Lancée ce 19 novembre, la console dans le cloud de Google va se heurter à une très rude concurrence. Elle a toutefois quelques jolis atouts à faire valoir…

Google se lance cette semaine dans le gaming avec Stadia, une console de jeux dans le cloud qui propose une expérience unique, s’inspirant en partie de Shadow. Le message de Google est clair : il n’y a aujourd’hui plus besoin d’une console pour jouer. Une simple manette et un Chromecast Ultra suffisent…

Avec Stadia, n’importe quel écran peut se transformer en une console de jeu. Vous pourrez, à terme, jouer à vos jeux Stadia sur votre vieux PC, votre téléviseur, votre smartphone ou votre tablette.

Annoncée comme gratuite, l’offre de Google ne l’est toutefois pas vraiment à son lancement puisqu’il faudra obligatoirement être le propriétaire d’un pack Fondateur (facturé 129€) qui rassemble la manette Stadia et le Chromecast Ultra pour l’essayer. L’abonnement payant (à 9,99€) n’est nécessaire que si vous souhaitez jouer en 4K et en 60 images par seconde. Dans 3 mois, il sera donc possible de tester gratuitement le service, à condition de se contenter d’une résolution Full HD.

Le futur du gaming

Sur le papier, l’offre de Google a tout pour séduire. La gratuité, la possibilité de jouer à des jeux exigeant de fortes ressources sans devoir acheter un PC Gamer ou une console de jeu de nouvelle génération et des fonctionnalités innovantes – à l’image du Stream Connect, qui permet d’incruster les streams d’autres joueurs, du State Share, qui permet de partager sa sauvegarde avec un autre joueur en envoyant un simple lien ou de l’option Crowd Play, ciblant les youtubeurs, qui permettra de créer un lobby pour jouer avec ses fans.

Autre très gros atout de Stadia : l’impressionnante puissance du système, qui repose intégralement sur le cloud de Google et se veut évolutive. Si l’on parle de 4K et de 60 FPS aujourd’hui, rien n’empêchera Google de proposer du 8K et du 120 FPS demain.

La configuration type en met plein les yeux avec 16 Go de RAM, un GPU AMD 10.7 Teraflops et un CPU adapté x86 à 2,7 GHz. Dans la pratique toutefois, il est peu probable que de nombreux jeux en tirent parti puisque la plupart des jeux sont développés pour une plate-forme de base qui est soit le PC soit les consoles de jeu.

Enfin, dernier atout mis en avant : ultérieurement, Stadia permettra aussi de jouer avec sa manette PlayStation ou Xbox.

Un coût plus élevé qu’on l’imagine

Si de prime abord, l’offre a tout pour séduire et permettra aux joueurs d’économiser des montants astronomiques, la facture aura tendance à très vite grimper dans la pratique. À l’achat du pack fondateur (129€), il faudra ajouter l’abonnement mensuel (9,99€, donc 120€/an), et l’achat du jeu auquel on souhaite jouer (facturé entre 15 et 70€). Pour ce qui est des jeux à proprement parler, Stadia dispose d’un modèle identique aux consoles et au PC – à la différence que les jeux seront toujours forcément moins cher sur Steam et les boutiques alternatives comme le Humble Bundle ou Fanatical. Ce n’est donc pas sur les jeux que le gamer fera des économies.

L’abonnement annuel n’est bien sûr pas requis pour jouer – mais soyons honnêtes, avec un téléviseur 4K il serait dommage de jouer en Full HD. Les vrais gamers devront donc obligatoirement débourser 120€/an – ce qui fait sur un cycle de 3 ans un total de 360€ tout de même – soit le prix d’une console de jeu haut de gamme. Quand on compare l’offre à un modèle “low-cost”, comme la Xbox One all-digital, facturée 229,99€ sur Amazon, on se rend compte qu’on ne fait pas forcément de grosses économies – d’autant plus que lorsqu’on cesse son abonnement, il ne nous reste plus rien. Deux ans d’abonnement à Stadia – ou 1 an d’abonnement + la manette de jeu et le Chromecast – coûtera dans la pratique aussi cher qu’une console de jeu.

Un catalogue peu séduisant

Pour son lancement, Google avait annoncé un line-up de 12 jeux. Face au tollé provoqué sur les réseaux sociaux, Google a réagi en dévoilant in-extremis une liste de 10 jeux supplémentaires qui seront disponibles au day-one. Le line-up comporte une seule exclusivité – relativement mineure – et quelques gros jeux mais dans l’ensemble Stadia ne génère pas un énorme enthousiasme des gamers.

Lorsqu’on retire les vieux jeux, les petits titres indés disponibles à moins de dix euros sur Steam et les portages de titres décevants, il ne reste pas grand chose. L’attention des joueurs se focalisera surtout sur Red Dead Redemption 2, Mortal Kombat 11, Metro Exodus et GRID.

Le line-up devrait se renforcer d’ici la fin de l’année avec l’ajout notamment de Borderlands 3 et Ghost Recon Breakpoint – mais il ne faut pas s’attendre à un déluge de nouveautés car oui, sortir un jeu sur Stadia requiert un développement. La plate-forme tournant sous Linux, il ne s’agit pas d’ajouter simplement les titres au catalogue. Et c’est là que le serpent se mord la queue. Car pour attirer les gamers, Google aura besoin d’un catalogue de jeux riche – et les développeurs ne viendront pas sur la plate-forme sans la présence du public – sauf si Google dépense sans compter – à l’image de ce qu’Apple fait avec son service Apple Arcade.

Ci-dessous, vous retrouverez le line-up complet du lancement:

– Assassin’s Creed Odyssey
– Attack on Titan 2 : Final Battle
– Destiny 2 : The Collection
– Farming Simulator 19
– Final Fantasy XV
– Football Manager 2020
– Gylt
– GRID
– Just Dance 2020
– Kine
– Metro Exodus
– Mortal Kombat 11
– NBA 2K20
– Rage 2
– Red Dead Redemption 2
– Rise of the Tomb Raider
– Samurai Shodown
– Shadow of the Tomb Raider
– Thumper
– Tomb Raider Definitive Edition
– Trials Rising
– Wolfenstein Youngblood

Il vous faudra obligatoirement le pack fondateur pour y jouer en 2019.

La crainte d’un fiasco

Autre très gros frein à l’achat : la crainte de la fermeture du service. Google a de ce fait la fâcheuse tendance à tout abandonner lorsque cela ne marche pas – que ce soit avec ses produits hardware ou ses services. Il ne faut parfois pas plus de 6 mois pour que le géant du web ferme un service à peine lancé.

Dans ce contexte, difficile d’investir une soixantaine d’euros dans un nouveau jeu, qui ne sera plus disponible au téléchargement après la fermeture du service – si celui-ci venait à fermer. Dans le même ordre d’idée, les acheteurs du pack Fondateur ne sauront pas quoi faire de leur manette Stadia.

Là où Microsoft s’est entêté avec sa Xbox – qui aura nécessité deux générations avant de s’installer sur le marché, et des tas d’exclusivités -, il est peu probable que Google en fasse autant.

Une offre difficile à vendre aux gamers

Et puis bien sûr, il y a la question des exclusivités. Avec un seul studio first-party et une seule exclu disponible au lancement, Stadia aura du mal à séduire les joueurs déjà équipés. Il y a beaucoup plus de très bons jeux sur PS4, Xbox One et PC. Pour le grand public, et notamment les joueurs qui ont arrêté de jouer pour se consacrer à leur vie quotidienne, l’offre de Google pourrait s’avérer intéressante – mais encore faudra-t-il que Google en fasse la promotion avec des budgets faramineux car lancer une nouvelle plate-forme n’est pas une mince affaire – surtout au vu de la réputation de Google, qui risque de faire très mal à ce projet.

Deux très gros freins : les données consommées et la vitesse de la connexion

Enfin, il y a les questions purement technique. Si je m’abonne au service, est-ce que je pourrai jouer dans de bonnes conditions ? Si le 1080p semble accessible à tous avec une connexion de 10 Mbps requise, le 4K à 60 FPS pourrait poser des problèmes à certains joueurs avec une connexion de 35 Mbps requise pour jouer – et surtout une bonne stabilité du réseau. Rappelons-le, la moindre déconnexion signifiera ici l’arrêt pur et dur du jeu. Si vous êtes victimes de micro-coupures, Stadia n’est donc pas un choix viable.

Autre élément à prendre en compte : la consommation du service. Le flux vidéo continu consommera beaucoup de données. En Europe, inutile de penser jouer sur une connexion 4G ou 5G. Une heure de jeu consommera entre 4,5 et 16 Gb de données. En 1080p, à 60 FPS, ce qui devrait être le choix de la plupart des joueurs, la consommation devrait tourner autour de 9 Gb par heure – soit 90 Gb de données / mois si vous jouez “peu” (10h/mois), et plus de 500 Gb par mois pour un gros joueur (+ de 60h/mois). En 4K, la consommation explosera à 15,75 Gb de l’heure. En 50h de jeu, vous devriez avoir épuisé votre forfait internet à la maison – car oui, il existe encore des limites après lesquelles la vitesse de connexion est réduite. Là encore, Stadia ne semble pas s’adresser aux gros gamers.

C’est un fait, l’offre de Google cible très clairement le marché américain et n’est pas très adaptée aux marchés européens – plus frileux au dématérialisé et au cloud en général. On notera au passage qu’il vaudra mieux ne pas être écolo pour jouer à Stadia – tant l’impact environnemental de la plate-forme risque d’être énorme en cas de succès.

L’ombre de la concurrence

Stadia a un avantage majeur à mettre en avant : c’est le premier vrai service de cloud-gaming viable. Shadow s’adresse à un public élitiste de par ses tarifs et ni Microsoft ni Sony ne se sont encore engagés sur ce terrain.

xCloud, l’offre de cloud-gaming de Microsoft, pourrait toutefois faire beaucoup de mal à Stadia à son lancement. D’une part parce que le service devrait être gratuit pour les propriétaires de Xbox, et d’autre part car en phase de bêta-testing, il propose déjà beaucoup plus de jeux que Stadia aujourd’hui. Au lancement, xCloud devrait être compatible avec plus de 1.000 jeux. Le service devrait faire ses débuts début 2020 et devrait logiquement proposer bien davantage que Stadia. Couplé à l’offre Gamepass – qui propose un accès à plus de 100 jeux pour moins de 15€/mois, l’offre de Microsoft est un véritable bulldozer. Pour séduire les joueurs, Google devra donc agir très vite et se décider à consacrer un budget faramineux à son projet – ce qui ne semble pas vraiment être le cas pour l’instant.