa direction artistique superbe lui confère une identité unique. Ses mécanismes de jeu atypiques en font un titre totalement à part, que l’on qualifierait presque de rafraichissant.  Ici, le joueur incarne un étudiant qui devra voyager entre Tokyo et une dimension parallèle. C’est dans cette dernière que le héros devra combattre à l’aide de ses Persona, des êtres surpuissants qu’il est possible de capturer et de fusionner. Les combats fourmillent de bonnes idées et offrent un savant mélange d’éléments connus et nouveaux (négociations au cours de la joute, jauge d’alerte…). Et si les palaces qui composent cette dimension parallèle poussent les joueurs à y retourner sans cesse, la vie estudiantine du héros à Tokyo est du même acabit et offre son lot d’activités auxquelles il faudra participer en veillant à respecter son calendrier. Inutile de tergiverser : il s’agit d’un incontournable. 

Persona 5 Royal

8.5

Gameplay

8.5/10

Contenu

9.0/10

Graphismes

7.0/10

Bande son

9.5/10

Finition

8.5/10

Les + :

  • Les traductions françaises, enfin!
  • Un excellent RPG à la base, long, costaud et très accrocheur
  • Pas un simple remaster : tout le contenu du jeu a été revu
  • Quelques jolies retouches au niveau du gameplay
  • La direction artistique, superbe

Les - :

  • Graphiquement, ça a vieilli
  • Des tutoriels en pagaille au début de l'aventure