Exclusivité PlayStation, Dreams débarque comme un OVNI dans le milieu vidéoludique. Une aventure non linéaire où le joueur peut mettre toute sa créativité à l’œuvre pour développer comme il le souhaite son univers. 

Après LittleBigPlanet, le studio Media Molecule nous livre enfin son nouveau titre, à nouveau porté par la création de mondes. Présenté en 2015 à l’E3 et disponible en early access depuis le printemps 2019, Dreams s’est fait attendre.

Laissant de côté les jeux de plateformes, le studio anglais a opté pour une liberté de mouvement presque totale pour les joueurs. Avec Dreams, ces derniers peuvent créer tout et n’importe quoi dans tous les sens et dimensions qu’ils le souhaitent, de quoi laisser libre cours à son imagination.

Le vide, la vie

La création poussée à l’extrême.

Dreams prend la forme d’un sandbox, un type de jeu vidéo non linéaire où l’aventure se crée au fur et à mesure et sur base de la curiosité et de la créativité du joueur. La proposition du jeu est celle-ci : offrir aux joueurs la possibilité de créer des univers sans limites. À eux de faire appel à leur imagination, envies, frustrations passées pour mettre au point des jeux ou des expériences propres.

Si Dreams propose aux joueurs de développer leur propre monde, le titre repose tout de même sur des bases scénarisées. C’est ainsi que nous plongeons au commencement de tout, lorsqu’il n’y avait rien. Puis quelque chose est apparu, puis une autre et ainsi de suite jusqu’à créer la vie ; les follets.

La Reine des follets, représentée par une paire d’yeux, nous accompagne dans notre apprentissage de création et de découverte. C’est elle qui nous explique le champ des possibilités et nous aide à nous mouvoir entre les différents menus, notamment dans le mode « Création de rêve ».

Comme son nom l’indique, il s’agit du mode où le joueur peut laisser libre cours à son imagination pour développer tout ce qu’il veut. Avant même de se lancer dans la création, il faudra passer par un interminable tutoriel afin d’apprendre à maîtriser notre cher follet et autre outil. Une mise en bouche qui ne sera pas forcément très simple tant les étapes à maîtriser demandent de la concentration et de la mémoire.

Dans un premier temps, il faudra maîtriser le contrôle de notre bestiole magique via les mouvements de sa manette sans fil ou des manettes de détection de mouvements. Le follet est très réactif et suit assez bien les mouvements de manette. À cela s’ajoute toutes les autres touches habituelles et autres raccourcis, de quoi exploiter au maximum la manette, mais le tout demandera de la mémoire et de la précision. Parce que oui, déplacer des objets ici et là, explorer le monde et se déplacer ne sera pas toujours une mince affaire. Cela pousse le joueur à s’impliquer profondément dans le jeu.

Une infinité de possibilités

Les outils de créations sont nombreux.

Arrive enfin le moment de créer, enfin presque. Avant de se lancer dans la création d’un jeu ou d’un paysage, il faudra de nouveau passer par des tutoriels de création. Ici, il est avant tout question d’appréhender les très nombreux outils de création de l’éditeur (couleurs, formes, textures, styles, animations, etc.). Bien que cela soit assez fastidieux, les différentes vidéos tutoriels sont indispensables pour maîtriser le jeu, mais aussi pour découvrir tous les outils. Fort heureusement, celles-ci sont parfaitement réalisées et permettent de suivre le tutoriel en temps réel.

Le champ des possibilités semble sans limites. On peut faire apparaître des formes, les modifier (agrandir, tourner, rétrécir), ajouter de la couleur, mais aussi des textures (feuilles, eau, roche), des animations visuelles et sonores (l’eau qui coule, le vent dans les arbres) et on est seulement dans le cadre de la création d’un paysage. Dreams propose aussi de développer des mini-jeux et des expériences musicales. Des possibilités qui exigeront de maîtriser d’autres nombreux outils. Les connaissances à emmagasiner sont conséquentes et cela peut malheureusement en dégoûter plus d’un. Il faudra se montrer patient et persévérant pour découvrir toute la richesse de Dreams.

En dehors des tutoriels, Media Molecule soutient ses joueurs avec des bulles, fenêtres et autres vidéos explicatives lors de son exploration des différents menus et sous-menus, mais aussi durant l’édition. Et bonne nouvelle pour les non-anglophones, le jeu est entièrement disponible en français (voix et texte). Malgré cela, la quantité d’informations à digérer reste tout de même conséquence. On peut facilement passer à côté des richesses de Dreams par fainéantise ou lassitude et se limiter à quelques exercices créatifs ou profiter des réalisations des autres joueurs.

Création et communauté

On peut accéder aux créations des autres joueurs ; mini-jeux, paysages, expériences musicales.

À travers le “Voyage onirique”, les joueurs pourront découvrir les créations des autres développeurs en herbe de Dreams. Explorer les différents mini-jeux, courts métrages et expériences musicales développés par autrui fait naître un certain sentiment d’appartenance à une communauté chez le joueur. Le mode en ligne demandera lui aussi un peu de temps pour s’y retrouver entre les différents menus et sous-menus, mais la découverte des différents univers poussera le joueur à  e perdre dans la multitude de catégories et sous catégories. Pour éviter de se perdre et pour avoir un aperçu de tout ce qu’a à offrir Dreams, le studio anglais propose aux joueurs de découvrir leur long-métrage interactif, Le Rêve d’Art, qui fait office de campagne.

On découvre ainsi l’histoire d’un musicien de contrebasse aigri. On plonge dans les souvenirs de son enfance ou de sa ville d’adulte, des objets qui l’ont marqué et on comprend ce qui a fini par le rendre si aigri au fil des années. À travers cette histoire, le joueur va se familiariser avec les différents univers et gameplay possibles ; plateforme, point&click, jeu de rythme, etc. Le long-métrage dure seulement quelques heures, mais il n’en est pas moins prenant. On est touché par l’histoire d’Art et on se laisse porter par ce récit et le voyage intérieur que fait Art. La voix du personnage y est surement pour beaucoup, elle rappelle celle de personnages de dessins-animés qu’on a déjà pu observer.

Après cette introduction légère – et facile – dans la sphère communautaire de Dreams, on peut se lancer dans les créations d’autrui – on n’est pas obligé de lancer Le Rêve d’Art pour cela. Difficile de ne pas se sentir submergé par le nombre de mini-jeux, expériences musicales, paysages développés par la communauté de joueurs.

Nous avons notamment pu tester un jeu dans lequel nous incarnions une sorte de Godzilla dans un jeu où le but était de faire le plus de dégâts possible dans une ville en sautant, donnant des coups de queue ou de poings, etc. Le résultat est très impressionnant et on prend plaisir à massacrer la petite ville.

Mais Dreams regorge également d’univers cultes de la pop’culture que ça soit des jeux vidéo (Crash Bandicoot, Tomb Raider, Mario 64) ou des films, notamment Star Wars. De quoi pousser les joueurs à explorer toutes les créations et à se replonger dans des univers qu’ils connaissent et qui les ont marqués.

Un voyage onirique

Le joueur peut créer des paysages magnifiques.

La direction artistique de Dreams est somptueuse, on se laisse porter par cet univers magique et onirique. Les différents personnages sont tout mignons, on se croirait presque dans un jeu pour enfants, mais la complexité de Dreams nous fait rapidement penser le contraire.

Ce qui n’a pas encore été créé par le joueur est joli. Que ça soit les formes, les animations et les décors. On se perd un peu entre les différents menus et interfaces à faire apparaître, disparaître, rétrécir et grandir. Mais dans l’ensemble c’est charmant et magique.

Pour le reste, tout dépend des talents de création du joueur. Cela peut être joli ou non, animé ou non, détaillé ou abstrait. Les plus appliqués pourront développer des univers incroyablement beaux et poétiques. Ce qui est intéressant avec Dreams, c’est qu’il s’adresse à différents publics : ceux qui ont toujours rêvé de créer leur propre jeu avec des outils pointus s’éclateront avec Dreams, ceux qui préfèrent les expériences pourront tester les créations des autres joueurs. Il n’est en aucun cas nécessaire de créer un jeu soi-même pour s’amuser.

Côté bande son, les différentes voix off sont très agréables à l’oreille, elles collent parfaitement au cadre. À la fois mystérieuses, enchanteresses et attentionnées, elles nous guident dans ce que propose Dreams. Quant aux voix que l’on peut entendre dans le long-métrage du studio, on a vraiment l’impression d’être face à un film d’animation avec des comédiens doubleurs. Difficile de ne pas succomber au charme de Dreams.

Conclusion

S’il se destine avant tout aux esprits créatifs, qui découvriront un très puissant outil de création, Dreams s’impose également comme une formidable base de données de mini-jeux à télécharger. La créativité est au cœur de l’expérience, de même que la communauté puisque chacun peut visiter les créations d’autrui. Si le studio Media Molecule veut offrir une expérience de création accessible à tous, il faudra véritablement s’investir dans Dreams pour maîtriser les différents outils de création et découvrir toute la richesse du jeu. Si cela n’est pas du goût de tout le monde, explorer les créations des autres joueurs justifiera presque l’achat du jeu. Vendu une quarantaine d’euros, le titre de Media Molecule est incontestablement une très bonne surprise et un véritable incontournable pour ceux qui ont toujours rêvé de créer leur propre jeu vidéo. Seul regret : les contrôles au pad ne sont pas toujours évidents. Très clairement, Dreams aurait pu proposer une expérience de jeu beaucoup plus riche encore sur PC…

Dreams

8.2

Gameplay

5.5/10

Contenu

9.5/10

Graphismes

8.5/10

Bande son

8.5/10

Finition

9.0/10

Les + :

  • Un champ de possibilités presqu’infini
  • Des expériences de jeu riches
  • Le mode en ligne est pensé comme un réseau social
  • Une direction artistique et un sound-design époustouflants
  • Une durée de vie sans limites

Les - :

  • La prise en main est assez complexe pour la partie création
  • Le scénario imaginé par Media Molecule est assez court
  • Les contrôles à la manette : la création aurait tellement mieux fonctionné sur PC!