Bien décidé à nous faire oublier le “fiasco” de Mass Effect Andromeda, BioWare revient aujourd’hui sous le feu des projecteurs avec une nouvelle franchise, quittant sa zone de confort pour s’essayer au shooter coopératif. Un pari audacieux, qui donne malheureusement lieu à un résultat mitigé…

Habitué aux éloges, le studio américain BioWare avait fait face à un véritable déluge de critiques à la sortie du dernier Mass Effect : Andromeda, qui ne remplissait pas toutes ses promesses. Dragon Age : Inquisition avait lui aussi reçu un accueil mitigé des critiques. Sur la corde raide, le studio avait décidé de prendre un cap différent pour son prochain projet en créant une nouvelle IP. Un pari audacieux qui l’a poussé à choisir un genre avec lequel le studio n’est pas forcément très familiarisé…

Spécialiste de l’action-RPG, BioWare a choisi de surfer sur l’une des grosses tendances du moment en livrant un shooter coopératif se jouant exclusivement en ligne, qui se veut un peu complémentaire aux battle royale de par sa direction. Un pari audacieux pour un studio qui était jusqu’ici principalement connu pour ses titres à l’aspect narratif très travaillé.

Assez paradoxalement, si l’univers d’Anthem se révèle d’une richesse impressionnante, la narration n’est pas son fort. Le joueur est plongé dès les premières minutes de jeu dans un univers SF à mi-chemin entre Avatar et Attack on Titan, dont les concours sont très mal définis. Dans la peau d’un “freelancer” – un guerrier utilisant une amure de pointe, capable de se faufiler dans les airs à l’aide de son jet-pack -, le joueur devrait sillonner les cieux d’un monde dans lequel la nature a repris le contrôle sur l’humanité. Les êtres humains se sont réunis dans de gigantesques cités aux remparts escarpés, protégées par les freelancers, qui doivent repousser les assauts de monstruosités tout droit sorties d’une dimension parallèle.

Inutile de s’étendre sur le sujet : le scénario d’Anthem reste globalement très simple et si son univers est très séduisant, il n’en reste pas moins sous-exploité. Les personnages centraux n’ont aucune personnalité, les enjeux de l’univers sont très mal introduits et les quelques séquences d’exploration dans les environnements habités sont une catastrophe. S’il y a bien quelques dialogues à entretenir, on ne retrouve pas du tout la richesse des productions BioWare. Assez paradoxalement, dès que l’on quitte Tarsis, le charme opère. L’univers post-apo-tropical d’Anthem est d’une richesse impressionnante. La direction artistique est grandiose et on en vient à se demander pourquoi BioWare n’a pas davantage exploité cet aspect. Anthem aurait pu proposer un véritable mode solo, d’une richesse comparable à celle d’un Mass Effect. Etrangement, le studio a préféré se concentrer sur un shooter coop qui manque cruellement de substance. Trop souvent, le joueur aura ainsi l’impression d’explorer un univers grandiose dont il ne connaît rien, et auquel il aura finalement du mal à s’attacher.

Si les rencontres sont nombreuses dans l’univers d’Anthem, le monde imaginé par BioWare semble étrangement aseptisé et manque même cruellement de vie. Il suffit de faire un tour dans la ville de Tarsis – en passant au passage d’une vue à la troisième personne à une vue à la première personne (?) – pour s’en rendre compte. Les décors sont superbes, les citoyens se promènent de façon naturelle dans les ruelles, mais la liberté du joueur est limitée à quelques ruelles et le tout manque cruellement de naturel. L’humanité des personnages ne transparaît jamais, et c’est là que le bas blesse.

Titre multijoueur oblige, Anthem n’est pas jouable hors-ligne. N’espérez donc pas vous lancer dans l’aventure en solo puisque le titre ne se lancera tout simplement pas si vous êtes déconnecté du réseau. BioWare tenait à se raccrocher à la dernière tendance du moment – le “jeu comme service”. Une approche économiquement intéressante, mais qui laissera déjà sur le carreau pas mal de joueurs.

Après une brève introduction, le joueur se retrouvera aux commandes de son freelancer pour un court tutoriel durant lequel il aura le temps de se familiariser avec les commandes du jeu. S’il reste très accessible, le titre n’en est pas moins exigeant. Car en plus de se mouvoir au sol, le joueur peut également se déplacer dans les airs à l’aide de son jet-pack. La richesse du gameplay repose en grande partie sur le dynamisme de ses affrontements, les capacités spéciales des personnages et la coopération entre les joueurs.

Le titre de BioWare prend place dans un vaste monde ouvert, qui a comme point de départ la cité de Tarsis. Le joueur partira en “mission” accompagné de trois autres joueurs, qui lui viendront en aide durant les parties. La coopération est ici la clé puisqu’il faudra secourir un allié au sol pour régénérer sa santé, faire diversion ou profiter de l’inattention d’un ennemi pour l’attaquer dans le dos. Le petit plus par rapport aux autres titres coopératifs? Le jeu propose différentes classes qui permettent aux joueurs d’exploiter différentes approches du terrain de jeu. Certains joueurs pourront ainsi privilégier la voltige, l’attaque à distance ou le contact.

Comme dans un battle royale, il est possible de personnaliser son apparence via différents skins. Les comparaisons avec un Fortnite ou un Apex Legends ne s’arrêtent pas là puisque le jet-pack rappelle les séquences de chute libre en début de partie et le loot fait également partie intégrante de l’expérience. Chaque ennemi abattu résultera en effet sur une charge frénétique pour la récupération d’items divers.

La grande force d’Anthem, c’est son gameplay, délicieusement nerveux, d’une précision impressionnante, et d’une grande richesse. C’est un véritable délice de s’envoler devant un ennemi titanesque, que l’on canardera depuis les airs pendant que nos camarades passent dans son dos pour lui asséner un coup fatal. Le gameplay est non seulement intuitif, mais donne également une profonde sensation de puissance à l’état brut. Le titre est également beaucoup plus riche qu’il n’y paraît – grâce, encore une fois, à l’usage du jet-pack, mais également aux différents pouvoirs des personnages et à leur complémentarité.

Cet énorme potentiel est malheureusement gâché par la gestion désastreuse de la difficulté et la répétitivité des missions. C’est bien simple, l’aventure d’Anthem pourrait très bien être parcourue en solitaire tant les ennemis se font dézinguer facilement. Pour un titre coop, inutile de préciser qu’Anthem fait grise mine. Sa difficulté trop faible le destinerait presqu’uniquement aux débutants.

Pour le reste, on regrette amèrement le manque de créativité du studio, qui a sans doute préféré ne prendre aucun risque en conservant une structure de mission classique, qui impose une certaine répétitivité. Après une dizaine de parties, vous aurez déjà fait plus ou moins le tour de ce que le titre a à proposer. Alors certes, les futures mises à jour du jeu corrigeront peut-être en partie ce défaut, mais en l’état actuel des choses, la plupart des joueurs devraient abandonner l’aventure en cours de route. On notera tout de même que pour les plus courageux, une petite vingtaine d’heures de jeu seront suffisantes pour voir le bout du scénario.

Autre défaut de taille du jeu : son rythme. On passe de séquences musclées à de longs temps morts, avec des passages obligés dans Tarsis qu’on aurait préférer zapper et de longs temps de chargement qui viennent littéralement crever le rythme.

La liste ne s’arrête malheureusement pas là… On citera brièvement l’IA désastreuse des ennemis, incapables de faire preuve d’une once de bon sens, de gros plantages – même si la première mise à jour du système a corrigé la majorité des problèmes techniques-, un arbre de compétences trop limité, un système de loot pas très généreux et des performances au rabais sur consoles (sauf sur Xbox One X, sur laquelle le jeu tourne en 4K dans des conditions vraiment optimales).

Visuellement le jeu n’en reste pas moins superbe, avec ses décors grandioses, sa direction artistique inspirée et ses effets visuels qui nous en mettent plein les yeux. Sur consoles, BioWare a choisi de favoriser les détails aux dépens de la fluidité. Le titre n’en reste pas moins une très jolie démonstration technique de la part du studio.

Même topo pour ce qui est de la bande sonore, avec ses doublages de qualité et ses morceaux épiques qui rythment parfaitement l’action. On sent qu’un énorme travail a été réalisé de ce côté, et le résultat est à la hauteur des attentes.

Conclusion

Avec son moteur graphique impressionnant, son gameplay nerveux et son univers très séduisant, Anthem avait tout pour séduire. BioWare semble toutefois s’être emmêlé les pinceaux dans la dernière ligne droite et accouche d’un titre qui aurait mérité d’être partiellement repensé. Si les affrontements sont le point fort du jeu, Anthem souffre d’un rythme mollasson et a tendance à beaucoup trop vite montrer tout ce qu’il a à proposer. Le titre est terriblement répétitif et commet de surcroît l’erreur de se concentrer quasiment exclusivement sur son gameplay. Le monde gigantesque d’Anthem aurait mérité mieux, tant au niveau de la narration que de la progression. Visuellement superbe, le titre de BioWare est l’exemple type du blockbuster mal-fignolé, qui aurait mérité un retour en studio avant sa naissance. S’il n’en reste pas moins agréable à parcourir entre amis, Anthem n’est malheureusement pas la claque que tout le monde attendait.

Anthem

7.2

Gameplay

7.0/10

Contenu

6.0/10

Graphismes

9.0/10

Bande son

8.5/10

Finition

5.5/10

Les + :

  • Une bande sonore magistrale
  • Un gameplay nerveux
  • Une réalisation graphique impressionnante
  • Le jetpack, un véritable bonheur

Les - :

  • Un univers vaste, mais qui manque de vie...
  • Des missions très répétitives
  • De gros soucis de serveurs
  • Jouable uniquement en ligne