Frostpunk est un jeu de survie en société mélangé à un city-builder. Il emmène le joueur dans une lutte constante contre le blizzard et vous imposera des choix qui feront de vous l’opposé d’un leader bienveillant.

La première chose qui saute aux yeux en laissant une partie de Frostpunk, c’est son ambiance glacée post-apocalyptique particulièrement stressante. Vous êtes à la tête d’un groupe de survivants que vous allez devoir protéger contre un environnement redoutable. Nous sommes vers la fin du 19e siècle, une ère glaciaire s’est emparée de la terre, et le monde tel que l’ont connu les survivants a disparu à jamais. Les règles ont changé, il n’est plus question de prospérer, mais de survivre. Le jeu des Polonais de 11 Bit Studios, à qui l’on doit l’excellent « This War Of Mine », ont de nouveau choisi une approche humaniste pour leur jeu de survie.

Un monde qui ne fait pas de cadeaux

On l’aura compris, l’environnement est le premier opposant à votre groupe de survivant. Le froid menace vos ouvriers les plus faibles dès le début de la partie, et la température ne fera que baisser tout le long. Une petite centaine de rescapés ont trouvé refuge dans une cuvette glacée où quelques matières premières sont éparpillées autour d’un immense générateur de chaleur.

Votre colonie, New London, devra donc premièrement faire fonctionner ce générateur qui représentera le cœur de la colonie, puisqu’elle procurera la chaleur nécessaire aux diverses habitations de vos citoyens. Une fois que vos ouvriers, ingénieurs et enfants auront un toit, il faudra commencer à développer des améliorations et à envoyer des expéditions pour aller collecter les ressources disséminées sur la carte. Mais attention, si vous envoyez des hommes en expédition, il vous en restera moins pour faire fonctionner votre colonie.

Votre colonie de départ.

Des décisions moralement difficiles

C’est le deuxième point fort du jeu : pour éviter que toute votre colonie ne meure, il faudra prendre des choix drastiques. Vous aurez accès à un livre de lois, où divers embranchements vous conduiront à basculer vers des décisions lourdes en conséquence pour votre communauté.

Une fois ces décisions prises, qui sont souvent radicales, votre peuple perdra de l’espoir et gagnera en mécontentement, ou inversement. Oubliez les jeux de gestion où vous incarné un leader plein de bonnes intentions, il vous faudra parfois sacrifier une poignée de citoyen pour voir votre colonie persister.

Un des embranchements du livre des lois.

Le manque de main-d’œuvre nécessite de faire travailler les enfants ? Qu’on les emmène à la mine. La famine pointe le bout de son nez ? Qu’on ajoute de la sciure dans la soupe pour remplir les ventres. Plus de place dans le cimetière ? Qu’on jette les nombreux cadavres dans des trous. Etc.

Un humanisme tout relatif

L’idée de mettre le joueur face à des choix difficiles est excellente, et vous vous sentirez parfois vraiment désolé d’appliquer certaines lois qui rappelleront les pires heures de l’histoire. Toutefois, après les premières parties, on se rend vite compte que ces lois sont indispensables si on veut éviter l’écran “game over”, ces décisions deviennent dès lors très vite naturelles ou tout du moins systématiques, et n’atteignent donc plus le joueur : il s’agit simplement de logique pure.

Un city-builder avant tout

Hormis le livre des lois et ses choix souvent cornéliens, le jeu emprunte beaucoup aux jeux de gestion classiques comme la collecte des ressources, la gestion de la population, la construction de routes et de bâtiments stratégiquement placés dans l’espace limité dont vous disposez.

Les statistiques sont très importantes et jamais inutiles, il faut constamment avoir un œil sur celles-ci, ce qui implique également une analyse clinique et froide de la situation, ce qui, encore une fois, incitera le joueur à se détacher du sort de ses citoyens. Concrètement, il faudra constamment maintenir un équilibre entre chaleur, nourriture et ressources.

Trois scénarios linéaires

Le jeu du studio polonais n’est pas un bac à sable, votre première partie suivra un scénario prédéfini et où les évènements ne seront pas aléatoires. Certaines surprises peuvent toutefois venir pimenter une partie, mais le joueur retiendra vite le déroulement des évènements du scénario et anticipera donc la gestion de sa colonie en fonction de ceux-ci.

Les deux autres scénarios, accessibles seulement après avoir atteint le 20e jour de la campagne de base, ne manquent pas d’intérêts, et forcent le joueur à repenser totalement sa vision du jeu. La durée de vie du titre reste relativement courte, une petite dizaine d’heures suffiront à faire le tour du jeu, une quinzaine pour ceux qui prennent leur temps.

Les phases d’exploration offrent quelques évènements aléatoires.

La difficulté est très présente, surtout au début, le jeu ne faisant pas de cadeau, mais on apprend très vite à prendre les bonnes décisions au moment opportun après quelques parties seulement. Plusieurs niveaux de difficulté sont proposés.

Des graphismes somptueux et un style sombre

Ceux qui aiment les univers steampunk seront servis, l’uchronie proposée par 11 Bit Studios fait la part belle aux machines à vapeur et aux métaux nobles. La direction artistique est impeccable et l’environnement glacial est vraiment bien représenté : on se sent vraiment mal pour notre groupe de survivants.

La ville prendra forme en cercle autour du générateur de chaleur, ce qui lui donne une apparence particulièrement réussie que le joueur prendra plaisir à voir grandir. Les bâtiments, s’il est parfois difficile de les différencier entre eux, sont admirablement bien modélisés et respirent la survie, la crasse et la fumée. La musique d’ambiance et les effets sonores sont également de très bonne facture.

Les + :

  • L’ambiance stressante liée au blizzard
  • Une réalisation graphique maitrisée
  • Une mécanique de gestion précise liée aux statistiques
  • Une difficulté bien gérée
  • Les dilemmes moraux imposés au joueur …

Les – :

  • … mais qui perdent de leur efficacité au fil des parties
  • Une durée de vie un peu faiblarde

Conclusion

11 Bit Studios a réussi à transposer l’ambiance traumatisante de This War Of Mine à l’échelle d’une ville. La réalisation est impeccable, les graphismes sont splendides et la direction artistique est originale. Les choix moraux qui incombent au joueur renforcent étonnamment bien cette ambiance de survie post-apocalyptique. Seule véritable ombre au tableau : le joueur retiendra automatiquement une poignée de lois après avoir joué plusieurs parties, limitant ainsi la rejouabilité du jeu.

17/20