Microsoft décroche un contrat à 10 milliards de dollars avec le Pentagone

L’énorme contrat devrait contribuer à faire grimper en bourse le titre de Microsoft.

Amazon dépense actuellement plusieurs milliards de dollars pour construire deux tours à Pentagon City où travailleront 25.000 de ses employés, mais la compagnie a perdu la bataille pour le contrat du siècle avec le Pentagone voisin. Le département de la Défense a en effet choisi son rival Microsoft pour moderniser ses services informatiques. Le contrat, estimé à 10 milliards de dollars, est étalé sur une période de dix ans. Il a été baptisé JEDI (Joint Enterprise Defense Infrastructure), un clin d’œil à Star Wars.

Cette défaite fait déjà polémique aux Etats-Unis. Tout d’abord parce que sa filiale Amazon Web Services (AWS) était donnée favorite pour faire circuler dans ses serveurs sécurisés les données de toutes forces armées américaines. Avec environ 45 % de parts de marché sur le créneau des services dans le cloud, AWS devance encore Microsoft et sa filiale Azure qui, selon les analystes, ne représente que 25 % du marché. La firme pensait d’ores et déjà sa victoire acquise car elle supervise le cloud de la CIA depuis 2013. Elle a ainsi déjà pu démontrer sa maîtrise des conditions particulières de sécurité et de performances exigées par les agences fédérales les plus sensibles. Amazon se déclare donc « surpris de cette issue ».

En 2014, le chiffre d’affaires d’AWS en partenariat le gouvernement fédéral n’était encore que de 200 millions de dollars. Il atteint aujourd’hui 2 milliards de dollars, notamment grâce à son travail pour la CIA, mais aussi pour ses activités au service d’agences de renseignement tiers.

Le coup de grâce signé Donald Trump

La controverse sur l’échec d’Amazon tient aussi aux virulents commentaires publics de Donald Trump à propos du géant du commerce en ligne et de son PDG, Jeff Bezos. Le président a souvent reproché au Washington Post, propriété de l’homme le plus riche d’Amérique, de diffuser de fausses informations au sujet de son administration. Il accuse en outre Amazon de détruire les commerces traditionnels et de profiter de tarifs postaux trop avantageux.

Si l’on en croit un ancien collaborateur du secrétaire à la Défense, Donald Trump aurait même dit à ce dernier en 2018 « qu’Amazon aille se faire foutre » à propos du traitement de l’appel d’offres du JEDI qui mettait initialement Amazon en concurrence avec IBM, Oracle, Google et Microsoft. Le géant de la vente en ligne pourrait se reposer sur ces rumeurs pour lancer une offensive, mais l’absence de preuve formelle joue à son désavantage.

L’inspection générale du département de la Défense, de son côté, nie d’ores et déjà toute faute dans l’évaluation des offres.

En ce qui concerne le géant de logiciels, le contrat du Pentagone représente une grande victoire pour sa politique du cloud. Microsoft se sait depuis le mois d’avril seul en lice avec Amazon. Google a en effet abandonné la course sans proposer d’offre, expliquant que ses principes éthiques lui interdisaient de trouver des applications militaires à l’intelligence artificielle. De leur côté, Oracle et IBM ont vainement saisi la justice afin d’invalider l’appel d’offres. À leurs yeux, le Pentagone mettait en péril la sécurité nationale en confiant à une seule société la responsabilité de la numérisation du département de la Défense, et considéraient donc le choix unique de Microsoft comme du favoritisme.