Les autorités l’avaient annoncé l’année passée, les 110.000 luminaires qui jalonnent la cité-État d’Asie du Sud-Est seront interconnectés pour former un réseau de capteurs vidéos.

Crédit Photo : AFP
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Le programme s’appelle Smart Nation Sensor Platform (SNSP), et fait partie d’un ambitieux projet de modernisation mené par la Government Technology Agency of Singapore (GovTech). Les deux autres programmes menés par GovTech étant un nouveau système d’identité numérique et un système de payements électroniques officiel.

Selon la feuille de route de GovTech, le SNSP a trois objectifs :
1. « Fournir un système de communication pour faciliter le recensement intelligent des zones résidentielles afin d’améliorer la productivité et de fournir des informations sur la consommation des ménages. »
2. « Aider les agences gouvernementales à mieux disposer les équipements des services publics et à mieux planifier ceux-ci grâce à la plateforme d’analyse vidéo. Une meilleure organisation des transports publics par exemple. »
3. « Permettre la création d’applications innovantes. Par exemple, les conducteurs pourront être avertis de l’arrivée d’une ambulance à l’avance et faire de la place pour celle-ci. »

Toujours selon le gouvernement singapourien, le système SNSP sera à la disposition de plusieurs agences du gouvernement qui auront la liberté de mettre en commun leurs informations et de développer de nouvelles applications. Les capteurs vidéos déployés dans les 110.000 lampes de l’île (chacune séparée de 20 à 40 mètres) pourront donc fournir des informations aux différents départements.

Le programme de Smart Nation inquiète les défenseurs du droit à la vie privée puisqu’on a appris récemment que le gouvernement compte coupler les caméras à un système de reconnaissance facial. « La reconnaissance faciale pourra être utilisée pour analyser la foule, et fournir un suivi dans le cadre d’actes terroristes », déclare le porte-parole de Smart Nation.

Selon Adam Schwartz, avocat à la Electronic Frontier Foundation, ce type de contrôle pourrait très vite dégénérer. Il prend exemple sur d’autres pays engagés dans une surveillance accrue : cette technologie pourrait être utilisée contre des opposants politiques, des manifestants pacifiques, des journalistes ou encore des activistes.

La technologie de reconnaissance faciale permet à la police de faire des rapprochements entre les personnes repérées par les caméras de surveillance et les banques de photos. Des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni ont déjà compilé d’énormes banques de données qui ne sont pas toujours faciles à justifier : l’année passée, une enquête parlementaire américaine a interrogé le FBI sur l’utilisation de cette technologie, il s’est avéré que sur les 30 millions de personnes présentes dans la banque de données, 80% n’avaient commis aucune infraction.