Le collectif de hackers a lancé son opération de vengeance en publiant les comptes Twitter de djihadistes. Une opération qui n’est pas sans risque.

© AFP
© AFP

“Anonymous ne laissera jamais ce droit bafoué par l’obscurantisme et le mysticisme. Nous combattrons toujours et partout les ennemis de la liberté d’expression (…) La liberté d’expression et d’opinion est une chose non négociable, s’attaquer à elle, c’est s’attaquer à la démocratie. Attendez-vous à une réaction massive et frontale de notre part car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement. Nous sommes légion. Nous n’oublierons pas. Nous ne pardonnerons pas. Redoutez-nous!” @OpCharlieHebdo.

En formulant cette promesse de vengeance, les auteurs, qui se prétendent appartenir au collectif Anonymous risquent-ils de mettre en péril le travail des enquêteurs sur l’attentat de Charlie Hebdo? C’est en tout cas ce qu’estime Olivier Laurelli (alias Bluetouff), blogueur expert en sécurité informatique très actif sur Twitter. Le message laissé par les membres d’Anonymous a en tout cas attisé la curiosité des internautes puisqu’il est depuis largement relayé sur les réseaux sociaux.

Dans l’optique où ces «vengeurs» masqués du web, qui ont fait des opérations de piratage leur marque de fabrique mettraient leurs menaces à exécution, à quel type d’attaques faut-il s’attendre?

Si le collectif ne dévoile pas clairement ses intentions, il semblerait que les comptes sur les réseaux sociaux des organisations islamistes et de leurs membres soient les cibles de l’opération.

Dans le courant de l’après-midi, ce vendredi, le groupe de hackers a par ailleurs publié sur le site Pastebin une liste de comptes Twitter qu’il considère comme djihadistes. Il va plus loin encore en invitant les internautes à les signaler auprès du réseau social et demande à Twitter de bloquer les comptes dénoncés.

Pirater les sites djihadistes: si l’intention peut sembler louable, elle n’est pas sans risque…

Pour Olivier Bogaert, commissaire de la Computeur Crime Unit de la police fédérale, une telle opération de piratage pourrait en effet s’avérer dommageable pour l’enquête. «L’appel à la vengeance d’Anonymous cadre avec l’idéologie du groupe qui milite pour un internet libre. Mais en s’en prenant aux sites qui diffusent des discours et des opinions, ils font eux-mêmes la démonstration que la liberté d’expression sur le net doit être limitée», analyse Olivier Bogaert qui précise que, pour l’heure, son équipe n’a pas été sollicitée dans le cadre de l’affaire «Charlie Hebdo».

«Par ailleurs, poursuit-il, en s’attaquant au serveur, les pirates d’Anonymous risquent de bloquer des données ou de faire disparaître les traces d’accès aux sites par les criminels. Traces qui pourraient être utilisées pour identifier d’autres terroristes».

LUDIVINE PONCIAU