Test – The Medium : un thriller paranormal d’une rare profondeur

Après Blair Witch et The Observer, les développeurs polonais de la Bloober Team nous reviennent avec un nouveau projet particulièrement ambitieux, qui marche sur les traces de Resident Evil et Silent Hill…

Parmi les studios qui grimpent depuis quelques années sur la scène indé, les développeurs polonais de la Bloober Team ont déjà signé quelques jolies réussites avec en vrac The Observer, Layers of Fear 1 et 2 ou encore l’adaptation vidéoludique de Blair Witch Project. Ils signent avec The Medium leur projet le plus ambitieux à ce jour.

Les passages dans le monde des esprits représentent les séquences les plus traumatisantes du jeu.

Présenté comme le premier jeu next-gen exclusif aux Xbox Series (bien qu’il sorte aussi sur PC), le titre était attendu au tournant par la communauté de joueurs et en particulier les amateurs de fantastique. D’une part, parce que c’était déjà l’occasion de découvrir enfin le potentiel des consoles next-gen avec un titre pensé pour ces supports. D’autre part, parce qu’il faut bien l’avouer, les franchises axées survie et horreur sont peu nombreuses. Les nouveaux-venus sont donc souvent accueillis à bras ouverts.

Avant de continuer ce test, il convient toutefois de définir à quelle catégorie appartient précisément The Medium. Car il ne s’agit clairement pas d’un clone de Resident Evil ou de Silent Hill, même s’il en emprunte certains éléments à ces deux références au niveau de son gameplay et de l’atmosphère générale. Le jeu de la Bloober Team se situe en réalité quelque part à mi-chemin entre un Les Chevaliers de Baphomet et un Silent Hill. Il s’agit avant tout d’un jeu narratif, qui comprend quelques séquences d’action, d’infiltration et quelques énigmes. The Medium s’écarte ainsi des précédentes productions du studio, qui étaient beaucoup plus proches de “walking simulators” mâtinés d’horreur. Le jeu se joue d’ailleurs presqu’entièrement à la troisième, avec des plans fixes qui rappellent ceux des premiers volets de la saga Resident Evil. Une approche qui a permis aux développeurs de soigner leurs plans et de donner à The Medium un côté à la fois authentique et cinématographique.

Esthétiquement, le jeu donne un bel aperçu des consoles next-gen.

The Medium, c’est toutefois avant tout un jeu d’enquête dans la veine des Chevaliers de Baphomet et autres Sherlock Holmes. Un jeu résolument old-school plein de références aux 90’s, qui se déroule d’ailleurs au beau milieu des années 90. Dans la peau de Marianne, une jeune medium, le joueur devra partir à la découverte d’un complexe hôtelier abandonné en plein forêt, non loin de la ville de Cracovie, en Pologne. Un cadre pour le moins dépaysant. Dans The Medium, le joueur sera amené à croiser de nombreuses âmes et découvrira leur passé, un passé souvent très sombre puisque les faits narrés se déroulent avant l’effondrement du bloc soviétique… Et il faut l’avouer, le scénario de The Medium est une très belle réussite. Avec ses personnages attachants, son univers très mystérieux, son cadre atypique et ses nombreuses lignes de dialogue, The Medium impressionne par sa profondeur et sa maîtrise. Les cinématiques sont à couper le souffle. On sent la passion des développeurs pour le septième art dans chaque plan de caméra.

Fantastique oblige, l’horreur fait partie intégrante de l’expérience. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le compositeur de la bande sonore du jeu n’est autre que celui qui a signé la bande son de Silent Hill… Les ressemblances entre les deux productions sont d’ailleurs nombreuses, surtout au niveau de l’ambiance générale. The Medium brille par sa maturité. On est très loin du slasher teenager bête et méchant. Le jeu de Bloober use et abuse de techniques cinématographiques pour vous faire sursauter. Globalement, les jump scares sont très peu utilisés. Les séquences horrifiques sont peu nombreuses mais elles ont tendance à être assez longues et parfois franchement traumatisantes. Et c’est là que le jeu brille de mille feux, avec sa faculté exceptionnelle à surprendre sans cesse le joueur avec son scénario alambiqué, ses plans travaillés, ses flash-backs et ses séquences d’action intenses, qui surviennent souvent au moment où on s’y attend le moins. The Medium surprend par sa structure très déstructurée justement. Impossible de dresser une règle ici, les développeurs ont pris un malin plaisir à tout déconstruire.

Dans The Medium, vous évoluerez souvent dans deux réalités simultanément.

Il ne sera pas rare de ne pas croiser une âme pendant 20 bonnes minutes. Le joueur aura ainsi souvent l’occasion d’explorer en profondeur les décors pour récupérer tous les objets qui lui serviront dans sa progression, mais aussi les nombreux collectibles qui nous en apprennent plus sur le scénario du jeu. C’est là l’une des forces de The Medium, il est possible d’aller beaucoup plus loin dans son scénario en explorant les notes, cartes postales et échos du passé récupérés dans les niveaux.

Si Marianne ne porte pas d’arme, cela ne signifie pas pour autant que le jeu de Bloober Team ne propose pas son lot de séquence musclées. Ne vous attendez pas à des séquences de shoot ou de combat intenses toutefois, celles-ci prennent ici la forme de courses-poursuites intenses et de séquences d’infiltration. Le jeu réserve également son lot d’énigmes et d’exploration. Au final, si on lui reconnait parfois des petits airs de walking simulator, la formule a toutefois beaucoup évolué depuis Observer et Layers of Fear. C’est d’ailleurs dans sa seconde moitié que The Medium révélera tout son potentiel.

Frissons garantis à la morgue…

Car c’est bien après quelques heures de jeu que vous rencontrez la principale menace qui vous guète dans The Medium, une terrifiante créature qui vous traquera jusqu’au bout de l’aventure. Le jeu se transformera alors régulièrement en un titre d’infiltration. L’intensité des séquences est telle qu’il ne sera pas rare de faire une pause pour souffler un coup. Dans Medium, la bande son joue un rôle central. Les développeurs mettent d’ailleurs en garde les joueurs au début de l’aventure, précisant qu’il vaut mieux y jouer le son tourné au maximum, avec un casque audio de préférence. Car il ne sera pas rare d’utiliser l’environnement sonore pour comprendre où se situe le danger…

Alors oui, on pourra reprocher au jeu sa prise en main un peu trop rigide, quelques séquences moins réussies et une palette de mouvements relativement limitée. The Medium n’en reste pas moins une jolie réussite par rapport aux précédentes productions du studio polonais. Bloober Team signe un jeu intelligent, à l’univers riche, aux propos matures et techniquement superbe. Visuellement, le jeu tire brillamment parti des capacités des consoles next-gen. L’attention portée aux détails est juste incroyable, que ce soit au niveau des modélisations des personnages, des décors ou même des objets. On se rapproche parfois du photo-réalisme sur les plans fixes. Artistiquement, The Medium est également une très belle réussite, tant au niveau de la direction artistique que de sa bande son. La finition est en outre irréprochable. En revanche, la principale caractéristique mise en avant par les développeurs tout au cours des derniers mois n’est finalement qu’un gimmick à l’intérêt modéré. Dans The Medium, le joueur sera amené parfois à amener simultanément dans deux mondes : le monde réel et celui des esprits. Une feature qui sert ici principalement à nous servir son lot de petites énigmes qui ne sont guère très compliquées à résoudre et reposent souvent sur le même principe : “sortir” de son corps pour activer dans un temps limité un interrupteur. L’écran se scindera en deux parties durant ces séquences de jeu et le joueur devra garder un oeil sur les deux segments de l’écran pour ne manquer à la fois aucun indice et aucun collectible… Sympathique artistiquement, la feature n’apporte en soi pas grand chose au jeu, ludiquement.

The Medium joue brillamment avec les angles de caméras.

En définitive, difficile donc de ne pas être séduit par The Medium. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’un titre triple-A, le nouveau jeu de Bloober n’en reste pas moins une expérience narrative très séduisante. S’il n’est pas bien long – comptez 6 à 8 h pour en voir le bout -, The Medium n’est vendu qu’une quarantaine d’euros et est intégré aux abonnements GamePass. Aucune raison donc de passer à côté de cette petite pépite…

Conclusion

Avec The Medium, le studio polonais Bloober Team signe son projet le plus ambitieux, un survival-horror qui lorgne du côté de Silent Hill tout en adoptant une approche beaucoup plus narrative que son modèle, avec des séquences de jeu moins musclées. Artistiquement et narrativement, le jeu de Bloober est une très belle réussite. Le scénario du jeu est passionnant à suivre de bout en bout avec ses histoires d’esprits pleines de nostalgie. Le cadre atypique du jeu, son univers sombre et sa bande son maîtrisée lui confèrent une identité unique. Esthétiquement, le jeu du studio polonais est également l’un des premiers titres next-gen à nous en mettre plein les yeux avec ses superbes panoramas et ses jolis effets visuels. Il faudra en revanche composer avec un gameplay qui peine à trouver sa voie… Lorgnant tantôt du côté du jeu d’enquête narrative, tantôt du côté du survival horror, The Medium souffre d’un manque global de punch et d’une prise en main un peu trop rigide. Des petits défauts qu’on lui pardonnera volontiers au vu de ses nombreuses qualités. Ames sensibles s’abstenir toutefois : les séquences horrifiques du jeu ont de quoi vous filer une trouille bleue et les propos très matures du jeu réservent The Medium à une audience à l’aise avec les thèmes abordés. 

The Medium

Gameplay 6.0/10
Contenu 7.0/10
Graphismes 8.0/10
Bande son 8.5/10
Finition 8.5/10
7.6

On aime :

Une bande son excellente

Une très jolie démo technique

Un scénario passionnant de bout en bout

L'ambiance pesante et dérangeante du jeu

Une finition irréprochable

On aime moins :

Quelques séquences moins maîtrisées

La jouabilité un peu trop rigide

Un gameplay assez limité

Pas de doublage français (mais des sous-titres)