Si elle séduit de plus en plus, la voiture connectée est encore loin d’être une réalité. En cause? Des défis majeurs que l’industrie automobile devra surmonter avec les géants du télécom si elle espère rendre ces nouveaux modèles sûrs et surtout rentables pour le consommateur.

Crédit photo : AFP
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Lors du forum C2X, qui s’est déroulé à la fin du mois de septembre non-loin de Munich, les principaux acteurs du secteur automobile se sont réunis pour discuter des défis de la voiture connectée et des solutions qui pouvaient être mises en place. Présents lors de ce rendez-vous, nous avons eu l’occasion de dresser un premier bilan de la situation…

Des données encore beaucoup trop chères

Qui dit voiture connectée dit réseau. Et qui dit réseau, dit opérateurs. Bien que les forfaits incluent désormais des quantités beaucoup plus importantes de données que par le passé, on est encore très loin de pouvoir surfer librement sans devoir se soucier de la facture téléphonique. Et malheureusement, le même problème risque de se poser pour les véhicules autonomes. Faire transiter des données du véhicule vers le réseau et inversement, que ce soit pour consulter son système de navigation, accéder à un streaming de streaming comme Spotify ou tout simplement transmettre un rapport d’erreur, représentera une quantité non-négligeable de données. Et de ce fait, il est impératif que les opérateurs travaillent de concert avec les constructeurs automobiles pour que la transition se fasse sans accrocs. De la même manière, il est inconcevable d’imaginer les clients devoir payer une note astronomique à cause de frais de roaming. Dès lors, des négociations âpres devront s’établir entre les opérateurs, les constructeurs automobiles et les autorités de chaque pays, dans et en dehors de l’Union Européenne. L’Union Européenne est bien au courant du défi que cela représente et travaille actuellement avec tous les acteurs du marché sur une solution qui permettra de réduire au minimum la facture du consommateur.

Une couverture partielle du réseau autoroutier

En Belgique, l’excellente couverture du réseau autoroutier par les ondes 3G et 4G ne devrait pas poser de problème, mais dans des pays plus vastes ou dotés d’un réseau moins évolué, rester sans connexion durant plusieurs dizaines de minutes risque d’être un gros défi pour les constructeurs automobiles, qui travaillent sur des solutions, comme Volkswagen, qui a développé une technologie qui permet d’étendre un réseau 4G en utilisant chaque voiture comme un émetteur / récepteur de ce réseau. Reste que dans des zones désertiques comme le désert du Nevada, ou reculées, la voiture connectée risque de perdre tous ses avantages. Dès lors, il sera impératif que des outils comme le GPS intégré disposent d’un système de navigation hors-ligne. Ceux qui possèdent une Tesla le savent, une fois hors de portée du réseau, il leur est impossible de lancer une recherche sur leur GPS, et ce, jusqu’à ce qu’ils se connectent de nouveau à un réseau 3G… De manière générale, la 5G devrait également jouer un rôle majeur dans le développement du réseau, avec des acteurs comme Huawei qui souhaitent déployer le plus rapidement possible un réseau 5G sur le vieux continent.

La sécurité représente un défi

Si la plupart des constructeurs assurent que leurs véhicules sont “safe”, le récent piratage d’une Jeep par deux hackers nous rappelle que les véhicules connectés pourraient devenir des cibles privilégiées pour les pirates, et que la sécurité des machines devra donc être réévaluées. “Personne ne veut de l’écran bleu de Windows“, comme le souligne un porte-parole d’Intel, qui travaille activement avec les constructeurs automobiles sur l’élaboration de puces et processeurs très puissants et sécurisés. Il sera par ailleurs important que des standards se posent, tant au niveau des interfaces que des normes de sécurité qui sont pour l’instant inexistantes. Enfin, et c’est un tout autre défi, chaque véhicule devra pouvoir être mis à jour pour éviter que des failles critiques ne soient exploitées par les pirates. Des mises à jour logicielles seront ainsi envoyées de manière régulière sur le véhicule, qui pourra intégrer de nouvelles fonctionnalités au fil des années. Autre défi, pour Porsche en tout cas, les senseurs des véhicules connectés doivent être très performants pour éviter qu’un dysfonctionnement ne crée un accident.

Les constructeurs automobiles devront collaborer

“Il y a un réel besoin de collaboration”
explique le Docteur Jesse Jijun Lio, vice-président du Marketing chez Huawei Europe. “Il est impératif que chaque smartphone puisse être connecté à n’importe quel véhicule.” Selon lui, tout favoritisme est à exclure. Pour cette raison, l’industrie automobile doit adopter des standards tout en développant des plates-formes différentes. Le défi ici sera de pouvoir se démarquer des concurrents tout en utilisant des technologies identiques à eux. Le géant chinois joue bien sûr de cet argument pour imposer Lite OS, son système d’exploitation pour les objets connectés, qui a déjà été adopté par Mercedes-Benz et Audi.

Le consommateur doit savoir qui a accès à ses données

La méfiance du consommateur à l’égard des véhicules connectés reste probablement le plus gros défi des constructeurs automobiles qui devront travailler de concert avec les autorités européennes sur un cadre juridique qui statuera précisément qui “possèdera” les données de l’utilisateur – lui même, ou le constructeur automobile. De la même manière, il est important que le client sache à qui ces données pourront être transmises. Dans le cadre d’une enquête policière par exemple, les autorités pourront exiger au constructeur automobile de communiquer toutes les données du véhicule, des morceaux écoutés durant un trajet aux destinations encodées dans le GPS. Le problème risque de se poser si les assurances, des annonceurs publicitaires ou d’autres acteurs se joignent aux festivités…