C’est une tuile pour les groupes de médias qui ont misé lourd sur les nouveaux supports numériques comme l’iPhone et l’iPad. Leur constructeur, Apple, vient de changer unilatéralement les règles du jeu, mettant en péril les modèles d’affaires de nombreux journaux et magazines, tant en Belgique qu’à l’étranger.

Dorénavant, Apple refusera d’héberger sur son AppStore – son magasin virtuel – toutes les applications dans lesquelles il est possible d’acheter et de consommer directement du contenu, comme un journal, par exemple, si l’on n’utilise pas exclusivement son système de paiement iTunes.

L’affaire s’apparente fort à une reprise en main, par Apple, d’un business juteux dont le géant américain n’a pas l’intention de perdre une miette. Qu’il s’agisse de l’iPad ou de l’iPhone, les médias sont, avec les jeux, l’un des secteurs les plus porteurs pour les applications qui se téléchargent sur l’AppStore par centaines de millions. Or, la majorité des journaux ou des magazines qui proposent des abonnements numériques le font en utilisant des systèmes de paiements indépendants des serveurs d’Apple, tels que PayPal ou Ogone.

S’il faut certes laisser une commission à ces gestionnaires de transactions financières, elle est sans commune mesure avec celle, d’environ 30 %, qui tombe dans l’escarcelle de la firme de Steve Jobs à chaque fois qu’un journal ou un magazine est acheté via iTunes. Un partage des revenus qu’Apple justifie également en faisant valoir qu’il endosse la responsabilité de la bonne fourniture du service, lorsqu’il transite par son application, et qu’il doit donc appliquer des règles de contrôle strictes pour chaque petit programme mis en ligne sur sa plateforme.

Une modification du règlement dont les effets n’ont pas tardé à se faire sentir. « Vingt et une de nos nouvelles applications ou des mises à jour d’applications existantes ont été refusées par Apple depuis le début de l’année, explique Jean-Paul de Ville, le patron d’AppSolution, une jeune entreprise bruxelloise spécialisée dans le développement de programmes pour les tablettes et les smartphones. Une situation qui illustre l’insécurité dans laquelle doivent travailler aujourd’hui les développeurs d’applications, confrontés à la stratégie d’Apple qui n’hésite pas à changer brutalement ses règles. »

Ce n’est pas la seule chose qui vient de changer. Un autre point du règlement précise désormais qu’il est interdit à une application de demander à ses utilisateurs de donner des informations telles qu’une adresse e-mail ou une date de naissance. Des restrictions dont l’objectif est vraisemblablement de conserver à Apple la haute main sur la création de bases de données contenant les profils des utilisateurs.

« En imposant ces nouvelles règles, Apple met à mal des mécanismes qui avaient été imaginés par les groupes de presse pour assurer leur diversification, s’inquiète le responsable du Soir.be, Philippe Laloux. Cela touche tout le monde de plein fouet, tant Rossel que Corelio ou Roularta. Personne ne devrait être épargné tant en Belgique qu’ailleurs dans le monde. Jusqu’aux grands titres comme le New York Times. »

L’interdiction d’utiliser des moyens de payement aussi répandus en Belgique que ceux mis en œuvre par Ogone sur le web risque également de retarder le lancement de la nouvelle formule d’abonnement, annoncée par Le Soir il y a quelques jours à peine. « Le modèle économique de l’abonnement au journal que nous voulons proposer sur tous les supports numériques, de l’iPhone à l’iPad en passant par Android est remis en cause par l’obligation de payer via iTunes, poursuit Philippe Laloux. De même, la possibilité pour les abonnés au journal papier d’accéder gratuitement aux versions numériques du journal risque d’être reportée puisqu’ils ne pourront plus enregistrer leurs données sur un iPhone ou un iPad. »

Nous n’avons pu joindre Apple pour obtenir une réaction, vendredi.

Alain Jennotte

1 COMMENTAIRE

  1. Et vous vous attendiez à quoi de la part de Cupertino ? Sans déconner, placer tous les espoirs d’un business model sur une plateforme fermée et soumise à la seule loi d’une firme, c’est se tirer une balle dans le pied.

    @Robin : Sans être un fan de Google, il faut reconnaître que l’article que tu cites indique que Google est en négociations avec des groupes de presse. Ils ne les prennent pas à sec avec du sable, si j’ose dire…