La monnaie virtuelle, dont la valeur s’était envolée ces dernières semaines, a été victime d’un krach hier après-midi. Elle a perdu 50% de sa valeur et selon certains, la chute ne serait pas encore finie.

Photo: Flickr/zachcopley

266 dollars : c’est ce que valait un bitcoin encore mercredi matin, après que le cours ait été multiplié par huit en cinq semaines. Quelques heures plus tard, ce chiffre a été divisé par deux ! La devise électronique s’est stabilisée mais ne vaut maintenant « plus que » 125 dollars. Les raisons exactes de ce krach ne sont pas connues.

C’est quoi un bitcoin ?

Le bitcoin est une monnaie électronique, virtuelle et cryptée, fonctionnant sur base de peer-to-peer et d’échanges intégralement chiffrés, qui a été lancée en 2009 par un anonyme sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Elle est émise grâce à un puissant algorithme et n’est « possédée » par personne. Cette devise n’est contrôlée par aucune banque centrale et repose sur un stock fini de bitcoins, fixé à 21 millions, qui peuvent être utilisés comme moyen de payement direct ou être convertis vers des dollars ou des euros sur un marché comme MtGox.

Ce stock est “miné” progressivement par les internautes grâce à un logiciel pour introduire une quantité limitée de nouvelle monnaie et est, pour l’instant, à moitié écoulé. Il y aurait donc actuellement sur le marché 11 millions de bitcoins. Ceux-ci sont souvent comparés à l’or; tout comme celui-ci, ils ont de la valeur seulement parce que des gens en veulent, le stock est limité, ils ne peuvent être créés qu’en les “minant” et la difficulté de les “miner” grandit au fur et à mesure qu’ils le sont.

Des pièces physiques, liées à une adresse en ligne cryptée, ont aussi été introduites sur le marché.
Aux Etats-Unis, quelques établissement se sont mis à accepter les bitcoins, mais principalement dans un but publicitaire.

Que s’est-il passé ?

MtGox, la principale plateforme d’échange de bitcoins, a été fermée pour une durée de douze heures, cette nuit, pour mettre à jour ses infrastructures qui n’ont pas résisté à une demande trop élevée. Le site aurait de plus été victime de cyberattaques qui ont paralysé les serveurs. Objectif de ces cyberattaques : provoquer une panique pour racheter les bitcoins à un prix plus bas. Dans un message datant du 4 avril, MtGox explique : « Les attaquants attendent jusqu’à ce que le prix des bitcoins atteignent une certaine valeur, vendent, déstabilisent la bourse, attendent que tout le monde vende en paniquant, attendent que le prix chute jusqu’à un certain point, puis arrêtent l’attaque et achètent le plus possible. Répétez l’opération deux ou trois fois comme on l’a vu dans les derniers jours et ils engrangent les profits ». Ces attaques ne sont pas un phénomène nouveau, mais participent à l’instabilité de la monnaie électronique. Dans un communiqué publié aujourd’hui, la compagnie déclare cependant qu’il y a un grand accroissement des ouvertures de compte depuis hier, mais cette fois sans attaques.

Autre hypothèse émise pour expliquer cette chute : la spéculation, et donc la formation d’une bulle spéculative, qui serait également à la source du krach. Les personnes qui quittent le marché du bitcoin seraient plus nombreuses que celles qui y entrent, provoquant de cette manière une baisse de sa valeur. Mais Yannick Naud de la société d’investissement Glendevon King Asset Management, cité par le Monde, ne croit pas à une bulle : « On est dans une logique où il faut mettre un prix sur quelque chose de nouveau (…) Le bitcoin était dans l’enfance. Il entre dans l’adolescence avec son lot de crises. »

Instable, le bitcoin ?

Il est aussi nécessaire de préciser que cette monnaie a souvent joué au yo-yo : elle a connu plusieurs solides chutes de sa valeur ces deux dernières années. Déjà en 2011, elle était passée de quelques centimes à 30 dollars avant de retomber ensuite à 3 dollars. Faut-il donc éviter d’investir dans les bitcoins ? Non, pas vraiment. C’est une monnaie pour l’instant volatile mais les investisseurs entrés sur le marché il y a quelques mois ont souvent réussi à limiter leurs pertes. Ainsi, les frères Winklevoss, les créateurs du concept de Facebook, à qui Zuckerberg aurait volé l’idée du réseau social, qui possèderaient 1% du nombre total des bitcoins, ont vu leur investissement rester rentable, ayant investi en 2012 lorsque la monnaie avait une valeur maximum de 15 dollars en 2012.Le krach actuel n’a pas suffisamment fait baisser la valeur du bitcoin pour qu’ils perdent leur investissement.

De nombreux investisseurs qui ont agi de la même manière restent largement en positif. De plus, la valeur du bitcoin étant tantôt croissante, tantôt décroissante, rien n’empêche qu’elle remonte brusquement dans les jours à venir.

Un lien avec la crise économique et financière ?

Certains associent le succès et l’effondrement de cette devise virtuelle à la crise de Chypre. Ainsi, le New Yorker expliquait la semaine dernière comment des investisseurs chypriotes utilisent les bitcoins pour mettre des sommes d’argent à l’abri, provoquant une forte augmentation de la demande. Selon le site d’information économique Bloomberg Business, de nombreux espagnols auraient été de très actifs acheteurs de bitcoins cette semaine, prenant la débâcle de l’économie chypriote comme un signe avant-coureur de ce que leur propre gouvernement pourrait faire avec leurs épargnes. Cette augmentation massive de la demande aurait entraîné des difficultés pour la plateforme MtGox à traiter tous les passages d’ordres. D’où un mécontentement de certains investisseurs qui auraient décidé de quitter le marché des bitcoins.

La crise économique et financière a de plus eu pour conséquence une perte de confiance des citoyens envers les banques et gouvernements. Or, aucun besoin d’avoir confiance en ceux-ci avec le bitcoin. Aucun besoin de veiller à ce que les deux ne s’arrangent pas ensemble pour nous arnaquer, comme cela a pu se passer à Chypre. Grâce à cette devise électronique ou une autre innovation du même genre, il sera peut-être bientôt possible de reprendre le système bancaire aux banquiers et l’argent aux gouvernements.

En attendant, s’il est impossible de prévoir le futur du bitcoin, les autorités monétaires l’observent se développer tout en le gardant dans leur ligne de mire. La Banque centrale européenne la déclare “monnaie virtuelle ayant le plus de succès“, mais réévaluera les risques impliqués si son utilisation se généralise.

S.Y.  (st.)

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