Test – A Plague Tale Requiem : une suite pleine d’ambition

Sorti en 2019, A Plague Tale Innocence était l’une des très bonnes surprises de l’année. Le studio français Asobo nous revient aujourd’hui avec sa suite, baptisée Requiem, qui se veut encore plus ambitieuse. 

Parmi les studios français qui grimpent, Asobo a sorti ces dernières années deux hits en puissance, avec d’un côté l’excellent reboot de Flight Simulator, et de l’autre le très sympathique A Plague Tale Innocence. Trois ans après le premier volet, le studio français revient avec une suite plus ambitieuse, qui gagne également en maturité.

L’univers médiéval fourmille de détails.

Suite directe du premier volet, Requiem prend place quelques mois après les événements narrés dans Innocence, en l’an de grâce 1349, en Provence. Le joueur incarne une jeune femme baptisée Amicia, la grande sœur d’Hugo, un petit garçon qui est victime d’une terrible malédiction. Après les événements tragiques du premier volet, la petite famille vit une vie paisible à la campagne. Jusqu’au jour où une menace les force à prendre la fuite… Rattrapés par leur passé, ils devront tenter de survivre à un terrible périple à travers la France Moyenâgeuse.

Par rapport au premier épisode, Requiem gagne en maturité, avec une narration plus soignée, et surtout un personnage central qui a beaucoup évolué. Tiraillée par des questions éthiques, Amicia défend envers et contre tout Hugo. Si elle était encore un petit être chétif dans le premier épisode, Amicia est devenue une guerrière redoutable, qui utilise à la perfection sa fronde mais également l’arbalète et sait tirer parti de son environnement.

Certains paysages sont d’une beauté à couper le souffle.

Comme son prédécesseur, Requiem est un mélange de genres. Les bases sont certes un walking simulator, mais on retrouve également des séquences d’infiltration, d’action, quelques éléments empruntés aux RPG, quelques énigmes et de l’aventure. Il s’agit avant tout d’une expérience narrative. A grands renforts de cinématiques et de dialogues, les développeurs sont parvenus à développer un univers relativement cohérent. Par rapport au premier épisode, le titre perd en revanche presque tout contact avec la réalité, en sombrant complètement dans la science-fiction. Pas une mauvaise idée en soi, même si le changement de ton est franchement radical et le dernier acte du jeu ne plaira en ce sens pas à tous les joueurs.

De façon générale, le jeu a toujours autant de difficulté à se forger une véritable identité. La partie infiltration fonctionne par exemple à merveille, mais ces séquences sont finalement peu nombreuses dans l’aventure. En rampant dans l’ombre, elle est capable de se faufiler dans le dos de ses adversaires pour les éliminer, elle peut aussi les tuer silencieusement avec sa fronde, les piéger avec des hordes de rats (on y reviendra), utiliser à son avantage l’environnement, les semer dans les hautes herbes… La partie infiltration est vraiment réussie et se marie parfaitement avec la partie action / aventure, beaucoup plus développée que dans le premier jeu, avec quelques combats de boss très réussis et des séquences intenses durant lesquelles il faudra enchainer les assassinats à la fronde tout en utilisant tout son arsenal. Comme dans le premier volet, il est en effet possible d’utiliser diverses ressources collectées dans le niveau pour se fabriquer divers types de munitions, aux effets variés. Le pois permettra par exemple de déverser un liquide extrêmement inflammable sur un groupe d’ennemis ou une aire de jeu pour y mettre ensuite le feu avec des flèches enflammées. De très bonnes idées en soi.

Les combats au corps à corps sont rares mais intenses.

Ce qui est intéressant dans Requiem, c’est que le joueur peut choisir sa façon de jouer : éviter tous les ennemis, attaquer de façon frontale et brutale, les piéger, ou devenir un assassin silencieux. Entre ces séquences d’action, on retrouve quelques puzzles pas bien compliqués ni guère développés, quelques rares séquences d’aventure (escalade, fuite), de l’upgrade de l’équipement (la partie RPG mentionnée plus haut) et beaucoup, beaucoup de marche. Car comme on l’a dit plus haut, il s’agit avant d’un titre narratif, et si le jeu a gagné en ambition, on retrouve les mêmes bases que dans le premier volet.

Ces séquences de jeu seront toutefois l’occasion d’admirer de superbes paysages et de suivre des dialogues très bien écrits, mais elles ont tendance à être beaucoup trop nombreuses. A un tel point qu’on en vient souvent à se demander quand les choses sérieuses vont enfin débuter… Si le jeu se termine en 10h environ, vous passerez plus de la moitié de votre temps à marcher en ligne droite. Et ça, il faut le mentionner.

Le jeu parvient à joliment se renouveler au niveau des décors.

Clairement, Requiem souffre de problèmes de rythme. Son scénario, très accrocheur au début, a tendance également à très vite partir en cacahuète pour se déconnecter totalement de la réalité. On est dans un jeu, ce n’est pas grave en soi, mais vu l’excellente représentation de l’univers médiéval, il est dommage que l’histoire dérive complètement.

Dans le même registre, on retrouve ces gigantesques armées de rats qui dévastaient déjà les villes dans le premier volet, et qui sont encore plus nombreux et destructeurs dans cette suite. Ils amènent des mécanismes de jeu intéressants. Actifs uniquement dans l’ombre, ils fuient à la lumière. Dans la pratique, ça permet d’introduire tout un tas de petits puzzles et de séquences de courses-poursuites. On regrette toutefois que ces séquences de jeu aient tendance à remplacer les séquences d’action et d’infiltration dans la seconde moitié du jeu… D’autant plus que ces mêmes rats ont tendance à emmener avec eux un tas de bugs. Dans la pratique, il n’est pas rare d’être bloqué dans un chapitre parce qu’un PNJ s’est retrouvé bloqué à cause des rats qui réduisent sa marge de manœuvre. Il faudra alors recommencer complètement la section ou le chapitre du jeu pour se dépatouiller.

Les rats sont de retour et ils sont toujours aussi effrayants.

Si le gameplay s’est donc enrichi de nombreux éléments par rapport au premier volet, notamment dans la partie affrontements, on n’aura malheureusement pas beaucoup l’occasion d’y tâter, et c’est probablement le plus gros reproche qu’on fera à ce Requiem, qui part un peu dans toutes les directions, a tendance à vouloir être trop sensationnel et à oublier qu’un bon jeu repose avant tout sur des séquences de jeu réussies. Si le jeu en compte un paquet, il compte également de nombreuses séquences de jeu mollassonnes, totalement vides ou extrêmement répétitives.

On fera exactement le même reproche au scénario du jeu, brillamment mis en avant à travers des cinématiques très travaillées et des dialogues très bien écrits, mais qui a tendance à mettre en avant des personnages secondaires très pauvres, à rester très prévisible et à nous servir sans cesse des clichés larmoyants. La conclusion est également extrêmement décevante : sans aucune surprise à vrai dire, puisque n’importe quel être censé d’un minimum d’empathie serait sans doute arrivé à cette conclusion bien plus tôt dans l’aventure. Et puis bien sûr, il y a les incohérences, nombreuses. Les rats qui attaquent d’autres humains en plein jour, mais qui ne viendront jamais vous prêter noise quand vous êtes dans la lumière. Des situations complètement tirées par les cheveux qui font sombrer le jeu en pleine science-fiction. Et c’est bien dommage vu l’attention qui était portée au réalisme une grosse partie de l’aventure…

Vous serez souvent accompagné.

Inversément, d’un point de vue purement technique, Requiem est une franche réussite. La direction artistique est superbe, les décors sont à couper le souffle, les visuels sont léchés, on ressent toute la puissance des consoles de nouvelle génération.

La bande son n’est pas en reste avec d’excellents doublages en français, de très bonnes musiques d’ambiance et des bruitages d’un réalisme glaçant.

Si tout n’est pas parfait, Requiem s’impose comme une suite qui n’en reste pas moins réussie. Son scénario divisera. Beaucoup seront déçus par le manque de séquences de gameplay. Mais l’aventure n’en reste pas moins palpitante du début à la fin. Si vous aviez aimé le premier volet, nul doute que Requiem saura vous séduire.

Conclusion

Trois ans après Innocence, le talentueux studio Asobo revient avec une suite qui reprend l’aventure exactement là où on l’avait lâchée. Plus ambitieux que son ancêtre, A Plague Tale Requiem parvient à proposer un gameplay plus riche, des séquences de jeu plus variées et intenses, dans un univers médiéval-fantastique absolument grandiose. Les séquences d’action et d’infiltration sont très réussies, beaucoup plus que dans le premier volet. Mais elles ont tendance à être peu nombreuses. C’est le principal défaut de Requiem, qui a tendance à mettre trop en valeur son scénario, tout en tentant de manger à tous les râteliers. Si l’aventure reste captivante à parcourir, on regrette que son scénario parte rapidement en cacahuète et se déconnecte si rapidement de la réalité pour sombrer dans un univers scifi très sombre. Les séquences de jeu sont également loin d’être toutes réussies. Les fans du premier volet seront sans doute aux anges. Les détracteurs, eux, auront toujours autant de mal avec certains mécanismes de jeu atrocement plats. Tous s’accorderont en revanche pour dire que Requiem est d’une beauté à couper le souffle.

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A Plague Tale Requiem

Gameplay 7.5/10
Contenu 7.5/10
Graphismes 9.0/10
Bande son 8.0/10
Finition 7.5/10
7.9

On aime :

Des séquences de jeu variées

Visuellement très joli, avec une superbe direction artistique

Une excellente bande son

Un gameplay enrichi

Quelques séquences vraiment réussies

On aime moins :

Un final décevant et ultra-prévisible

Un scénario qui oublie toute forme de réalisme

Des personnages secondaires sans charme

Quelques longues séquences de walking simulator sans intérêt autre que narratif

Quelques bugs bloquants, principalement avec les PNJ