Le studio français DONTNOD continue d’explorer l’univers de Life is Strange à coups d’expériences narratives épisodiques. Deux des cinq épisodes prévus sont à ce jour sortis en ce qui concerne Life is Strange 2, ce qui nous permet d’avoir un premier avis sur cette suite mettant en avant deux jeunes frères d’origine mexicaine.

Précédé du spin-off Les aventures extraordinaires de Captain Spirit mis gratuitement à la disposition des joueurs en juin 2018, Life is Strange 2 suit deux frères en pleine cavale. Le premier chapitre de ce road trip initiatique prend place à Seattle durant la période d’Halloween. Sean, 16 ans, et son petit frère de 9 ans Daniel Diaz vivent seuls avec leur père, leur mère ayant décidé de les quitter il y a de cela plusieurs années. Suite à un évènement on ne peut plus tragique survenant assez tôt dans le premier épisode, ils quittent la ville pour fuir la police qui est à leur recherche. Décidés à rejoindre le Mexique où sont leurs racines, ils apprennent sur la route à survivre et à gérer le mystérieux pouvoir surnaturel qui est violemment apparu chez Daniel…

DONTNOD illustre encore à coups de graphismes cette fois un peu plus léchés mais toujours inégaux (certains tableaux sont ravissants tandis que des textures apparaissent régulièrement de façon tardives) un scénario mêlant humanisme et surnaturel où les choix moraux sont nombreux, provoquant des conséquences sur le cours du récit.

Malgré un récit plus complexe que le premier Life is Strange et la sensation d’être davantage livré à soi-même dans des environnements apparemment plus vastes, on se sent encore trop souvent tenu par la main, les différents axes scénaristiques nous orientant toujours in fine vers le même dénouement. La notion de choix, pourtant omniprésente, reste donc actuellement toute relative, malgré les efforts effectués par le studio.

La recette est connue, avec ses points forts et ses faiblesses, mais ce qui marque le plus ici est bien la trame scénaristique de cette œuvre vidéoludique que l’on peut sans hésitation comparer à du cinéma indépendant américain (fait par des français, donc) engagé. L’Amérique de Donald Trump est dans la ligne de mire, avec ce que cela comprend de personnages conservateurs qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de deux jeunes mexicains dans leur petite ville soi-disant sans problème.

Life is Strange 2 est sans aucun doute un jeu politiquement engagé qui allie l’intime et l’universel, avec son lot de situations moralement déstabilisantes et une fraternité mise en images de façon très émouvante. Une bonne chose, même si l’on regrettera un certain manque de nuances, les personnages rencontrés étant bien souvent soit d’indécrottables xénophobes soit des outsiders au grand cœur. Petit bémol aussi pour certains comportements un peu trop expéditifs, comme ce policier qui tire sans raison en début de saison, ce qui entraînera une fuite en avant un peu trop forcée pour être tout à fait honnête.

Le premier épisode s’attache immédiatement à la relation entre Sean et Daniel, le joueur ayant le contrôle du premier. En tant qu’aîné, ses choix servent d’exemple à son frère cadet ce qui place au centre de tout le thème principal de l’honnêteté, Sean devant choisir ou non de dire la vérité à son petit frère pour le préserver de la cruelle réalité.

Une réalité qui rattrapera vite les deux jeunes loups dans un second épisode davantage axé sur le pouvoir de Daniel, qu’il doit tant bien que mal dissimuler aux yeux des autres. Le grand frère (le joueur) prend donc en main l’éducation du cadet jusqu’à ce que les deux vagabonds partent à la rencontre de leur grands-parents. Tout ne se passera pas comme prévu dans cette ambiance familiale brièvement retrouvée en pleine période de Noël, puisque les secrets de chacun s’avèrent bien difficiles à garder. On n’en dira pas plus pour conserver une certaine spontanéité, mais sachez toutefois que le lien est habilement établi vers Captain Spirit, les données de l’épisode spin-off étant ici prises en considération.

Pour le reste, le jeu offre toujours quelques moments de suspension où la musique (la bande son est de qualité, pour peu que l’on apprécie la guitare acoustique) berce différents angles de vue mettant en évidence un environnement luxuriant, ou encore lorsque Sean s’assied quelques secondes pour dessiner dans son carnet la scène qu’il a sous les yeux. Des moments qui renforcent la sensation douce-amère de ce Life is Strange 2 qui contient une poignée d’objets à collecter, dont des badges et porte-clés à accrocher au sac à dos des protagonistes, qui sert d’inventaire. Le jeu laisse d’ailleurs la possibilité de retourner dans l’un ou l’autre chapitre pour compléter la collection, tout en conservant les choix effectués lors du premier run.

Et même si les conséquences de ces choix effectués ne se ressentent jusqu’ici que trop peu au cours de ces deux premiers épisodes, on parvient à véritablement s’attacher aux frères Diaz dont le voyage comptera probablement plus que la destination.

Conclusion

Life is Strange 2 est à ce stade un récit intimiste doux-amer qui n’hésite pas à illustrer, hélas parfois de façon peu subtile, l’Amérique conservatrice de Trump. Entre secrets, leçon de vie et maîtrise de pouvoirs télékinétiques, les interactions et choix moraux sont assez nombreux, même s’ils débouchent pour l’instant aux mêmes conséquences, qui plus est bien souvent prévisibles. Mais le voyage en compagnie des frères Diaz est suffisamment beau et touchant que pour être parcouru, les yeux rivés sur un joli panorama et les pensées bercées par un chant douçâtre sur fond de guitare acoustique.

Life is Strange 2

6.8

Gameplay

6.5/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

6.5/10

Bande son

7.0/10

Finition

7.0/10

Les + :

  • Beaucoup de dilemmes moraux à gérer
  • L’aspect éducation et transmission
  • Un contexte interpellant, dénonçant l’Amérique de Trump
  • Une atmosphère douce-amère envoûtante

Les - :

  • Quelques bugs et errances techniques (aliasing, lipping pas toujours synchro)
  • Des choix aux conséquences pour l’instant trop minimes
  • On reste toujours un peu trop spectateur