Crédits photo : Amazon

IPTV : pourquoi les offres illégales séduisent

Matthieu et ses parents utilisent un abonnement IPTV illégal depuis bientôt 3 ans. Mais pourquoi ces forfaits pirates séduisent autant de particuliers ?

Le week-end dernier, nous avons commencé notre série sur les IPTV en vous expliquant ce qu’est cette technologie, et pourquoi il y a un souci de légalité qui l’entoure. Pour mieux comprendre pourquoi les abonnements illégaux sont si populaires, il nous paraissait évident de demander aux premiers intéressés : les clients. Nous sommes donc allés poser nos questions à Matthieu*, 27 ans. Basé dans la région de Charleroi, le jeune homme et ses parents sont passés à l’IPTV depuis bientôt 3 ans, et ils en sont très satisfaits.

Comment on arrive à l’IPTV ?

Avant d’en entendre parler pour la première fois, l’étudiant en master de communication ne connaissait pas du tout les abonnements IPTV. “C’était un truc un peu obscur pour moi. Je comprenais pas vraiment l’intérêt et ce que ça apportait de plus par rapport à un abonnement classique“.

Comme pour la plupart des clients de ces IPTV, tout a commencé par des bruits de couloir. Des amis, des connaissances lui parlent de ce système qu’ils utilisent, et lui en vantent les mérites. “Tu n’en entend que du bien. On te dit que c’est vraiment top et facile à installer. Donc tu finis par te dire, ‘Pourquoi pas essayer ?’ “.

Initialement, Matthieu et ses parents avaient une box Voo qu’ils utilisaient assez fréquemment. Il y avait une bonne sélection de chaines au début, mais au fur et à mesure, certaines disparaissent ou deviennent payantes. A ce moment là, Matthieu commence à voir l’IPTV d’un autre œil. “Les box classiques, comme Voo ou Proximus, personnellement, je trouve que ça devient un peu cher pour le nombre de chaines et de programmes proposés.

De prime abord, cette solution était plus pour lui que pour ses parents. Matthieu a sa télévision personnelle dans sa chambre, et c’est un grand amateur de foot. Malheureusement, si l’on souhaite suivre autre chose que les grands tournois européens ou mondiaux, la grande majorité des chaines sportives sont payantes.

Le premier boitier IPTV de la famille sera donc installé dans la chambre de Matthieu, après avoir été récupéré chez un particulier faisant office de revendeur, car n’oubliez pas que c’est illégal tout ça. Au début, les parents du jeune homme sont dubitatifs. “C’est moi qui insistait pour qu’on essaye à la base, mais petit à petit après l’installation, ils ont vu qu’il y avait énormément de chaines et que c’était facile, donc ils s’y sont mis rapidement aussi“. Et donc dans la foulée, un deuxième boitier est installé dans le salon.

C’est quoi votre abonnement ?

On a accès à toutes les chaines, qu’elle soient belges, françaises, italiennes, anglaises, etc. Il y a presque un nombre illimité de chaines. En plus de ça, il y a un catalogue de films et séries télé interne à l’IPTV” nous explique Matthieu. Et ce catalogue est incroyablement complet. On y retrouve la quasi totalité des programmes de VOD qui existent, dont Netflix, Prime Video, Disney+, mais également, Canal+, OCS et bien d’autres. “Les programmes Netflix, tu y as accès presque le jour même de leur sortie.” Ajoutez à cela, les chaines sportives comme beIN SPORTS, Eurosport ou RMC Sport, et l’offre devient extrêmement alléchante.

Matthieu n’utilise cependant pas exclusivement son abonnement IPTV. “J’ai encore un abonnement Netflix connecté à ma PS5, donc je prends encore le pli de le regarder indépendamment de l’IPTV.” Pour ses parents, en revanche, c’est une autre histoire. “Ils consomment plus l’IPTV que moi, et ils regardent tout dessus, comme la télé normale.” La famille utilise l’IPTV comme un abonnement TV lambda. “A un moment, on en oublie même que c’est un service pas très légal, et ça devient comme un décodeur classique avec énormément de choix.

L’IPTV a également ses chaines propres sur certaines thématiques. Un exemple sont les chaines dédiées exclusivement à une série TV ou d’animation très populaire, qui passent en boucle tous les épisodes à la suite. “Quand on a rien à faire, on regarde énormément la chaine Les Simpson ou celle de Bob l’éponge.” Et pour ce bouquet quasi illimité, la famille paye moins de 150€ par an. Soit un tarif maximum de 12,50€ par mois. Ouh, pinaise.

Et ça ne vous dérange pas l’illégalité de l’IPTV ?

Matthieu et sa famille sont tout a fait conscient d’être dans l’illégalité avec leur abonnement IPTV. “On connait les risques. On sait que c’est pas éternel et que ça peut être coupé à n’importe quel moment.” Ils ont, par exemple, déjà eu des problèmes de connexion temporaires, ce que Matthieu attribue à des possibles changement de serveur. Mais ça fait partie du jeu.

Ils n’ont pas particulièrement peur d’éventuelles poursuites. Mathieu ne s’attend pas a une sanction plus dure qu’une coupure de service et une réprimande de la justice. “Je ne crois pas que les utilisateurs risquent grand chose, c’est plus l’opérateur pirate qui aura la police aux fesses.

En effet, ces IPTV sont illégales, car elles ne payent pas les droits d’auteurs pour les contenus qu’elles diffusent. Cela veut dire que les chaines TV qui produisent des émissions et filment des matchs de sport, ou les productions des films et des séries ne sont pas rémunérés pour leur travail. Regarder un film sur une IPTV illégale, ça revient à le pirater. C’est l’argument principal des opérateurs légaux d’IPTV, comme Proximus, Voo, Netflix et tous les autres : si on ne paye pas pour le contenu, à un moment, il n’y aura plus d’argent pour produire le contenu.

Cet argument est totalement valable pour Matthieu. “Avec l’IPTV, si tu regardes One Piece, l’argent n’ira pas dans la poche du studio d’animation Toei ou de la chaine Fuji TV qui travaillent dessus. Alors que si tu regardes une série via Netflix, là peut-être que tu rends davantage aux artistes, aux producteurs, aux scénaristes, parce que tu regardes leur travail via un canal légal.” Mais pour l’étudiant, tant que les opérateurs légaux ne proposeront pas des offres aussi alléchantes que l’IPTV, les consommateurs continueront de se tourner vers des options illégales.

Cela amène une autre question : est-ce qu’on a réellement besoin de toujours avoir plus de chaînes, de contenus, de films et de séries à disposition, alors qu’on finit toujours par zapper sur les 10 mêmes chaines et qu’on aura jamais le temps de regarder tous les films et les séries disponibles ?

Sur le principe, je suis d’accord de dire que, malgré tout, la qualité se paye. Avec les émissions et les séries à foison de l’IPTV, on est un peu sur du gavage. Ça nous habitue à avoir tout à disposition pour peu cher. C’est un choix de la facilité, mais qui peut être un jeu dangereux. Il faut peut-être se dire que contribuer en payant un abonnement classique, quitte à payer plus, ça permet de rémunérer les acteurs et les artistes. Pour moi, c’est du 50/50, il y a du pour et du contre.” Le jeune homme conserve et utilise encore son compte Netflix, peut-être est-ce sa manière de concilier les deux modèles ?

Mais malgré cela, Matthieu ne prévoit pas de changer de service. “Tant que mon abonnement IPTV fonctionne, je le garde. Après je ne suis pas naïf, je sais qu’un jour, il sera déconnecté, et à ce moment là, je retournerai avec plaisir sur les offres légales. Mais pour l’instant, c’est quand même plus pratique, plus agréable, plus avantageux et moins cher.” Il semblerait ici que le pragmatisme l’emporte sur l’idéalisme.

*Le prénom et les détails identifiables ont été modifiés par respect d’anonymat.

_
Suivez Geeko sur Facebook, Youtube et Instagram pour ne rien rater de l'actu, des tests et bons plans.

Recevez nos dernières infos directement sur votre WhatsApp en vous abonnant à notre chaine.