Apple vs Microsoft : croquer la pomme ou prendre la fenêtre ?

Ces derniers jours ont été extrêmement riches en actualités high-tech. Entre le Computex, salon annuel de l’informatique, la WWDC d’Apple et la keynote surprise de Microsoft, on y voit un peu plus clair dans les stratégies à moyen terme des deux chefs d’orchestres du secteur. L’occasion pour nous de faire le point sur les écosystèmes fixes et mobiles que sont (i)OS(X) et Windows.

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Genèse d’une bataille (très) grand public

Depuis ses premières heures, le « Personal Computer » sous Windows a su se faire une place de choix sur le bureau familial. Il faut reconnaître que les arguments de Microsoft ne sont pas négligeables. Que ce soit pour la bureautique, le multimédia, le jeu ou plus simplement…le prix, les machines propulsées par Windows ont toujours eu la cote auprès des particuliers, et c’est encore vrai aujourd’hui.

Or, depuis le premier iMac en 1998 et l’arrivée de l’iPod en 2001, Apple a multiplié les efforts pour élargir son public, trop longtemps limité à certaines niches professionnelles. Par l’apparat du design d’abord, et par une indiscutable simplicité d’usage ensuite, Apple est progressivement parvenue à imposer une image socialement forte et prestigieuse, coupable d’avoir progressivement grignoté d’importantes parts de marché à Microsoft auprès du grand public. Mais OSX ne pouvait espérer menacer dangereusement l’indéboulonnable Windows sans un allié de choix.

Cet allié, c’est iOS, remarquablement intégré dans un téléphone culotté et novateur présenté en 2008 : le désormais célébrissime iPhone. Pourquoi vanter le contenu au détriment du contenant ? La réponse est claire : c’est au travers de son système d’exploitation que l’iPhone constituera, dès son introduction, la meilleure vitrine mondiale du savoir-faire d’Apple, de son art de la simplicité, de la sobriété et de son légendaire souci du détail. En parfait missionnaire, L’iPhone est rapidement devenu une porte d’entrée dans l’écosystème d’Apple, convertissant de plus en plus de Windowsiens ou PCistes en Mac users. Enfin, et comme si cela ne suffisait pas, l’iPad, sorti deux ans plus tard, a achevé d’assurer la domination d’Apple sur le terrain de la mobilité, créant un nouveau marché de masse – celui des tablettes – et portant le nombre affolant de dispositifs iOS vendus dans le monde à 365 millions à l’issue du premier trimestre 2012.

Parmi les nombreuses clés du succès d’Apple auprès du grand public, on relèvera un écosystème verrouillé et contrôlé par Apple elle-même. Gage d’une stabilité et d’une cohérence certaines, cette stratégie ne cache pas pour autant la volonté farouche de la Pomme d’asservir ses clients à un régime exclusif, qui renâcle à l’idée de se mélanger aux appareils du peuple non élu. Il s’agit principalement d’un mépris historique des standards d’interopérabilité, de recharge électrique ou de connexion data (ex : connecteur des iPods, iPads et iPhones), des nombreux protocoles de connectivité sans fil (ex : AirPlay ou 4G), des formats de fichiers multimédia (ex : AAC) ou des résolutions d’écran, trop souvent impopulaires auprès de la concurrence, exclusivités voire propriétés d’Apple.

Enfin, le deuxième argument phare de l’entreprise de Cupertino ne tient qu’en un seul chiffre : 650 000 applications disponibles sur l’App Store, la boutique à destination des appareils mobiles de la marque. C’est énorme et c’est une garantie de durabilité évidente pour quiconque s’inquiéterait du suivi logiciel de son nouveau téléphone, de sa nouvelle tablette. En moins de quatre années, iOS est devenu un véritable rouleau compresseur qui accumule les succès et élargit son public à mesure que se réinventent ses usages. Sans parler du marché extrêmement juteux des accessoires compatibles iOS. C’est bien simple, en dépit d’une fermeture effrontée sur le monde extérieur, iOS est devenu un standard per se, désormais incontournable.

Forte de cet immense succès, Apple semble tenir son cap et fait tranquillement évoluer ses acquis, selon l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne ». C’est le constat de la grande majorité des observateurs de la World Wide Developpers Conference de lundi 11 juin dernier. La grand-messe Apple lors de laquelle étaient présentés iOS 6 et Mountain Lion, dernières moutures des systèmes d’exploitation mobiles et fixes de l’entreprise. Mais gare à la concurrence, elle se réveille…

Microsoft à l’heure de la reconquête

Dans ce contexte oligarchique, Microsoft était attendu au tournant. Quelle vision pour le prochain OS made in Redmond ? Quelle réponse donner à l’insolent succès d’en face sur autant de terrains ? Une certitude, Microsoft a décidé d’emmener appareils fixes et mobiles dans la même farandole, et pas sur la pointe des pieds. En bon outsider, Microsoft joue le tout pour le tout et va plus loin qu’Apple dans l’intégration logicielle des nombreuses machines tournant sous Windows. Misant sur l’unification de l’interface utilisateur, elle promet bien plus qu’une « simple » centralisation des services. Désormais, ordinateurs, tablettes et téléphones devraient bientôt partager l’interface Metro, introduite en 2010 par la 7ème version de l’OS mobile Windows Phone.

En l’occurrence, Microsoft a surpris à peu près tout le monde mardi 19 juin dernier en présentant Surface, la première tablette entièrement faite maison, de l’assemblage matériel…au moteur logiciel, évidemment. Une révolution pour l’entreprise qui s’était contentée jusqu’ici de vendre ses licences Windows à des fabricants tiers. Ces fabricants qui, soit écrit en passant, peuvent grincer des dents devant cette nouvelle concurrence surprise. Ainsi, là où Surface peut faire très mal, c’est dans cette opportunité légitime de vouloir fusionner l’ordinateur et la tablette, rassemblant dans un dispositif unique le meilleur des deux mondes. Et la logithèque Windows a de quoi faire pâlir le jeune Mac App Store, son homologue à destination des ordinateurs à la Pomme.

Apple a donc montré l’exemple. Microsoft aurait-il bien appris la leçon ? Pour le savoir, il faudra attendre la fin de l’année pour voir tomber les premiers tests.

Et pour les pros ?

Avec les arrivées prochaines de Surface, de Windows 8 et surtout de Window Phone 8, Microsoft vient de confirmer son ambition de revenir sur le devant de la scène high-tech grand public…mais aussi professionnelle. Or, ce marché est déjà bien occupé par deux géants de la mobilité. En effet, si RIM et ses Blackberry ont incontestablement dominé ce secteur durant les années 2000, elle a très vite déchanté devant le ras de marrée…le tsunami du couple iPhone-iOS. Selon une étude réalisée par iPass en novembre 2011, l’iPhone dominerait le secteur avec 45% de possession chez les travailleurs mobiles alors qu’il représentait 31% un an plus tôt. Cette première place se fait au détriment du BlackBerry qui stagne aux environs d’un tiers (32,2% en 2011 pour 34,5% en 2010).

Outil désormais incontournable dans la panoplie du parfait cadre mobile, l’iPhone a finalement conquis le cœur des pros à grand renfort d’applications ad-hoc, de 3G/4G et d’une redoutable simplicité d’usage, qui ne nécessite ni manuel d’utilisation, ni longues heures de formations coûteuses en temps et argent.

Evidemment, Microsoft ne pouvait pas snober cette invasion mobile plus longtemps. Indiscutablement leader sur le marché des ordinateurs professionnels, elle peine à imposer la dernière mouture de son OS mobile Windows Phone 7 aux entreprises. Or, la convergence informatique s’accélère, emportée par le cloud et l’interopérabilité des OS fixes et mobiles. Á ce titre, Surface, Windows 8, Windows Phone 8 sont une réponse extrêmement forte à cette nécessité de cohérence entre différents outils qui, essentiellement, se ressemblent de plus en plus dans leur finalité à offrir des services connectés. En avançant les arguments de l’ouverture et de la conformité aux standards logiciels et matériels les plus répandus (Office, USB, SD/microSD, 1080p, etc.), le colosse de Redmond a un sérieux coup à jouer auprès de ceux qui n’ont qu’une exigence : peu importe la machine, pourvu qu’elle fonctionne et durablement.

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Olivier Croughs.