Test – King’s Bounty 2 : une suite qui se brûle les ailes

7 ans après le dernier épisode, la franchise King’s Bounty fait son grand retour. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire.

En 1990 était lancée une toute nouvelle franchise sur Amiga et Commodore 64 : King’s Bounty. Mélange de jeu de rôle et de stratégie au tour par tour, la franchise avait su se faire un nom en proposant un gameplay très original. Le joueur déplace son personnage où il le souhaite dans un monde ouvert, tandis que les affrontements se jouent sur un plateau divisé en cases au tour par tour. Un mélange explosif donc, qui a très vite su charmer les amateurs de l’heroic fantasy.

31 ans plus tard, la franchise fait son grand retour. Le dernier épisode, sorti en 2014 par les Russes de 1C Entertainment, avait plutôt réussi à satisfaire les fans. Les développeurs ont ainsi voulu réitérer l’expérience 7 ans plus tard, avec la suite directe du tout premier épisode : King’s Bounty 2. Un choix fortement discutable, puisque cet opus est une déception en tous points.

L’intrigue nous plonge en l’an de grâce 320. Notre personnage, enfermé à tort pour une histoire de conspiration, est libéré de sa geôle par le Prince du royaume. Celui-ci somme notre personnage d’investiguer pour découvrir qui est derrière le meurtre de son père, mais également pour rétablir la paix dans le royaume. Ce n’est qu’en résolvant ce mystère que notre personnage pourra recouvrer la liberté. Rien de bien transcendant donc. Le scénario ne parvient jamais vraiment à se démarquer et à nous donner l’impression qu’il se démarque, et l’on ne prend jamais vraiment notre pied à tenter de libérer Nostria.

Les déplacements sont tout simplement catastrophiques : mous, lents et peu réactifs.

Un scénario digne d’un roman d’heroic fantasy donc, et un personnage aussi charismatique qu’une huître. Au début de l’aventure, nous avons le choix entre trois personnages principaux : l’ancien garde royal Aivar, l’enchanteresse Katharine et le paladin Elisa. Rien ne change, ou presque, entre ces trois protagonistes. Le début est le même pour chacun et à aucun moment ils ne se battent et influencent donc le cours d’un combat (si ce n’est en envoyant des sorts). Seules quelques décisions dans votre histoire provoqueront quelques changements, mais rien de suffisamment percutant pour dire de modifier en profondeur la trame. On aurait d’ailleurs apprécié avoir accès à bien plus de personnage, voire carrément à créer notre propre protagoniste !

Durant votre aventure, vous aurez le choix entre privilégier l’Ordre ou l’Anarchie. Cela influencera légèrement la façon dont les PNJ vous perçoivent, mais également la manière dont se concluent les quêtes. De nouvelles unités se débloquent d’ailleurs en fonction des choix que vous ferez.

Les combats sont réussis même s’ils manquent d’informations à l’écran.

Un des points qui faisaient la renommée de la franchise était sans conteste le passage du jeu d’aventure à des phases de combat au tour par tour. Sur ce pan, force est de constater que les développeurs moscovites se sont appliqués. La formule marche toujours autant, et les affrontements sont assez exaltants. Si l’on regrette un manque d’informations à l’écran, on ne peut qu’apprécier la justesse des affrontements. Assez faciles en début d’aventure, ils se corsent très rapidement et proposent un challenge conséquent par la suite.

De plus, au fil de votre aventure, vous aurez l’occasion d’étoffer votre “garnison” avec de nouvelles unités. Si, au départ, on part au combat avec des chiens de guerre et des fantassins, on retrouve très vite de nombreuses unités provenant du lore de l’heroic fantasy. Goules, fantômes, arbalétriers… Il y en a pour tous les goûts et, surtout, pour toutes les stratégies possibles et imaginables.

De son côté, le royaume de Noria est assez vide lorsque l’on se trouve en dehors des zones habitées. La rencontre avec les autochtones est donc plutôt rare dans les sentiers, et l’on s’ennuie très vite lorsque l’on explore. Du loot peut être récolté, tout comme des livres ou parchemins qui donnent plus d’infos sur l’histoire. Les quelques rares quêtes annexes données par les PNJ ne sont guère emballantes, d’autant que, comme les missions principales, elles ne se résument bien souvent qu’à aller d’un point A à un point B, tuer des ennemis ou récupérer tel ou tel objet.

Les dialogues ne sont jamais vraiment excitants, tout comme le doublage.

De plus, le titre dispose d’un aspect RPG qui n’est pas suffisamment exploité. Les quelques accessoires récoltés améliorent votre santé, défense ou attaque, mais sans jamais réellement impacter l’expérience de jeu. On ne trouve que très rarement de nouvelles armures, et les rares que l’on peut acheter sont beaucoup trop chères. De plus, il n’y a quasiment aucun choix à faire pour impacter la destinée de notre héros. Si ce n’est le dilemme entre Ordre et Anarchie, le joueur n’aura jamais d’autres choix à faire. On aurait par exemple apprécié pouvoir faire des choix dans les dialogues, ou personnaliser plus en profondeur notre personnage, ce qui manque cruellement à Kings Bounty 2.

D’un point de vue du gameplay, les contrôles du personnage sont tout simplement catastrophiques. Notre héros se déplace à une vitesse de croisière bien trop lente, ce qui est extrêmement frustrant. S’il est impossible de le faire accélérer, il est en revanche bien possible de le faire marcher, et donc ralentir encore plus ! Les mouvements ne sont quant à eux pas très fluides, ce qui est notamment le cas avec le cheval. Celui-ci arrive toujours très longtemps après qu’on l’ait appelé, et ne nous suit pas comme on pourrait le voir dans un Assassin’s Creed par exemple. Petite déception du côté des contrôles sur PC, puisqu’il est impossible de modifier les touches, un message d’erreur apparaissant constamment.

Côté bande sonore, le résultat est plutôt mitigé. Les doublages sont médiocres, avec des personnages qui ne se démarquent jamais et des dialogues extrêmement plats et sans saveurs. En revanche, les différentes mélodies proposées sont très appréciables et plutôt réussies. Elles retranscrivent toujours la situation vécue par le joueur et ajoutent de la saveur à l’ambiance médiévale et épique du titre.

Certains environnements sont plutôt jolis, d’autres le sont nettement moins.

Pour ce qui est de la technique, King’s Bounty 2 semble très paresseux et inconstant. Certains environnements sont extrêmement jolis, comme le palais du Prince au début de l’aventure. Les effets de lumière y sont tout simplement magnifiques, tout comme les reflets dans le carrelage. En revanche, d’autres paysages sont bien moins jolis à regarder. Sans être vraiment affreux, le titre propose très souvent des environnements peu élaborés. Les visages des personnages sont quant à eux extrêmement rigides lors des dialogues. L’Unreal Engine est, certes, un excellent moteur, mais il ne peut faire des miracles.

Enfin, King’s Bounty 2 pèche dans sa finition. Beaucoup trop de bugs restent à déplorer, notamment pour ce qui est de l’affichage. Si le titre tourne, généralement, autour des 60FPS sans trop de mal, il commence à avoir plus de mal lorsqu’il y a un peu de foule. Le clipping est omniprésent, surtout dans l’environnement, avec des éléments qui apparaissent au fur et à mesure qu’on avance. Les textures chargent toujours avec un temps d’avance, ce qui fait tache.

Conclusion

31 ans après ses débuts, la série King’s Bounty nous revient avec enfin une véritable suite, qui fait également office de revival pour la franchise. S’il reste fidèle à l’original, en mélangeant RPG et jeu de stratégie au tour par tour, le titre est une déception à tous les étages. Si l’on retrouve les affrontements au tour par tour qui font la patte de la franchise et qui sont très réussis, tout le reste du titre est à revoir. A commencer par la partie RPG. Les déplacements du personnage et du cheval sont horriblement lents. L’univers est complètement sous exploité, avec des interactions minimalistes avec les PNJ et des environnements qui manquent de profondeur. Le monde du jeu semble désespérément vide et manque de vie. Durant toute l’aventure, le scénario ne parvient jamais à nous surprendre et se contente du strict minimum, avec une histoire simpliste. Visuellement, si certains endroits valent le détour, on reste bien en deçà de ce dont est capable l’Unreal Engine. Enfin, les bugs sont omniprésents : clipping, textures en retard, ralentissements par moments… Seuls les vrais fans de la franchise verseront une larme de nostalgie en jouant à ce titre, et pas forcément pour les bonnes raisons. 

King's Bounty 2

Gameplay 4.5/10
Contenu 5.5/10
Graphismes 4.5/10
Bande son 6.5/10
Finition 4.5/10
5.1

On aime :

Les combats au tour par tour

La variété d'unités disponibles

On aime moins :

Beaucoup de bugs : clipping, textures en retard...

Des graphismes datés

La partie RPG bâclée

Les contrôles du personnage dans le monde ouvert

Un scénario en carton