Vingt-trois ans après la sortie du titre original, Final Fantasy 7 revient sous la forme d’un remake qui ne couvre qu’une partie de l’histoire du jeu originel. Explications. 

Annoncé à l’E3 2015, le remake de Final Fantasy VII a demandé plus de 5 ans de développement, un travail colossal, tant du point de vue visuel qu’au niveau du gameplay. Tout a été revu et corrigé pour coller aux exigences vidéoludiques actuelles, livrant une expérience totalement différente aux joueurs. Mais si les premières images dévoilaient un univers magnifique, le mystère restait entier concernant le scénario. Le remake suit-il l’histoire de l’original ? Fait-il honneur à l’œuvre majeure qu’a été et est toujours Final Fantasy 7 ?

Bienvenue à Midgar

Les échanges entre les personnages sont plus longs et plus profonds.

Si Final Fantasy 7 Remake est une réinterprétation de l’original, celui-ci reprend largement le scénario du premier volet. Le joueur se retrouve donc plongé au cœur d’un projet d’attentat contre l’un des réacteurs de Shinra, une gigantesque entreprise qui contrôle Midgar et ses habitants, ainsi que ceux des bidonvilles et aspire la l’énergie de la planète, la Mako. Notre héros, Cloud Strife, un ancien SOLDAT de la Shinra, vient en aide à Avalanche, un groupe écoterroriste. Une mission qu’il suit plus par intérêt financier que par engagement écologique.

Après avoir fait exploser le réacteur, notre héros suit malgré lui les membres d’Avalanche dans le bidonville du secteur 7 où il revoit son amie d’enfance, Tifa. Rapidement, Cloud se voit entraîné dans de nouvelles missions d’écoattentats durant lesquelles il en apprend davantage sur les méfaits de la Shinra, de son président et de ses sbires.

Le remake reprend donc fidèlement le cadre scénaristique de l’original, mais gagne énormément en profondeur grâce à une mise en scène beaucoup plus travaillée. Les échanges entre les personnages sont plus longs, mais surtout plus vivants puiqu’ils sont désormais portés par des doubleurs. Dorénavant, tous les personnages parlent et s’interpellent, même durant les phases de combat. D’ailleurs, à ce sujet, on se serait bien volontiers passé des commentaires très répétitifs des personnages (“Laisse-moi faire”, “je prendrai bien une douche!”, “ça fait du bien quand ça s’arrête”).

Scénaristiquement parlant, Final Fantasy 7 Remake livre une histoire plus profonde, plus humaine et plus attachante. Les personnages sont évidemment plus travaillés. Leur prise de parole ne se limite pas toujours à progresser dans l’histoire, parfois elle sert juste à développer leur rôle et leur relation. On se laisse porter par l’histoire du jeu.

Des combats en temps réel

Les personnages attaquent de manière autonome.

Pour ce remake, Square Enix et les développeurs ont fait une croix sur les affrontements au “tour par tour”, pierre angulaire des premiers Final Fantasy. Désormais, les combats se font en temps réel, sans aucune transition. Les ennemis sont visibles sur la carte, il suffit de les approcher pour que le combat s’engage. Mais ce changement de gameplay ne fait pas totalement une croix sur la partie stratégie des affrontements au sein de FF7 puisque les joueurs doivent jongler avec plusieurs éléments pour terrasser leurs ennemis.

Le nouveau mode de combat mélange en effet action et stratégie puisque le système de barre ATB (Active Time Battle) est toujours de la partie. Dans les faits, le joueur pourra réaliser des attaques physiques et basiques et pourra utiliser l’une ou l’autre attaque spéciale ou magique, voire utiliser des objets tels que des potions, antidotes ou Queue de Phénix pour faire revivre un héros. Mais pour cela, il devra attendre que la barre ATB se remplisse. Cela exige une certaine concentration et stratégie de la part du joueur, surtout lorsqu’il ne lui reste plus qu’un seul personnage en vie.

Ce mélange offre une expérience à la fois frontale, énergique et jouissive. Il faut tout le temps anticiper, surtout face aux boss.

Cette nouvelle organisation permet de mieux différencier les types de personnages. Chacun ayant un rôle à jouer. Évidemment, Cloud ira plutôt au contact, alors qu’Aerith se contentera de jeter des sorts de loin et de soigner ses amis. D’ailleurs, jongler entre les personnages sera un indispensable pour venir à bout de certains ennemis. Si les personnages qu’on ne contrôle pas attaquent automatiquement, leurs dégâts sont assez faibles. C’est pourquoi il est important de jongler avec tous.

La transition entre les personnages est très fluide. On peut passer de Cloud à Tifa, puis de Tifa à Barrett en quelques touches. Cela permet de programmer des actions à chacun le temps que celles-ci se réalisent. D’ailleurs, le temps ralentit lorsqu’on consulte le menu des attaques afin d’avoir le temps de programmer nos actions.

Les transcendances sont toujours d’actualité et sont toujours autant grisantes. Au fur et à mesure des combats, une barre de transe se remplit jusqu’à ce que la force de notre personnage décuple. Il est alors possible de lancer des attaques très puissantes. Le joueur pourra également faire appel aux invocations, autre pierre angulaire des Final Fantasy. Invoquer ces monstres magiques surpuissants qui se battront à vos côtés est toujours aussi jouissif.

On notera également une barre chez les ennemis qui se remplit au fur et à mesure des attaques. Au bout d’un moment, ils passent en état de « choc » ou de fragilité. Des états qui les rendent particulièrement fragiles aux attaques et qui laissent les joueurs multiplier les attaques pour faire le plus de dégâts possible.

En résumé, le système de combat de Final Fantasy 7 Remake est une vraie réussite. Il mêle parfaitement action et stratégie, obligeant les joueurs à organiser ses attaques, mais aussi à anticiper les réponses ennemies. La gestion des personnages pousse le joueur à s’impliquer énormément dans les combats. Contre les boss, qui se révèlent particulièrement résistants sans être insurmontables, les invocations et transcendances sont impressionnantes et jouissives.

Un jeu d’action-aventure avant tout

S’il flirte avec l’action-aventure, Final Fantasy 7 Remake n’en reste pas moins un J-RPG avec ses systèmes de leveling. Pour améliorer les attaques de ses héros, le joueur devra leur affubler diverses pièces d’armure – seulement trois catégories (arme, armure, accessoire) -, incruster des matérias et, petite nouveauté, améliorer les armes via les points d’aptitudes.

L’amélioration des armes se fait via un espace onirique très joli. Au fur et à mesure que les personnages augmentent, les améliorations des armes se multiplient. Pouvoir offrir des avantages à ses héros, c’est bien, mais on aurait préféré que ce système offre davantage de complexité. Ici, il est simplement question d’activer des bonus ça et là, qui, d’ailleurs, sont assez équivalents pour tous les personnages

Autre point négatif à ce propos : les matérias. Il n’est plus question ici de trouver l’association ultime de matérias pour rendre les armes surpuissantes. Ces gemmes de pouvoir ou de bonus ont perdu de leurs complexité, bien qu’elles restent tout de même très intéressantes pour les combats. Le jeu perd un peu de sa complexité.

Un jeu très dirigiste

Les détails sont impressionnants. Les développeurs ne se sont pas limités à donner un cadre, mais ont construit un univers riche et splendide.

Si le scénario a tendance à nous pousser d’un point A à un point B, il nous laisse tout de même un peu de liberté, notamment dans les bidonvilles. On se retrouve ainsi à voyager dans les allées de ces villes-taudis à la recherche de vendeurs d’armes et de potion, mais aussi de quêtes annexes. Globalement, on peut le dire, FF VII Remake reste toutefois un jeu très dirigiste dans lequel il sera difficile de se perdre.

En effet, ce Final Fantasy 7 Remake qui ne reprend que le premier CD de l’original est bien plus long que son prédécesseur, et ce, en partie grâce aux quêtes annexes. Celles-ci profitent également d’une mise en scène plus poussée et offrent la possibilité aux joueurs d’explorer quelque peu les villages. Mais ne rêvez pas, le remake est tout aussi linéaire que l’original, et ce, même si le cadre est plus travaillé. Que ça soit à Midgar ou dans les bidonvilles, les PNJ vivent leur petite vie tranquille.

Dans la pratique, cela signifie toutefois aussi qu’il faudra être patient pour découvrir la suite de l’aventure, les deux seconds tiers du jeu originel. Au final, on perd donc quand même une grosse partie du contenu et l’addition risque d’être particulièrement salée pour les joueurs. Reste que ce premier chapitre n’en est pas moins très agréable à parcourir de bout en bout.

Visuellement époustouflant

Le secteur 6 est particulièrement riche visuellement.

Depuis les premières images dévoilées, Final Fantasy 7 Remake nous en a mis plein la vue et, fort heureusement, le titre est fidèle à ce qui nous a été vendu. Visuellement, on ne peut être qu’impressionné par les décors, les détails et la richesse de l’univers du jeu. Les équipes de Square Enix ont réalisé un travail titanesque pour développer cette revisite de Midgar. La modélisation des personnages est impressionnante de détails, on voit les muscles des personnages se contracter, les cheveux bouger suivant les mouvements – à l’exception près des cheveux gominés de Cloud. Leurs gestes sont très naturels et leur animation est parfaitement convaincante. Et les PNJ semblent avoir reçu autant de soin que les personnages principaux.

Évidemment, les cinématiques sont époustouflantes. On reste bouché bée face à des images d’une qualité et d’une beauté incroyables. Le constat est le même en dehors, la direction artistique steampunk du jeu est impressionnante et très riche.

Si à certains moments, les décors peuvent paraître très dépouillés, notamment en intérieur, le jeu se montre beaucoup plus inspirés en extérieur. Chaque secteur dispose de sa propre personnalité, bien qu’il s’agisse de bidonvilles. Le secteur 6 se démarque largement, comme dans l’original. Lieu de débauche par excellence, on y retrouve autant de bars, de restaurants, d’arènes et de magasins en tous genres. Les décors y sont très riches et diversifiés, notamment le palais de Don Cornéo à l’architecture japonaise. Les écriteaux lumineux offrent une ambiance particulière au bidonville.

Globalement, tout fonctionne parfaitement. On notera quelques soucis de caméras (4-5 sur vingt heures de jeu) et quelques soucis de transition sombre – obscure (3-4), mais c’est tout et c’est vraiment pour chercher la petite bête. Les plus pessimistes diront peut-être que FFVII incarne la face sombre de la franchise. Il est vrai que le jeu n’est pas très coloré mais il s’agit d’une question de goûts.

Voice-acting 1 – doublage francophone 0

Le développement du personnage principal, Cloud, déçoit. Il est insipide et inconstant.

Le doublage fait son apparition dans ce Final Fantasy 7. Les personnages disposent chacun de leur propre voix dans toutes les langues. Cela permet véritablement d’apporter de la profondeur aux personnages, mais aussi de développer leur personnalité. Ils entrent plus facilement en interaction les uns avec les autres, renforçant leur relation. À mesure qu’on apprend à les connaitre, on s’attache davantage à Barrett, Tifa et Aerith. Pour ce qui est de Cloud, c’est autre chose, mais c’est sans doute lié à sa traduction française.

Parce que, oui, Final Fantasy 7 Remake s’offre une traduction francophone, un fait rare pour un J-RPG. D’ailleurs, on a été agréablement surpris de voir que la traduction française était aussi fleurie en gros mots, mais aussi en argot (clamser), offrant des interactions très réalistes.

Mais il semblerait que la traduction française porte préjudice au personnage de Cloud. Son doublage n’est pas à la hauteur de celui des autres. Il est beaucoup plus terne et insipide, et ce, en dehors de son rôle d’homme tourmenté par un lourd passé. Pourtant, comme pour Séphiroth, on retrouve Tanguy Goasdoué, qui avait déjà doublé le personnage dans le film Final Fantasy VII : Advent Children. Nous n’avions pas la même impression avec la traduction anglaise, mais le problème pourrait tout de même venir du personnage en lui-même.

Ici, la personnalité de Cloud semble ambiguë, mais pas de la bonne manière. S’il est complexe à cause de son passé d’ancien SOLDAT, il n’en reste pas moins maniable au final et assez faible d’esprit. Il se laisse facilement convaincre par ses camarades, alors qu’initialement, il affichait un non catégorique. On est franchement déçu par le personnage.

À moins que ça ne soit les autres personnages qui soient trop exubérants ? Dans tous les cas, quelque chose ne colle pas, et on aura tendance à dire que le problème se pose plutôt du côté de Cloud.

Pour en revenir à l’aspect sonore du jeu, Final Fantasy 7 Remake nous livre une ambiance musicale magistrale. Il faut dire que les musiques sont une part importante des Final Fantasy. Les développeurs ont d’ailleurs repris en grande partie les œuvres de l’original et les ont modernisées. Le résultat est plaisant.

Conclusion

Le travail réalisé par les équipes de Square Enix sur ce remake de Final Fantasy VII est titanesque tant au niveau du gameplay que des visuels. S’il reste fidèle à l’original dans son univers, ce remake de FFVII n’hésite pas à prendre ses distances avec le classique dans son gameplay avec des combats en temps réels d’une rare intensité. On perd un peu en profondeur de gameplay mais on y gagne au niveau de l’immersion. Au-delà des attaques au corps à corps, il faudra patienter jusqu’à ce que la barre ATB se remplisse pour lancer une attaque surpuissante ou utiliser des potions de soin. De quoi forcer les joueurs à anticiper les dégâts, mais aussi à jongler entre les personnages et leurs spécialités. Passionnant de bout en bout, le jeu n’en reste pas moins assez court puisque seulement 1/3 du jeu originel nous est livré aujourd’hui. Pour la suite, il faudra se montrer patient. L’attente de 5 ans en valait en tout cas la peine. Nerveux, beau à damner et passionnant, ce remake de l’un des jeux de rôle les plus cultes de l’histoire du jeu vidéo s’impose comme une franche réussite, qui ne déçoit finalement qu’au niveau de son contenu, un peu léger. 

Final Fantasy 7 Remake

8.1

Gameplay

8.0/10

Contenu

7.5/10

Graphismes

9.0/10

Bande son

8.0/10

Finition

8.0/10

Les + :

  • Un scénario touchant, plus profond que l’original
  • Des combats en temps réel complexes, mais jouissifs
  • Une mise en scène époustouflante
  • La beauté globale impressionnante du jeu
  • Fidèle au matériau d'origine

Les - :

  • Des aspects J-RPG anecdotiques, moins intéressants que FF7
  • Le personnage de Cloud et son doublage français inégal
  • Le retrait de quelques spots emblématiques
  • Une progression un poil trop linéaire
  • Le remake ne couvre qu'1/3 du jeu originel