Le studio polonais One More Level livre avec Ghostrunner son premier jeu, un titre ambitieux et exigeant, qui s’impose comme l’une des sensations “indé” de cette fin d’année.

Ghostrunner nous plonge dans un univers cyberpunk futuriste. Dans cette réalité, le seul rempart qu’il reste à l’Homme est une tour gigantesque à travers laquelle les derniers humains se battent pour survivre. Comme souvent dans les histoires dystopiques, cette tour incarne la hiérarchie de la société, tenue d’une main de fer par le Maître des Clefs. Cette organisation hiérarchisée ne s’est pas mise en place sans incident. On le découvre d’ailleurs à travers une cinématique à travers laquelle, notre héros, engagé dans la rébellion, est jeté du haut de la tour. Amnésique, notre personnage se réveille et est guidé par une voix mystérieuse qui lui demande de venir la libérer et de reprendre son combat contre le Maître des Clefs. Une quête qui va le pousser à traverser de rudes épreuves. Les soldats, menaces et obstacles en tous genres seront nombreux à se dresser sur sa route.

Voilà le scénario de base que développe Ghostrunner. Une histoire qui est loin d’être originale et pourtant, cela ne l’empêche pas de transporter le joueur. On se laisse totalement embarquer dans la quête de notre héros souhaitant renverser le pouvoir en place. On pourrait tout de même émettre une petite critique quant à la manière dont le scénario est dressé.

One More Level a en effet fait le choix de nous poser les bases de son jeu à travers des dialogues in-game qui apparaîtront sous la forme de sous-titres durant des séquences d’action. Pas toujours évident de suivre le fil si vous n’êtes pas un parfait anglophone.

L’environnement est très joli et très travaillé et le devient de plus en plus au fil des niveaux.

Une chose est sûre, Ghostrunner ne fait pas dans les fioritures. On met tout de suite les pieds dans le plat, quitte à en perdre les pédales. Le premier niveau de ce jeu de parkour punitif sert de tutoriel. Celui-ci est toutefois loin d’être représentatif du reste de l’aventure. Les indications sont en effet peu nombreuses et particulièrement peu explicites. Au final, on se retrouve à tâtonner avec le peu d’informations que l’on a reçu pour tenter de progresser dans le jeu.

Comme nous l’avons dit, Ghostunner est un jeu de parkour à la manière d’un Mirror’s Edge, mais dans une version beaucoup plus frénétique et punitive. Le jeu joue la carte du « one shot, one kill » et ça fait mal. Le contexte est également très particulier, en raison de son univers, mais aussi de la mission de notre héros.

Pour progresser, il faudra donc courir, sauter, enchaîner les plateformes et trancher nos ennemis à coup de katana à un rythme particulièrement soutenu. Le mot d’ordre dans Ghostrunner, c’est la frénésie. Tout va vite, que ça soit sauter sur les murs pour atteindre la plateforme suivante, éviter les balles adverses, massacrer ses ennemis ou encore mourir. On se retrouve donc ainsi à recommencer les parcours des dizaines de fois pour comprendre comment enchaîner la séquence correctement ou trouver la parade pour massacrer les ennemis tout en glissant sur les murs. L’expérience die & retry est particulièrement soutenue ici et la pression n’est relâchée à aucun moment. Les amateurs de ce genre de jeu y trouveront forcément leur compte. Pour les autres, il faudra faire preuve de patience et de retenue. Officiellement, il faudra moins d’une dizaine d’heures pour finir la vingtaine de niveaux de Ghostrunner, mais dans les faits, trouver la manière de traverser chaque séquence allongera bien la durée de vie du titre.

Au fur et à mesure que notre héros gravit les étages, la difficulté se fera grandissante de manière parfaitement maîtrisée. Les bidasses sont rapidement remplacés par des unités d’élite aux capacités propres. Pour un premier jeu, le studio polonais fait preuve d’une parfaite maitrise à ce niveau.

Progresser demandera une excellente maîtrise des touches au joueur, car il ne suffira pas de sauter d’un mur à l’autre, il faudra également éviter les balles qui fusent dans tous les sens. Pour cela, le joueur pourrait compter sur sa capacité à ralentir le temps qui lui permettra de straffer pour éviter la balle, mais aussi pour se retrouver rapidement à proximité de son adversaire pour le trancher en deux. Cette même compétence lui permettra également de sauter plus loin, d’aller plus vite ou tout simplement d’atteindre une plateforme particulièrement mal placée, mais là encore, il lui faudra apprendre à la maîtriser ce qui lui coûtera de nombreuses morts. Fort heureusement, la réapparition de notre héros se fera particulièrement vite, de quoi enchaîner les tentatives rapidement.

La progression dans Ghostrunner se fait à la fois à l’horizontal et à la verticale.

Au fil de la progression, le joueur pourra débloquer de nouvelles compétences lors de passages dans le CyberVoid – on y reviendra. Il pourra ainsi utiliser un grappin pour progresser dans les niveaux de la Tour, mais aussi se téléporter rapidement derrière un ennemi pour le transpercer. Le jeu impose en effet un rythme effréné d’esquives et d’attaques pour venir à bout des ennemis. Les nouvelles compétences telles que la vague d’énergie horizontale qui découpe plusieurs assaillants d’un coup seront donc les bienvenues.

On notera également l’apparition de nouvelles interactions avec l’environnement, elles aussi bienvenues puisque les premiers niveaux seront assez pauvres sur ce point. Au bout d’un moment, le joueur pourra réaliser des hyper-sauts, lancer des shurikens pour désactiver des verrouillages électroniques ou encore se suspendre à des rails pour glisser à toute vitesse. Il faudra malheureusement patienter jusqu’à la seconde moitié du jeu pour profiter de toute la richesse du level design qui, jusque là, sera plutôt conventionnel tout en étant très bon. Et si la difficulté et l’exigence de chaque niveau pourraient en rebuter plus d’un, on en redemande encore et encore tels de véritables masochistes.

Car oui, Ghostrunner est loin d’être un jeu simple et facile, mais on se laisse prendre au jeu, à la tension. On prend goût à l’adrénaline, on veut aller toujours plus loin, atteindre la prochaine séquence, finir le niveau pour pouvoir sauvegarder. Il ne sera en effet pas question de pouvoir quitter la partie à un checkpoint en pensant y revenir. Lorsqu’on relance le jeu, on est automatiquement téléporté au début du niveau. Sadique. Et c’est très certainement le plus gros défaut du jeu.

En parallèle des parcours frénétiques, le jeu propose également des niveaux dans les niveaux, le CyberVoid. Il s’agit d’un monde virtuel de niveaux intermédiaires, mêlant énigmes et séquences de plates-formes. Les phases dans le CyberVoid semblent avant tout servir de pause tant le contraste est important avec le reste du jeu en termes d’exigence et de pression.

Le joueur peut ralentir le temps et se déplacer pendant cette pause pour éviter une balle ennemie.

Dès l’écran titre, Ghostrunner bluffe par la beauté de ses graphismes. Pour une production de taille moyenne, le titre de One More Level est en effet particulièrement joli, et ce, même s’il prend vie dans un univers cyberpunk déjà bien exploité. Le jeu parvient malgré tout à développer sa propre identité visuelle et lorsqu’on prend le temps de les admirer, on remarque que les décors ont été particulièrement travaillés. Bien que les interactions avec l’environnement soient limitées, ces derniers se révèlent très riches en détails. Mais le jeu ne dévoile tout son potentiel visuel qu’au bout d’un certain nombre de niveaux avec des ambiances plus travaillées. La première partie de l’aventure plongera le joueur dans des niveaux plus industriels, à l’ambiance moins unique.

Enfin, toute l’aventure sera encadrée par une ambiance musicale des plus soignée. Les développeurs ont évidemment opté pour des morceaux très électro et très rythmés qui ne font que souligner le cadre cyberpunk, mais aussi la dynamique et l’intensité du gameplay. On peut tout de même trouver cela un poil répétitif au bout d’un moment.

Conclusion

Pour une première réalisation, le studio polonais One More Level a placé la barre haut avec Ghostrunner. Ce jeu d’action à la première personne propose une aventure particulièrement frénétique où les réflexes des joueurs seront mis à rudes épreuves, de même que leurs nerfs puisque le jeu repose également sur le concept du die and retry. Dans la peau d’un tueur armé d’un katana, il devra arpenter des niveaux composés de multiples plates-formes et éliminer ses ennemis sur des poussées d’adrénaline. Il faudra appréhender le terrain et assimiler la séquence à réaliser, retenir la position de ses ennemis, mais aussi enchaîner les plateformes, le tout le plus rapidement possible puisque la moindre alerte signera pratiquement votre mort. S’il est exigeant, Ghostrunner sait aussi se montrer addictif. Le cadre et l’environnement musical y sont pour beaucoup. Difficile de lui trouver des points négatifs si ce n’est peut être son système de sauvegarde contraignant ou son tarif un poil élevé. 

Ghostrunner

8.2

Gameplay

8.5/10

Contenu

7.5/10

Graphismes

8.5/10

Bande son

8.0/10

Finition

8.5/10

Les + :

  • Un gameplay exigeant et maîtrisé
  • Action survoltée tout le long
  • Une progression maîtrisée et un renouvellement constant
  • Visuellement très beau
  • Une bande son solide

Les - :

  • Le système de sauvegarde punitif
  • Quelques interactions soucieuses avec l'environnement
  • Les niveaux CyberVoid en-deçà du reste
  • Un tarif un poil élevé (29,99€)
  • Un certain manque de diversité dans les décors