Sega sort enfin Judgment en Europe, un an après sa sortie au Japon. Le studio laisse de côté la mafia japonaise pour sortir un spin-off de Yakuza davantage centré sur le système judiciaire nippon. Une réorientation qui touche tout de même à l’univers de la criminalité, mais est-ce que ce titre plus « juste » est à la hauteur de la saga tant appréciée de la mafia japonaise ? Place au jugement.

Initiée en 2005 avec Yakuza, la série éponyme connait un franc succès au Japon et s’exporte rapidement à l’étranger. Avec ces 6 épisodes, 5 spin-off et 2 remake, les Yakuzas plongent les joueurs dans l’univers très particulier et fantasmé de la mafia japonaise. En 2018, Ryu Ga Gotoku annonce la sortie de Project Judge au Japon, un nouveau spin off des Yakuza qui prendra le contrepied de la licence si populaire pour se ranger du côté de la loi. Une quête de rédemption qui flirte tout de même avec la loi, dans un univers beaucoup plus sombre.

Un spin off très influencé

On incarne Takayuki Yagami, jeune avocat qui a réussi l’exploit de libérer son client, poursuivi pour meurtre. Mais la vie du jeune homme bascule lorsque ce même client est à nouveau accusé d’un meurtre, celui de sa petite amie. Les preuves à son encontre sont lourdes et l’avocat est désormais connu comme celui qui libère les criminels. Se sentant coupable et sous la pression, Yakauyki Yagami quitte la profession d’avocat pour se lancer dans une carrière de détective privé.

Trois ans après sa descente aux enfers, le détective privé enquête sur plusieurs affaires d’assassinats et de complots d’envergure nationale. Une quête qui le mènera à se rapprocher de certains malfrats qu’il a connus lorsqu’il était plus jeune.

Le scénario de Judgment flirte beaucoup avec les codes du roman policier, enclin à lorgner du côté des récits complotistes avec son lot de révélations surprenantes. Encore une fois, la création du studio Ryu Ga Gotoku offre une histoire à la fois riche et profonde, au cœur de l’univers tant fantasmé de la mafia japonaise.

Bien que le titre tente de prendre le contrepied des Yakuza et qu’il arrive à nous transporter, on reste dans un matériau assez commun de la série des Yakuza. Un aspect qu’on aura du mal à critiquer tant le scénario tient la route, d’autant plus que le titre est présenté comme un spin-off. On retrouve d’ailleurs pas mal de points communs avec le clan Tojo et le Dragon de Dojima. Pour un bien ou pour un mal, à chacun de décider.

Arts martiaux efficaces

On retrouve de nombreuses similitudes des Yakuza – Judgment a tout simplement été développé par la même équipe –, notamment au niveau des combats. Moins centraux que dans le matériau d’origine, les affrontements se révèlent tout de même complexes et agréables. Les joueurs qui ont déjà pris les commandes de Kazuma Kiryu – le personnage central dans les Yakuza – ressentiront forcément l’influence des techniques de combat des Yakuzas, avec l’impression d’être arrivé au sommet.

On retrouve évidemment tous les aspects de Yakuza, notamment la maîtrise des arts martiaux, les attaques combos, la jauge d’EX et autres actions contextuelles qui permettent d’utiliser des objets dans la rue pour anéantir ses adversaires. Mais notre ex-avocat maîtrise également les attaques mortelles et blessures efficaces.

Les techniques de combat du détective s’adaptent également à la situation, grâce à deux modes. Le premier, le mode Tigre, est plutôt destiné au corps à corps contre un seul ennemi, alors que le second, le mode Grue, est plus utile contre un groupe d’adversaires.

Certains éléments RPG sont de nouveau de la partie, notamment via des points d’aptitude à débloquer permettant ainsi d’assimiler de nouvelles attaques et d’améliorer les statistiques du personnage.

Mais Judgment, par son orientation de recherche de rédemption et de justicier, met également l’accent sur l’enquête et l’infiltration. Cela se traduit notamment par passer inaperçu dans une foule, se déguiser pour infiltrer des lieux interdits, voire à crocheter des serrures – non, on ne parle pas d’un Assassin’s Creed.

La filature repose beaucoup sur l’utilisation des nouvelles technologies pour suivre à la trace les suspects, témoins et criminels. Si les joueurs avaient l’habitude d’utiliser un smartphone – pour prendre des photos, gérer l’inventaire, sauvegarder et autres – dans les autres Yakuzas, ici, il est surtout question d’un drone. Pièce maîtresse pour espionner une cible à distance.

Au-delà des outils, les enquêtes exigeront également une observation minutieuse des lieux et des personnages afin d’en extraire des indices ou d’identifier des suspects. C’est surtout là que Judgment prend de la distance avec les Yakuzas et se rapproche plus d’un L.A Noire.

Un aspect qui colle parfaitement à l’orientation bienfaitrice de Judgment, mais qui peut parfois se montrer un peu trop pédagogue. Le joueur peut se sentir un peu trop tiré par la main lorsqu’il doit enquêter.

Au cours de son enquête, le détective Takayuki Yagami sera amené à poursuivre des témoins et autres criminels. Le joueur devra faire preuve de réactivité pour éviter les obstacles dans la course via des phases QTE – appuyer sur les boutons qui apparaissent à l’écran.

Évidemment, le joueur pourra progresser dans le monde ouvert qui se présente à lui et, comme dans les Yakuza, s’adonner à de nombreux mini-jeux. Le karaoké et les bars à hôtesses ont toutefois été supprimés.

Bienvenue dans le L.A Noire japonisé

Le sentiment d’être arrivé au paroxysme d’une série se fait également ressentir au niveau visuel du jeu. Judgment est incroyablement beau. À l’image des Yakuzas, on plonge dans une reconstitution fidèle d’un quartier de Tokyo, le fictif Karumocho, inspiré du réel quartier de Shinjuku. Malgré les milliers de spots publicitaires, les rues de Karumocho à la sauce Judgment se révèlent plus sombres, entraînant une ambiance tout aussi noire.

De nouveau dans ce titre, on ressent largement l’inspiration pour le cinéma de la part des développeurs de Ryu Ga Gotoku. Les plans des cinématiques sont incroyablement beaux et sombres, laissant transpirer l’inspiration des films de gangsters.

Du côté des personnages, rien n’est à redire. Les visages des protagonistes sont impeccables, ils sont très réalistes et réagissent aux différentes expressions, aidés par le Dragon Engine. Le personnage principal, Takayuki Yagami, se montre beaucoup plus expressif – et humain dans ses gestes – que Kazuma Kiryu. Les développeurs ont également porté un soin particulier aux visages des personnages secondaires, même si un peu moins beaux que pour les protagonistes principaux.

Ryu Ga Gotoku Studio et Sega semblent avoir entendu les paroles des joueurs francophones puisque Judgment débarque entièrement sous-titré en français. Bien que les voix soient uniquement disponibles en japonais ou en anglais, c’est tout de même une bonne nouvelle pour les allergiques de la langue de Shakespeare et non initiés au japonais.

On notera tout de même parfois un léger décalage entre l’affichage des sous-titres et l’action à l’image. Le joueur se fera donc spoiler une scène avant de voir le personnage exprimer l’une ou l’autre émotion.

Conclusion

Dans sa quête de séduction de l’Occident, le studio japonais Ryu Ga Gotoku livre enfin le nouveau spin-off de sa série populaire Yakuza. Un an après la sortie de Judgment au Japon, les joueurs européens peuvent enfin découvrir la version justicière de Kazuma Kiryu et de la série des Yakuza. Un exercice de style parfaitement réalisé par le studio japonais qui reprend à la perfection l’ADN des Yakuza en développant un scénario propre et passionnant. Malgré l’influence marquée des jeux de mafia japonaise, Judgment arrive à se faire sa place. Les joueurs ne pourront être que charmés par cette reproduction si fidèle de Tokyo, dans une version plus sombre à l’image du scénario dépeint dans Judgment. Une totale réussite.

Judgment

8.1

Gameplay

8.5/10

Contenu

8.5/10

Graphismes

8.0/10

Bande son

7.5/10

Finition

8.0/10

Les + :

  • Intégration de phases d’investigation et de filature
  • Des combats toujours aussi plaisants
  • Une enquête passionnante sur fond de complot
  • La mise en scène et l’atmosphère digne du 7e art
  • Entièrement sous-titré en français

Les - :

  • Quelques légers décalages sous-titres/images
  • L’enquête perd parfois de son rythme soutenu