Kiligi, le nouveau réseau social plein de positive vibes

La start-up Kiligi a créé u réseau social pour partager ses émotions. L’application a été ouverte au grand public il y a deux semaines. Rencontre avec Guillaume Vilain, le créateur. 

La mission de la start-up Kiligi est d’améliorer le bien-être chez les jeunes. Pour cela, elle a créé une communauté bienveillante composée de jeunes personnes qui souhaitent prendre soin d’elles et des autres.

“Pas un médicament mais un bon outil de détection”

Guillaume Vilain est un véritable couteau suisse. Instituteur pendant vingt ans, il est aujourd’hui créateur de Kiligi, une application et réseau social. À 41 ans, l’idée lui est venue des récits de ses deux enfants de 14 et 16 ans. “Pendant le confinement, ils me racontaient des histoires inquiétantes sur leurs camarades de classe, sur ce qu’il se passait dans les transports en commun ou à l’école” se souvient le fondateur. 

Solitude, harcèlement… Avant la crise sanitaire, un quart des adolescents du monde était en situation de mal être, selon l’OMS. Le taux de suicide a doublé et les hospitalisations en psychiatrie augmentées de 80%. “Tous les centres en psychiatrie ont été pris d’assaut et débordés” raconte Guillaume Vilain.

“Kiligi n’est pas un médicament mais un bon outil de détection” 

Le premier prototype a été lancé en juillet et la version officielle il y a deux semaines. Depuis, l’application publie 150 postes par jour et comptabilise 1.500 téléchargements. 

Un soutien adapté aux adolescents

Il existe déjà plusieurs outils d’accompagnements pour les personnes en détresse. Pourtant, chacun fait face à des limites. Kiligi se présente comme une nouvelle alternative, plus adaptée au contexte sociétal et aux attentes des personnes concernées. L’équipe a voulu “créer une application qui entre dans les codes des jeunes, pour leur permettre de partager leurs émotions et leur situation, et de recevoir du soutien” explique le créateur.

Les lignes téléphoniques comme SOS amitié sont très utiles assure Guillaume Vilain. Pourtant, il regrette qu’elles ne soient pas “une réponse optimale pour les personnes timides ou complexées qui ont du mal à parler”. Les forums d’entraide, eux, se heurtent à un problème d’instantanéité et ne correspondent pas aux “codes de communication des jeunes”. Les associations aussi jouent un rôle essentiel, mais impliquent parfois le mensonge. Les adolescents qui se rendent dans les plannings familiaux inventent souvent “de fausses excuses pour s’absenter auprès de leurs parents”. Concernant les professionnels de santé, Guillaume Vilain regrette qu’un parent sur trois estime que, peu importe la situation, son enfant “n’a pas besoin d’aller voir un psychologue ou un psychiatre”. Le créateur dénonce ici un problème de mentalité et de coût. 

Mettre des mots sur ses émotions

Le principe de l’application est simple. L’utilisateur choisit une émotion et un besoin (sortir, se défouler, parler, etc.). Il est ensuite invité à chercher des pistes de solutions comme “se défouler”, “sortir”, “se reposer”, “lire”, etc. En partageant ses émotions et ses besoins, l’utilisateur reçoit des encouragements, des félicitations, des réponses à ses questions ou autres conseils.

Sur l'application Kigili, l'utilisateur partage ses émotions en 5 étapes
Sur l’application Kiligi, l’utilisateur partage ses émotions en 5 étapes.

Le créateur considère que sélectionner une émotion et poser des mots dessus ne soulage pas forcément. Ce qui aide, c’est de recevoir un soutien et des encouragements. L’utilisateur est donc invité à mettre des mots sur ses émotions et à partager une petite explication de la situation. Un processus bénéfique pour l’auteur du poste et le lecteur/conseiller. Grâce à l’écrit, l’auteur fait un “premier pas en avant” et ses mots aident les lecteurs à mieux le conseiller en fonction de sa situation.

Se distinguer grâce à l’intelligence émotionnelle”, voilà le défi de la start-up. L’idée n’est pas d’être une application de santé mentale, mais bien d’aider les jeunes à mettre des mots sur leurs émotions et à mieux les gérer. Signature d’un CDI, perte d’un proche, validation du permis de conduire, réussite d’un examen, rupture amoureuse…  Sur Kiligi, chaque histoire est différente. Par exemple, “alors que cela faisait trois ans qu’elle avait cela sur le cœur”, une fille a pu raconter son expérience suite à un décès. “C’était la première fois qu’elle en parlait” raconte Guillaume Vilain.

Une alternative à l’anonymat

L’utilisateur peut choisir de publier ou pas en son nom et aux yeux de qui. Cela peut être en public, dans un groupe privé “proches et intimes”.

Malheureusement, la possibilité d’anonymat devrait disparaitre. “Apple ne veut pas et c’est lui qui décide”, regrette Guillaume Vilain. Selon lui, c’était une fonctionnalité plus qu’indispensable pour les victimes d’agression sexuelle par exemple. Il espère permettre aux utilisateurs de contourner cette restriction grâce à l’utilisation de pseudonyme.

La dopamine inversée

La fierté de Kiligi est son fonctionnement basé sur la “dopamine inversée”

“Grossièrement, sur Instagram ou TikTok, on se montre en voyage, avec des produits de luxe, entouré de plein d’amis et toujours souriants” illustre le fondateur. Une présentation de soi qui abime l’image que les jeunes ont de leur propre vie, regrette Guillaume Vilain. Sur Kiligi, pas de compteur à commentaires ou de nombre de like. Les utilisateurs reçoivent “leur dose de dopamine après avoir aidé quelqu’un grâce à un commentaire, pas parce que qu’il a un physique attrayant ou qu’il collectionne les like” explique le créateur. Ce principe de la dopamine inversé espère éviter à l’application de tomber dans le “travers” de la  compétition basée sur le nombre de commentaires. 

“Sur Kiligi, tu es populaire parce que tu es bienveillant, pas pour ton physique avantageux”

Les développeurs de l’application travaillent en ce moment sur la création d’une fonction “double tap”. Il serait alors possible d’aimer un commentaire d’entraide publié par un autre utilisateur. Une fonction similaire au “follow” de Twitter devrait également être intégrée au système. Les utilisateurs de l’application développeraient alors une communauté grâce à leur degré de bienveillance. 

Proposer un environnement sécurisé

La modération de l’application est en pleine construction. “Nous souhaitons proposer une plateforme sécurisée” assure le fondateur. Sur Kiligi, pas d’inscription par emails ou grâce à un mot de passe. La création du compte se fait avec un numéro de téléphone et un code de validation envoyé par sms. 

La majorité des publications est analysée tous les jours. Le risque pour les utilisateurs abusifs, irrespectueux ou dangereux est de voir leur compte signalé et supprimé définitivement. Pour Guillaume Vilain, “c’est le prix à payer pour avoir un réseau sécurisé”. Pour le moment, les premiers utilisateurs semblent jouer le jeu de la bienveillance.

Dans le futur, la modération de l’application sera gérée par Bodyguard, une application française. Le service anti-harcèlement sera directement intégré à l’application grâce à une interface de programmation applicative (API). Il existera ensuite deux sortes de signalements. Un premier pour informer les modérateurs qu’un utilisateur “ne va vraiment pas bien”, et un deuxième pour signaler un comportement problématique.

Se différencier des réseaux sociaux traditionnels

Pour ne pas retomber dans “les travers des applications comme TikTok”, plusieurs enquêtes ont été réalisées en amont avec des professionnels de la santé mentale. “On est un réseau bienveillant et les autres ne le sont pas forcément” insiste Guillaume Vilain. Au moment du lancement de Kiligi, aucune grande campagne de communication n’a été mise en place. La raison ? “Assurer une bienveillance au sein de l’application” pour que les utilisateurs osent se confier. 

“Il n’y a pas tellement de concurrence”, affirme Guillaume Vilain. Talk Like et Feel You, deux applications avec un objectif similaire ne suivent ni le même mode de fonctionnement, ni les mêmes objectifs. Tout d’abord, elles sont réservées aux plus de dix-huit ans. Kiligi ne ferme sa porte “ni aux plus jeunes, ni aux plus âgés”. Guillaume Vilain raconte que certains pensionnés consacrent du temps à conseiller et à réagir aux postes des plus jeunes. 

“L’idée n’est pas d’avoir une plateforme avec des expériences uniquement négatives, mais plutôt de créer un espace de partage”

En bref, pour le créateur, Feel You s’apparente davantage à un journal intime public. Talk Life serait elle moins orienté vers “l’émotionnel”. Guillaume Vilain regrette que ces applications cherchent principalement à développer leur nombre d’utilisateurs, au détriment de la bienveillance. 

Devenir un outil de prévention et de détection

Kiligi ne se revendique pas comme un outil de santé mentale, mais comme un outil de prévention. La start-up a créé plusieurs partenariats avec les “Espace Santé Jeune” en France. L’objectif est de réaliser la même démarche avec les plannings familiaux belges. Les “cas lourds” seront alors redirigés vers les structures compétentes.  

Pour la suite, la start-up a prévu plusieurs levées de fonds, dont une en février. Une aide essentielle pour développer un service de messagerie. Cette nouvelle fonctionnalité permettrait à Kiligi de ne pas “perdre” les utilisateurs qui ont besoin de communiquer entre eux. “Pour le moment, lorsque deux personnes veulent échanger, elles le font via d’autres plateformes”, regrette Guillaume Vilain. Un des autres objectifs est de proposer une plateforme sur ordinateur. Cela permettrait de toucher les personnes plus âgées. “Elles pourraient mettre leur expérience de vie plus longue au profit des plus jeunes” espère le créateur.