L'internet se prépare à changer d'adresses

Ce mercredi 8 juin se déroule le « World IPv6 Day » : un test grandeur sur internet à l’échelle du monde. Google, Yahoo, Facebook, Cisco et des centaines d’autres acteurs du web seront accessibles, pour 24h, au protocole IPv6 (tout en le restant pour le protocole traditionnel IPv4), pour pousser d’autres organisations – fournisseurs d’accès, constructeurs hardware, fournisseurs de systèmes d’exploitation et autres entreprises présentes sur le web – à se préparer au passage vers l’IPv6 et pour mesurer le degré de préparation du réseau actuel.

Actuellement, seuls 5.375 du million de sites les plus populaires possèdent une ou plusieurs adresses IPv6 (ce qui représente seulement 0,54%). Autant dire que le réseau semble loin d’être prêt au passage. Pourtant, le web va rapidement devoir se confronter au problème. En effet, le nombre d’adresses potentielles utilisant le protocole actuel (IPv4) arrive à ses limites cette année. Pour que le développement d’internet puisse continuer, le protocole doit évoluer.

IPv quoi ?

Un petit mot d’explication : les pages que vous surfez sur le web – comme celle-ci par exemple – sont accessibles par le biais d’une adresse numérique spécifique, un peu comme un numéro de téléphone attribué à une personne. C’est aussi grâce à l’IP que votre ordinateur peut se brancher au net.

Le système (ou protocole) IPv4, introduit en 1980, autorise un nombre maximum théorique de 4,2 milliards d’adresses. Une fois que toutes les adresses sont épuisées, il ne reste plus aux nouveaux sites que de passer au protocole IPv6, ce qui les rend inaccessibles aux utilisateurs dont l’équipement informatique n’autorise qu’une connexion IPv4.

Une fois le passage au protocole IPv6 effectué, la terre – et même d’autres planètes – ne devrait plus manquer d’espace virtuel : le nouveau protocole autoriserait la création de 340 milliards de milliards de milliards de milliards d’adresses.

Pour Olivier Bonaventure, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve et Vice-président de l’IPv6 Council – Belgique, « le passage de l’IPv4 à l’IPv6 va se faire graduellement. On doit être à environ 0,5% de trafic pour le moment. Petit à petit ça va croître. » Cependant, le Conseil IPv6 belge constate déjà des changements au niveau des connexions : « les entreprises commencent à se connecter en IPv6 et à offrir des services dans ce protocole. Lors du passage de ces entreprises, des milliers de sites migrent quasi automatiquement en IPv6. »

Problèmes lors du passage ?

Bien que le protocole IPv6 soit déjà disponible à certains endroits, c’est la première fois qu’un test de cette ampleur est réalisé. Il devrait permettre d’accélérer le passage à la nouvelle technologie tout en réduisant le niveau de perturbations engendrées et en permettant à l’industrie de répondre correctement aux problèmes de connexion des particuliers et des entreprises.

Le passage risque-t-il de poser problème ? Pour Olivier Bonaventure, « techniquement, il faut remplacer l’implémentation des protocoles sur les machines. Si on regarde les différentes versions de Windows, de Mac, de Linux : ils supportent l’IPv6 sans trop de difficultés. Il faut aussi remplacer les implémentations dans certains équipements à l’intérieur du réseau. Et là, à nouveau, on voit que l’IPv6 est quasi supporté par tous les vendeurs d’équipement. »

Un point pourrait cependant poser problème : « les routeurs ADSL que les gens ont à leur domicile. Les nouvelles générations de routeurs fournies par les opérateurs supportent en général l’IPv6, mais pas les plus vieilles versions. Ce sont avec ces routeurs qu’il y aura le plus de difficultés. Les mises à jour sont beaucoup plus compliquées lorsque les routeurs sont achetés par les utilisateurs et pas fournis et gérés par les opérateurs, qui ont des mécanismes de mises à jour automatiques. »

Vous pouvez contrôler votre connectivité en vous rendant sur la page du World IPv6 Day. Pas d’inquiétude si vous ne passez pas le test : pour le réussir, il faut se connecter sur la page directement en IPv6.

Si vous n’utilisez pas l’IPv6, vous ne devriez pas voir la différence lors du test d’aujourd’hui.

Au niveau belge, voici une liste des sites actuellement disponibles sous IPv6.