Sorti l’été dernier sur PC, Pillars of Eternity 2 Deadfire a aujourd’hui droit à un portage en bonne et due forme sur consoles de salon. 

Encensé par les critiques à a sa sortie, sur PC, Pillars of Eternity 2 Deadfire est un jeu de rôle dans la plus pure tradition du genre, qui lorgne ouvertement du côté des Baldur’s Gate, Icewind Dale et autres Planetscape Torment. Un style de jeu pas forcément évident à porter sur consoles, comme l’ont démontré les récents portages des jeux d’Obsidian.

Changement de cadre pour Deadfire : exit les tombeaux sombres, place aux environnements tropicaux colorés.

Et mettons les pieds dans le plat d’entrée de jeu, si ce portage ne souffre pas trop visuellement, l’interface s’adapte très moyennement au pad. La rigidité des personnages, les menus surchargés et l’interface très chargée du jeu trahissent ses origines. Deadfire est loin d’être injouable sur consoles, mais le confort d’utilisation n’est clairement pas optimal. Le développeur n’y peut rien, il s’agit d’un genre de jeu qui se joue mieux au combo clavier / souris, à l’image des RTS…

Malgré ses allures de Diablo-like, Pillars of Eternity 2 Deadfire est loin d’être un simple dungeon-crawler. Certes, il y a des combats, mais ceux-ci ne se réduisent généralement pas à du martelage de boutons. Il faudra mettre en pause le jeu pour choisir les déplacements et attaques de ses personnages. De façon générale, Deadfire est beaucoup plus proche d’un jeu de rôle traditionnel que d’un action-RPG. Les dialogues sont nombreux, les textes s’affichent tous à l’écran, la mise en scène reste basique et les déplacements à l’écran sont très lents.

Dans la continuité du premier volet, Deadfire respecte tous les standards du genre. Il reproduit fidèlement la formule de son prédécesseur, avec quelques petites nouveautés toutefois, à commencer par un changement de contexte. Exit les donjons sombres et place à la mer, une nature luxuriante et des îles paradisiaques pour cet épisode qui vous fera naviguer avec votre équipage à bord d’un navire de pirates.

La gestion de l’équipage est plutôt poussée.

L’aventure se déroule 5 ans après les événements du premier volet. Ceux qui ont fini le jeu peuvent se rassurer : il est possible de récupérer sa sauvegarde de personnage pour continuer l’aventure avec les mêmes caractéristiques. Un bon point. Côté scénario, Deadfire ne parvient en revanche pas totalement à convaincre. Les débuts du jeu seront très laborieux pour les nouveaux venus, et il faut l’avouer, l’univers de Pillars of Eternity est loin d’être aussi riche et profond que celui d’un Baldur’s Gate. La trame principale du scénario n’est guère passionnante. La qualité d’écriture en revanche est au rendez-vous. On regrettera toutefois que les développeurs n’aient pas songé à dépoussiérer un peu le genre avec des cinématiques, des champs / contre champs pour les dialogues et une interface plus sexy.

Les aventuriers du premier volet seront également désarçonnés par la direction de cette suite, qui abandonne l’exploration pour des séquences navales qui ne seront certainement pas du goût de tous. Sur ce point, le studio n’hésite pas à prendre des risques. Il s’écarte également de la progression par acte du premier volet pour donner une totale liberté au joueur.

Le navire que vous dirigerez devient un véritable Q.G. Impossible donc d’échapper aux séquences navales. De façon générale, l’idée est plutôt ingénieuse. Il faudra toutefois se coltiner des features pas forcément nécessaires, qui rebuteront certains joueurs, comme la gestion de la faim et de la soif de l’équipage, l’amélioration du bateau et les affrontements qui peuvent prendre deux directions : l’abordage et le combat naval, qui se déroulera lui au tour par tour. Dans la pratique, ces séquences de jeu manquent de profondeur et ont tendance à se répéter un peu trop… Pas forcément une bonne surprise donc.

Les environnements du jeu sont assez variés.

C’est sur la terre ferme et dans ses quêtes secondaires que le jeu brille le plus, avec sa qualité d’écriture exceptionnelle, son univers qui montre tout de suite une plus grande profondeur, ses enjeux politiques, ses choix narratifs ou les compétences de ses personnages, qui permettent de jouer au jeu de différentes façons. S’il est possible de foncer tête baissée dans chaque combat, il est également possible de se la jouer infiltration ou diplomatie – auquel cas vous parviendrez à trouver des solutions à la plupart des conflits. Ce sont bien sûrs les attributs de votre personnage qui définiront votre succès dans chaque compétence…

Pillars of Eternity 2 se distingue des autres RPG de par son orientation dans les combats : le joueur aura le choix entre du tour par tour ou du temps réel, mais avec une mise en pause régulière, qui permettra d’attribuer des ordres à ses combattants. Une simple pression de la barre d’espace permet de mettre la partie en pause. Si l’interface de jeu reste lourde, elle se révèle efficace une fois maîtrisée. Pour remporter la partie, le joueur devra apprendre à contrôler l’adversaire et le terrain de jeu. L’ennui, c’est que dans la pratique, le système de jeu reste rebutant, les combats brouillons et la mise en scène pas du tout excitante. En gros, il faut vraiment être un fan du genre pour y trouver du fun… Ces derniers regretteront quelque part à juste titre que le système de combat ait été un peu simplifié.

L’univers de Pillars of Eternity exerce toujours un certain charme.

Deadfire hérite d’une myriade de défauts de son ainé : du pathfinding douteux à une IA pas franchement exceptionnelle, en passant par quelques gros soucis de lisibilité sur un téléviseur. Il conserve également ses plus grandes qualités : sa qualité d’écriture, sa durée de vie phénoménale (on parle facilement de plus de 100h de jeu pour en voir le bout), son univers, la diversité de ses décors, sa fidélité au genre et ses graphisms en 3D isométriques “so vintage”, plutôt jolis à défaut d’être transcendants.

C’est un fait, la recette fonctionne plutôt bien, même si ce Deadfire s’adresse par nature à une audience de joueurs passionnés par les jeux de rôle, et pas au grand public. A choisir, on optera pour la version PC. Ce portage sur consoles reste toutefois une option envisageable si vous n’avez pas de machine pour jouer.

Conclusion

Aussi riche que son ainé, Pillars of Eternity II : Deadfire prend toutefois une direction sensiblement différente en nous emmenant à la découverte d’environnements luxuriants, qui contrastent avec les décors ternes et sombres du premier volet. Les développeurs n’ont pas hésité à prendre des risques en changeant la recette du premier volet. Le jeu offre plus de liberté, puisqu’il n’est plus découpé en actes, mais la nouvelle orientation ne plaira pas forcément à tous les publics puisque le jeu introduit quelques nouveaux mécanismes avec la gestion d’équipage et de navire et les combats maritimes. Pour le reste, on retrouve les mêmes mécanismes de jeu que dans le premier volet avec beaucoup de dialogues, des choix narratifs, des combats qui forceront le joueur à mettre régulièrement en pause le jeu pour attribuer des ordres à son équipage et une 3D isométrique superbe. S’adressant très clairement à un public de passionnés, Deadfire est donc une jolie réussite, sans être un très grand jeu, qui ose faire preuve d’audace mais souffre toujours des mêmes défauts que son ainé et ne parvient pas à imposer ses nouvelles idées. Les combats y sont toujours aussi brouillons et l’interface lourdaude. Si l’on accepte ses défauts, on découvre toutefois un jeu d’une richesse surprenante, capable de nous tenir scotché au pad pour une bonne centaine d’heures… 

Pillars of Eternity 2 Deadfire

7.3

Gameplay

6.0/10

Contenu

9.0/10

Graphismes

7.0/10

Bande son

7.0/10

Finition

7.5/10

Les + :

  • Un gameplay solide
  • Une progression libre
  • Une très belle qualité d'écriture
  • Des décors plus variés, un univers alléchant
  • Une durée de vie phénoménale

Les - :

  • Les combats, pas très excitants, et très brouillons
  • La gestion de l'équipage & les joutes navales
  • Des menus peu ergonomiques
  • La mise en scène d'un autre âge