Et si l’Internet wallon changeait de stratégie ?

Avec son étude sur l’état de l’Internet belge et wallon, la société Email Brokers met le doigt là où cela fait mal. Avec raison.


La semaine dernière, la société Email Brokers a fait du bruit en publiant une étude sur le nombre de sites Internet dans les trois régions du pays. En substance, Email Brokers pointe que “Wallonie n’est en vérité nulle part en matière de présence sur Internet alors que la Flandre y est remarquablement positionnée, juste après la Grande-Bretagne” (La Libre Belgique du 2 mars). Et Email Brokers d’enfoncer le clou en affirmant que l’e-commerce wallon est d’un niveau “consternant”. “Même les sites officiels sont souvent mal réalisés, mal référencés et ne contiennent pas les mentions légales !”

En réaction, l’AWT a publié un communiqué de presse affirmant que les chiffres d’Email Brokers sont tronqués à maints égards, faute de prendre l’univers de référence adéquat. A tort ou à raison ? Les experts jugeront. Si elle apporte peut-être de mauvaises réponses, cette étude possède toutefois le mérite de poser de vraies questions sur la situation au sud du pays. On peut se quereller sur les chiffres mais on ne peut éviter un certain constat : la Wallonie numérique ne décolle pas et on peut légitimement s’interroger sur les remèdes qui sont administrés au malade depuis une dizaine d’années.

Dans le même communiqué, l’AWT souligne ainsi l’action des pouvoirs publics dans le domaine des TIC et met notamment en exergue les aides e-business qui permettent aux PME wallonnes de financer un site e-business grâce à une prime de 15.000 euros maximum attribuée par la Région wallonne. “Depuis 2002, plus de 1.600 dossiers ont été soutenus (…) dans le cadre de ce régime d’aides.” Dix ans plus tard, où sont les “success stories” parmi ces 1.600 dossiers ?

Par ailleurs, l’AWT pointe la mise en place d’un réseau informel de “cyber-commerçants” wallons depuis septembre dernier. La Wallonie et la Belgique avaient-elles réellement besoin d’un groupement professionnel supplémentaire alors que deux associations (BeCommerce et SafeShop) tentent déjà de rassembler les sites e-commerce à l’échellon national ? Les Pays-Bas, pays largement en avance sur le nôtre dans le domaine des transactions en ligne, n’ont jamais eu besoin de fédérer les acteurs régionaux pour faire avancer la cause de l’e-commerce. Chez nos voisins, une seule association suffit, elle se nomme Thuiswinkel et son label de qualité jouit d’une véritable notoriété dans la population.

Comment avancer ? Le plan wallon reste muet

A vrai dire, les TIC en Wallonie souffrent des mêmes maux qui ont longtemps gangrené l’économie wallonne dans son ensemble : manque de vision globale du politique, sous-régionalisme, culture du subside, dispersion des forces et des moyens.

La Wallonie dispose certes maintenant d’un Plan Master TIC promu par le ministre Jean-Claude Marcourt. S’il contient de nombreux objectifs louables, ce document ne donne aucune indication sur le chemin à suivre pour les atteindre et occulte également des enjeux fondamentaux de l’économie numérique.

Comment favoriser un terreau propice à l’arrivée du capital-risque et à l’éclosion de startups d’envergure internationale ? Comment aider les prestataires technologiques à élever leur niveau d’expertise alors que la région manque cruellement d’agences web capables d’accompagner efficacement les entreprises dans leur déploiement en ligne ? Bref, comment stimuler l’émergence d’un écosystème créateur de valeur pour le tissu économique dans sa globalité? Le plan est muet sur ces questions. Les réseaux sans fil, le haut débit et l’informatique dans les nuages ne peuvent pas tout.

Il n’est pas trop tard pour booster l’usage des TIC en Wallonie. Mais il serait peut-être temps de changer de cap et de stratégie. Et d’oser reconnaître ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Au-delà des chiffres et des statistiques.

François Palan

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