Hackers, pirates, bidouilleurs, ou plaisantins? Évoquer les affaires LulzSec est un véritable cauchemar terminologique : quels mots utiliser pour dénommer correctement les responsables des récentes attaques contre Sony, PBS, et autres faits d’armes? Tentons d’y voir clair.

Les LulzSec se sont bel et bien introduits dans plusieurs systèmes informatique alors qu’ils n’y avaient pas été invités, ce qui donne tout naturellement envie de les qualifier de « hackers » ou « pirates informatiques ». Trois éléments incitent néanmoins à la réticence face à ce genre de catégorisation : d’abord, quiconque est sensible aux cultures numériques sait que le terme hacker est globalement mal compris ou en tout cas généralement détourné de son sens originel (qui est pourtant si bien expliqué par des dignes représentantes du troisième âge numérique) et ne porte, aux yeux du grand public, que des connotations essentiellement négatives. Pour éviter tout renforcement de ce malentendu, on hésitera donc à utiliser le terme, de peur de plonger dans cette équivalence fallacieuse entre hackers et attaques informatiques malveillantes. Ensuite, force est de constater que c’est un terme que les LulzSec dénient eux-mêmes. « Notre but n’est pas de prétendre que nous sommes des maîtres hackers », écrivent-ils dans leur « communiqué de presse prétentieux » (c’est le titre du fichier), avant d’insister sur la simplicité technique de leur opération visant Sony. Mais ce qui gêne, surtout, c’est que qualifier les agissements de LulzSec de piratage informatique donne la pénible impression de passer à côté de ce qui se trouve au coeur de leurs actions : le lulz.

Insaisissable lulz
Toute tentative de définition du lulz semble condamnée soit à tomber à plat à grand coup d’évidences, soit à s’adresser uniquement aux initiés dans un jargon d’internautes avertis. On peut quand même essayer de rassembler quelques éléments de base : c’est un dérivé du mot « lol », relatif à une certaine forme d’humour, qui s’applique à toutes les situations (surtout les pires), et est vaguement lié aux notions de mèmes (ces unités culturelles qui se répandent à travers le web) ou de troll (cette tendance à pourrir les discussions en ligne pour le plaisir) sans leur être réductible. « Le lulz dénote le plaisir de troller », explique l’anthropologue Biella Coleman dans un de ses papiers consacrés aux Anonymous, « mais il ne concerne pas exclusivement le trolling. Le lulz peut aussi référer de manière plus générale à des blagues, des images ou des canulars légers et amusants ».

Légèreté, amusement, voilà qui est sans conteste au coeur de l’identité revendiquée par les LulzSec, comme en témoignent la courte présentation qu’ils font d’eux-mêmes sur leur site web : « Hello, bonjour, et comment allez-vous? Splendide! Nous somme LulzSec, une petite équipé d’individus lulzy qui trouvent que la grisaille de la cyber communauté constitue un fardeau pour qui est est important : le fun ». S’en suivent quelques références incontournables à Rebecca Black, le tout sur un air guilleret de Love Boat (qui devient évidemment le Lulz Boat – et gare à vous si vous essayez de cliquer sur le bouton “mute”!) et avec un fond d’écran que les connaisseurs associent immédiatement au célèbre Nyan Cat.
Et l’humour fait mouche. Comment ne pas sourire en apprenant que la première chose qui est passé par la tête des LulzSec quand ils se sont introduit dans le système de PBS, le média public américain, c’est d’annoncer que Tupac Shakur n’était pas mort mais tranquillement planqué en Nouvelle Zélande?

Une démarche artistique?
De Rebecca Black en passant par le Nyan Cat ou le classique « all your bases are belong to lulzsec » les références qu’ils invoquent montrent à quel point les LulzSec s’engouffrent dans la culture du mème. Mème? Il s’agit de ces unités culturelles volatiles qui se répandent sur le web – et dont l’emblème le plus grand public est probablement le lolcat. Très bien, ces petits comiques aiment les images de chats photoshoppées, et alors? Le caractère central des mèmes n’est pas si anodin que cela, puisqu’il aide à mettre le doigt sur ce qui fait la force de frappe de ceux qui se revendiquent du lulz : la créativité.

Aussi étonnant que cela puisse paraître quand on parle de montages moches réalisés avec Paint ou de remix autotunés (le fond de commerce des mèmes), il faut bien reconnaitre qu’ils sont l’objet d’un processus créatif véritablement original. Sur un des blogs de Culture Visuelle, Patrick Pecatte décrypte d’ailleurs toute la grammaire propre à la constitution d’images qui deviennent des mèmes, et montre qu’ils ne sont pas entièrement dus au hasard. Par ailleurs, dans un de ses articles consacrés aux dynamiques culturelle des Anonymous – qui peuvent être comparés à LulzSec sur bien des points, même si leur histoire et ramifications sont beaucoup plus complexes – Biella Coleman souligne l’importance de l’esthétique et de la créativité. « Les Anonymous sont intéressants parce qu’ils produisent de l’art, sous la forme de vidéos, d’images, de manifestes », explique-t-elle. Leur maîtrise d’une esthétique partagée est notamment ce qui donne de la cohérence à un mouvement par ailleurs très dispersé, mais c’est surtout ce qui leur permet d’attirer l’attention. « Il s’agirait d’un phénomène beaucoup plus faible sans les masques, sans le travail créatif, sans ces vidéos ».

Créativité et esthétique des mèmes, voilà qui rendrait plus justice aux LulzSec qu’une vague qualification de pirates informatique. En tout cas, leur avatar sur Twitter rappelle le chic de l’emblème des Anonymous, et leur appel aux bonnes volontés pour chanter un remix personnalisé de Love Boat a été entendu. Alors, uniquement pour l’art et pour l’humour, les actions des LulzSec? Reste que les réactions à leurs diverses opérations montrent à quel point il s’agit de choses sérieuses. En tout cas, leur combat pour hacker l’économie de l’attention et s’attirer la sympathie des amateurs de culture web semble promis au succès.

Juliette De Maeyer

En savoir plus et s’intéresser au lulz de manière tout à fait sérieuse :

1 COMMENTAIRE

  1. On qualifie généralement de “crackers” , ceux qui piratent avec des ambitions négatives.
    Sinon y’a les white hats, black hats, etc etc.

    Et le terme n’est pas mal compris, contrairement a ce que vous dites. Le terme est mal expliqué, en effet une pléthore de journaliste font mal leur travail, donc les gens sont trompés par ces fainéants qui se suffisent de généralisation stupide.

    Autre exemple, les “skinheads”. Grâce aux journalistes, la majorité des gens pensent, que les skinheads sont des écervelés racistes, qui ne jugent que par la violence.

    Un amas de connerie en fait. Enfin, les journalistes sont en parties responsable, car même dans les dictionnaires ( notamment dans “Le Robert”), les skinheads sont définis de manière incorrecte.

    Enfin voila, en espérant qu’un jour nous puissions voir des articles fait par des journalistes moins incompétent

  2. Pour parler précisément et éviter une fois de plus l’amalgame : une personne qui s’introduit dans un système informatique, c’est un “cracker” plus qu’un “hacker”.
    Un hackeur est une personne qui fait preuve d’ingéniosité technique et souvent dans le détournement de l’usage initial. le résultat d’une action fonctionnelle d’ingéniosité et de détournement pour obtenir un résultat est alors appellé un “hack”.
    MacGuyver est un hacker.

    Un cracker est une personne qui casse des sécurités informatique.
    On peut dire donc qu’un pirate informatique est un cracker, inclus dans la catégorie hacker, tout comme un monte-en-l’air professionnel est un … serrurier…

  3. Des articles (et des stagiaires) comme ça, on en redemande! Très pertinent article! 🙂

  4. Excellente précision sur cracker/hacker. Pour un début de terminologie sur toutes les nuances (black hat, white hat, etc) on pourra commencer avec la page Wikipedia sur le sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hacker

    Mais j’imagine que comme les membres de n’importe quelle communauté qu’on essaie de décrire en une ligne, les hackers/crackers/etc trouveront toujours les dféinitions réductrices et pas assez précises.

  5. l’article de wikipedia en français sur le terme hacker est fort différent de celui en anglais, qui lui reprends plus la polémique sur le terme… et aucun des deux n’est “neutre” (comme si ça pouvait…)

    les journalistes de manière générale ayant utilisé la définition négative des hackers en les associant aux black-hats…(surtout en France avec l’esprit de droite qu’on lui connait) c’est donc cette définition qui tends à s’imposer au niveau du grand public. Mais ce n’est pas parce qu’une concept est très mal perçu par le grand public qu’on doit en garder la définition “vulgaire”, surtout dans un article qui fait une analyse.
    Personne ne se targue de comprendre la physique moderne grâce à star-wars, même si beaucoup de gens penses que des explosions dans l’espace ça fait des flammes et du bruit.

    Et parler de définition lié à une communauté est réducteur. Il n’y a pas de “communauté” mais plutôt des centres d’intérêts partagés.

    Pour rencontrer des hackers en Belgique, je vous invite à visiter le site https://hackerspace.be par exemple, pour vous faire une idée de ce que ce terme peut recouvrir.

  6. quelle jolie masturabtio-gnégné cet article.
    Tu prends des contestataires 4chan, tu saupoudres de script kiddies, et tu obtiens du Lulzsec.
    Article indigeste, illisible, et à coté de la plaque!