Attendu au tournant, le “remake” de Pokémon Jaune prend quelques libertés vis-à-vis du matériau d’origine, que les fans de la franchise risquent de ne guère apprécier. Explications.

Second jeu Pokémon à voir le jour sur Switch, “Let’s go” était annoncé comme un épisode transitif, avant la sortie, courant 2019, d’un projet ambitieux de jeu Pokémon sur la console de Nintendo.

Produit en l’espace de quelques mois seulement, le jeu de The Pokémon Company n’avait jamais l’ambition de devenir un titre à gros budget. Pour Nintendo, il s’agissait avant tout de rebondir sur le succès de Pokémon Go, le plus rapidement possible – et si possible, en créant un pont entre les deux jeux.

The Pokémon Company a eu dès lors l’excellente idée de penser ce nouveau jeu comme un reboot pour la franchise, qui lui permettrait de réintroduire les joueurs qui ont découvert l’univers de Pokémon avec Pokémon Go à l’univers du jeu.

Dès lors, pourquoi ne pas proposer un remake du tout premier Pokémon, sorti à l’époque sur Gameboy? Ou tout du moins, de sa refonte, baptisée Pokémon Jaune. L’idée a rapidement fait des émules, et pour cause puisque la sortie d’un remake du premier jeu Pokémon aurait forcément attiré la curiosité de ceux qui y avaient joué à l’époque.

Jouant avec la fièvre nostalgique des joueurs, Nintendo ne s’est toutefois pas contenté de remettre au goût du jour le jeu original. Pokémon Let’s Go n’est à ce titre pas un véritable remake puisque la plupart des mécanismes de jeu ont été revus et quelques nouveautés majeures introduites. La sauce aurait pu très bien prendre… Si Nintendo avait pris la peine d’écouter les gamers.

Car, et c’est bien là le plus gros défaut de Pokémon Let’s Go, le jeu prend de beaucoup trop grandes libertés par rapport à ses origines.

Dans le fond pourtant, le concept n’a pas changé d’un iota. Le titre vous propose d’incarner un jeune dresseur de Pokémon qui tentera de capturer toutes les espèces de Pokémon et de collecter 8 badges en affrontant d’autres dresseurs de la ligue Pokémon. L’aventure débute, comme dans l’épisode originel, dans la maison du jeune dresseur, qui devra partir à la rencontre du professeur pour recevoir un Pokédex et attraper son premier pokémon – Pikachu ou Evoli, selon la version du jeu choisie.

Les premières minutes permettent de se familiariser avec l’univers de Pokémon. Comme son ancêtre, Pokémon Let’s Go lorgne du côté du JRPG, avec ses séquences d’exploration entrecoupées d’affrontements et de captures de Pokémon. Les mécanismes du jeu ont toutefois changé. Dans Pokémon Let’s Go, le joueur ne devra pas affronter les Pokémons pour les capturer mais simplement leur lancer une pokéball. Le gameplay de ces séquences de jeu est calqué sur celui de Pokémon Go. Le joueur devra ainsi faire preuve de dextérité en envoyant sa Pokéball au bon moment, et en usant et abusant de baies pour attirer la créature. Une idée qui n’est en soi pas mauvaise, même si elle induit une certaine répétitivité de l’action… Dès le seuil des cent Pokémons franchis, on aura forcément tendance à être plus sélectif dans les Pokémons à capturer…

Les affrontements sont toutefois toujours bien au programme, même si désormais limités aux nombreux dresseurs Pokémon qui peuplent l’île. Si, dans l’esprit, le principe n’a pas changé, avec des combats au tour par tour entrecoupés par de jolies animations, la difficulté a été rabaissée de plusieurs niveaux et il sera très difficile de perdre un combat… Notamment de par la disparition des objets à attacher au Pokémon et des compétences passives de nos créatures, également aux abonnés absents. Parcourir Pokémon Let’s Go est une véritable promenade de santé, tant le niveau de difficulté est faible. Il faudra pourtant se coltiner tous ces combats sans intérêt avant d’aller affronter la ligue Pokémon…

L’introduction d’un mode coop, qui permet à un second joueur de rejoindre un combat à tout moment, était en soi une bonne idée. Malheureusement, l’ajout d’un joueur fera largement pencher la balance en votre faveur, l’I.A. ne suivant absolument pas le mouvement.

Si le jeu est toujours aussi agréable à parcourir qu’à l’époque, on regrette au final que Nintendo l’ait entièrement repensé pour un public plus jeune. N’ayons pas peur de le dire, Pokémon Let’s Go n’a plus grand chose d’un RPG. Il s’agit davantage d’une application compagnon pour les joueurs de Pokémon Go ou d’une introduction à l’univers Pokémon pour les plus jeunes.

Au niveau des interactions avec Pokémon Go, notons que l’interactivité entre les deux jeux demeure assez limitée, puisqu’il sera uniquement possible de récupérer ses Pokémons de la version mobile en faisant un transfert au Go Park, avant d’aller recapturer ses créatures dans le jeu. Pratique, pour se constituer rapidement une bonne équipe de Pokémons.

L’ennui, et on y revient toujours, c’est que la difficulté du jeu est tellement basse qu’il ne faut pas forcément faire preuve d’une grande dextérité ni mettre en place de stratégie pour terrasser les équipes adverses. Le farming occupe toujours une part importante du gameplay, et là où le principe fonctionnait parfaitement il y a 20 ans, les standards actuels du jeu vidéo donnent à ce Pokémon Let’s go un gros coup de vieux…

En définitive, difficile de conseiller un jeu qui propose certes de revivre l’aventure de Pokémon Jaune sur Switch, avec des graphismes remis au goût du jour, et des éléments de gameplay empruntés à Pokémon Go, aux joueurs qui avaient parcouru le titre à l’époque. Pokémon Let’s Go a en effet été pensé avant tout pour les plus jeunes. Et c’est là tout le problème. Car si le Pokémon est aujourd’hui beaucoup plus accessible pour les plus jeunes, il perd en profondeur. Plus dirigiste, le jeu prend le joueur par la main du début à la fin de l’aventure. Pratique, pour permettre aux plus petits de s’amuser sans devoir être forcément assister par ses parents… Cette approche ne destine toutefois le jeu qu’à un public très jeune. Il aurait été de bon ton de proposer une option qui désactive certaines aides et relève de plusieurs crans le niveau de difficulté…

Côté réalisation, rien de très exceptionnel. Certes, il est agréable de pouvoir redécouvrir l’univers du jeu en 3D, ses environnements colorés et ses petites créatures adorables, modélisées avec soin en 3D. Toutefois, on aurait apprécié une direction artistique plus inspirée. Avec ses avatars en 3D, qu’on croirait tout droit sortis de Miitomo, Pokémon Let’s Go n’a guère fière allure. Les modélisations de Pokémons restent basiques et le jeu ne tire clairement pas parti du potentiel de la console.

Pour ce qui est de la bande sonore : les musiques du jeu résonnent plutôt bien. En revanche, aucun doublage n’est au programme. On aurait pourtant pu espérer qu’un rafraîchissement du jeu amène des doublages en anglais ou en français, mais il n’en est rien. Il faudra se contenter de quelques bulles apparaissant à l’écran. Un choix qui trahit un réel manque d’ambition de la part du studio.

Conclusion

A défaut d’être un bon remake de Pokémon Jaune, Pokémon Let’s Go aura au moins le mérite de s’imposer comme une jolie introduction à l’univers de Pokémon pour les plus jeunes. Avec son gameplay ultra-simplifié, ses graphismes colorés et son concept simpliste, Pokémon Let’s Go s’impose comme un très bon divertissement pour les plus petits. Les fans de Pokémon risquent en revanche d’être sérieusement déçus par un jeu qui semble avoir perdu toute sa richesse et toute sa complexité. Malgré quelques bonnes idées, ce “remake” de Pokémon Jaune est loin d’être à la hauteur, tant dans le fond que dans la forme. Inutile donc de le préciser : mieux vaut l’essayer avant de l’adopter, pour éviter une cruelle déception!

Pokémon Let's Go Pikachu / Evoli

5.5

Gameplay

4.5/10

Contenu

6.0/10

Graphismes

5.5/10

Bande son

5.5/10

Finition

6.0/10

Les + :

  • Les Pokémons en 3D, si mignons
  • Une prise en main efficace et accessible
  • La capture des Pokémons
  • L'interactivité avec Pokémon Go

Les - :

  • Un gameplay ultra-simplifié
  • Le farming, nécessaire
  • Une réalisation qui ne fait pas honneur au support
  • Une direction artistique abominable
  • Pas de doublages